‹ L'Académie de France à RomeChapitre 31 sur 119 · Lettre du 23 août · texte numérisé non relu

Lettre du 23 août

dehors, et il obtint enfin, en 1792, que l'Académie de peinture lui désignât un successeur. Ce fut le peintre Suvée, dont le Journal du graveur Jean- Georges Wille raconte ainsi l'élection :

Le 20 [novembre], je me rendis à notre assemblée académique, qui avoit été convoquée extraordinairement. Le sujet étoit d'y élire au scrutin relatif un directeur pour F Académie de France à Rome (M. Ménageot ayant demandé sa démission pour cause de maladie). Il y eut de grands débats sur le mode de cette élection, qui durèrent un temps infini ; mais le calme revint, comme de raison. Enfin, comme nous étions 64 votants et que le scrutin, en premier lieu, portoit 32 voix pour le citoyen Suvée, peintre, et \<d ou 17 pour le citoyen Vincent, également peintre (le reste des voix portoit sur différents membres), alors il fallut absolument un nouveau scrutin, lequel donna au citoyen Suvée la supériorité, par laquelle il étoit nommé directeur de l'Académie de Rome. Deux jours après, le citoyen Suvée vint me voir à l'occasion de son élection, et deux jours après encore, l'Assemblée nationale fit un décret par lequel la place de directeur de l'Académie françoise à Rome fut supprimée. Par conséquent le citoyen Suvée doit rester icy1. »

1. Je dois l'obligeante communication de ce fragment à M. Henri Vienne.

Tel fut, en effet, Tunique résultat de cette première élection académique. Le 20 novembre, le député Romme lisait à la Convention un rapport concluant à la suppression, et la proposition était convertie en décret. Ce document servira d'épilogue à toute la correspondance : il faut le lire. Six semaines après, Ménageot, qui n'avait pas encore quitté son poste, s'enfuyait avec tout le personnel de l'Académie, chassé par rémeute, et se réfugiait à Naples1. Ainsi fut renversée, en un jour de tempête, une institution qui depuis cent vingt-six ans faisait l'honneur de la France et l'envie de l'Europe. Elle fut frappée brusquement, à l'heure où des hommes intelligents, dévoués, venaient de lui trouver un chef capable et s'apprêtaient à lui donner une impulsion nouvelle.

L'Académie de Rome devait, toutefois, renaître de ses cendres, modifiée, transformée comme la société toute entière. Mais, à partir de cette rénovation, ses annales sont plus connues, et, à défaut de documents officiels, les souvenirs des artistes

1. Ce personnel était alors composé des artistes suivants : Garnier, Meynier, Girodet, Reatu, Lafîtte, Fabre et Gounaud, peintres ; Dumont, Girard, Lemot et Bridan, sculpteurs ; Lefebvre et La Gardette. architectes.

qui ont vécu clans la première moitié du siècle pourraient servir à les reconstituer. Je me bornerai à résumer en deux mots cette période moderne. Sous le Directoire (le 25 octobre 1795), un premier décret, qui réorganisait l'instruction publique et les corps savants, rendit l'existence à l'Académie, en droit, sinon en fait :

Art. 5 (titre V). Le palais national à Rome, destiné jusqu'ici à des élèves français de peinture, de sculpture et d'architecture, conservera cette destination.

Art. 6. Cet établissement sera dirigé par un peintre français ayant séjourné en Italie, lequel sera nommé par le Directoire exécutif pour six ans.

Art. 7. Les artistes français désignés à cet effet par l'Institut et nommés par le Directoire exécutif seront envoyés à Rome. Ils y résideront cinq ans dans le palais national, où ils seront logés et nourris aux frais de la République comme par le passé. Ils seront indemnisés de leurs frais de voyage, etc.

Comme par le passé ! Toutes les destructions, tous les nivellements de la Révolution aboutissaient donc à. ce résultat, qu'il fallait remettre les pierres en place et reconstruire sur les bases anciennes. Ce mouvement réactionnaire fut secondé par Bona-

parte, qui. dans le traité de Tolentino, signé le 19 février 1797, stipula le rétablissement de Yécole des arts instituée à Rome pour tous les Français. En effet, les agitations politiques de la France et de Tltalie avaient maintenu à l'état de lettre morte le décret de 179o et la nomination de Suvée, confirmée en 1796. Il fallut encore plusieurs années avant que le nouveau directeur pût se rendre à Rome. Il y arriva seulement en 1801, avec les lauréats des derniers concours. Mais il se trouva si mal clans le palais Mancini, qui avait été pillé et dégradé par les Napolitains, qu'une installation nouvelle devint nécessaire. En 1803, cette ancienne résidence des artistes français fut échangée contre la célèbre villa Médicis, plus vaste et admirablement située. Une somme de quarante mille francs fut dépensée pour l'appropriation du local, et les pensionnaires en prirent possession le 1er novembre 1804.

Suvée raconte cette installation dans une lettre à la classe des Beaux-Arts de l'Institut, qui a été publiée ailleurs1. C'était le commencement d'une correspondance régulière comme il en avait existé

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