‹ L'Académie de France à RomeChapitre 61 sur 119 · Brifiiié par Dubois, qui fut saciv le 9 juin suivant · texte numérisé non relu

Brifiiié par Dubois, qui fut saciv le 9 juin suivant

17u2 l'académie de fhance a rome.

onze bayoques romains, nous sommes réduits dans une extrémité qui n'a jamais eu d'exemple. Ayez donc, s'il vous plaît, Monseigneur, la bonté de remédier à nos maux de la manière que V. G. le trouvera à propos. Pour moy, j'avoue que je ne puis y résister sans secours... '. Pour surcroît de chagrin, j'ay ma femme très malade depuis un temps; quoique l'on fasse espérer qu'elle en pourra eschaper, Ton craint beaucoup pour sa veue, peut-être desseichée par des pleurs.

17 décembre 1720.

Mgr le cardinal Gualterio arriva hier soir : j'ay eu l'honneur de le voir après midy et luy ay communiqué l'ordre de Y. G. touchant les tableaux de dom Livio. Cette Éminence m'a dit qu'il fallait avoir la licence du pape pour les faire emporter, puis convenir des faits. Les inventaires se contrarient considérablement, ce qui fait douter que cet achat ait un bon succès.

Les srs Dupuis et Gautier sont arrivés il y a trois jours avec des brevets signés de Y. G., pour être élèves de l'Académie. Ils en ont apporté un pour un jeune garçon

1 . Dans une autre de ses lettres, Poerson dit avoir été sur le point de quitter Rome. « 11 est constant, répond d'Antin, que je ne vous abandonnerai point et que je soutiendray l'Académie dans le même état où je l'ay mis. quoiqu'il m'en puisse coûter... Je vais dès aujourdhuy mettre tout en usage avec M. Law pour vous faire tenir de largent.(0 octobre.) »

nommé Desliens, qui estoit à Rome depuis près d'une année. Je leur ai donné à chacun une chambre et ce qui leur est nécessaire.

14 janvier 1721.

Le marché des tableaux de dom Livio, venant de la reine de Suède, a été enfin signé entre le cardinal Gualterio dune part et dom Livio Odescalchi de l'autre. Mais l'on ne doit point toucher ni examiner lesdits tableaux que lorsque les lettres de change seront arrivées : pour lors l'on les descendra des places où ils sont attachés, pour reconnaître si ce sont véritablement ceux qui ont appartenu à cette grande princesse, dont la réputation est si répandue dans toute l'Europe . Il paroît que c'est la seule chose que l'on doit vérifier, le marché estant fait sur ce pied-là. Ainsi, lorsque l'argent sera venu, nous les examinerons avec soin, suivant l'ordre que Y. G. m'en donne, et j'auray l'honneur de luy en rendre compte. L'on dit que les bordures, qui sont vieilles et de mauvais goût, resteront au duc de Braciano, et que pour lesdites bordures ce seigneur donne trois tableaux que l'on dit être de Raphaël : s'ils sont de son bon temps, c'est une bonne affaire; mais ne les ayant point veu, je ne dois ni ne puis en parler.

13 mai 1721.

M. le cardinal de Rohan, qui se dit bien des amis de

Y. G., a apporté un grand portrait du Roy d'après M. Rigault, outre le petit d'après la signora Rosalba, que l'on dit plus ressemblant que le premier. Cette Éminence a une grande copie du portrait de S. A. R. Mgr le duc régent, d'après M. Santerres. Elle m'a prié de l'aire faire des bordures à tous ces portraits, et ayant vu le portrait du feu Roy et celuy de Mgr le dauphin, que j'ai eu l'honneur de peindre, cette Éminence les a trouvés si ressemblants, qu'elle m'en a demandé des copies avec des bordures. Elle m'a fait aussi l'honneur de me demander si, parmi nos élèves, il n'y auroit point quelqu'un capable de bien copier quelques tableaux de grands maîtres. Je luy ai répondu qu'en cette science, comme dans toutes les autres, il y avoit des années stériles en bons sujets. En effet, les jeunes. gens qui sont arrivés sont peut-être des plus foibles qui soient entrés à l'Académie. Le s1* Desliens, qui pourra devenir bon architecte suivant les peines qu'il se donne, avoit très peu de commencement. Le s1' Dupuis a une bonne éducation, et promet une bonne réussite; mais il faut du temps, étant bien jeune encore. Mais le s1' Gautier a. beaucoup à étudier pour se défaire d'un mauvais goust qu'il a apporté... '.

1 . Ces élèves n'avaient même point passé par les épreuves de l'Académie de Paris (29 juillet 1721). L'un d'eux, Desiiens, sortait de chez un notaire. On leur adjoignit, pour comble de malheur, le fils du maître d'hôtel du cardinal de Rohan, qui étudiait l'architecture, mais qui n'était pas plus avancé : il s'appelait Laurent de Courlage ou Gourlade. (1er septem-

CORRESPONDANCE DES DIRECTEURS. ITo

J'ai receu deux lettres de M. Croizat au sujet des tableaux de dom Livio : mais comme il change souvent de projet et que lesdits tableaux ne sont pas payés, je suis assez embarrassé. Cependant je brûle d'envie de rendre mes très respectueux services à S. A. R. Mgr le duc régent, que j'ay eu l'honneur de servir il y a trentecinq ans1, et qui pourroit bien me faire faveur de quelque chose de solide sur la fin de mes jours, à la prière de Votre Grandeur bienfaisante.

y septembre 1721 .

Les tableaux de S. A. R. [acquis de dom Livio Odescalchi] sont encaissés et emballés avec toute la précaution imaginable... Je me suis fait assister du chevalier Lutti, le meilleur peintre de Rome et le plus entendu pour ces sortes d'encaissements, et du signor Domenico, qui est excellent pour raccomoder les tableaux : c'est celui qui a le secret et l'adresse de lever la couleur d'un tableau et le mettre sur une toile neuve d'une manière qui est presque incroyable; mais c'est chose que j'ay veue et dont je ne puis douter. Je n'ai pas négligé d'écouter quelques autres peintres, dans l'ex-

bre.) D'Antin, ayant appris leur faiblesse, adressa des reproches sérieux aux personnes qui les lui avaient présentés, et les fit revenir de Rome au mois de juillet 1723, à l'exception du dernier, pour les remplacer par une meilleure « voiture. »

1. Il lui avait enseigné les principes du dessin pendant près de deux ans. (Lettre du 28 décembre 1723.)

trême envie que j'ai de bien servir S. A. R. et d'obéir aux ordres de V. G. l.

6 juillet 1723.

Le sr Leslache travaille à deux figures de marbre qui représentent l'une une Vénus et l'autre un Mercure, qu'il a fort avancé et qui réussissent fort bien, les étudiant avec beaucoup de soins, en sorte qu'il y a lieu d'espérer que le roy de Pologne en sera très content. Elles sont desjà fort approuvées par les connoisseurs de cette ville.

12 octobre 1723.

Les cinq élèves que V. G. a bien voulu gratifier sont arrivés. Les deux sculpteurs (Adam2 et Bouchardon3) arrivèrent le 18 de septembre ; les srs Serisay 4 (architecte)

1 . Poerson cite comme admirablement réparée par Domenico « la belle Vierge de Raphaël d'Urbain, laquelle avait un trou au nez profond de cinq lignes, et quelques autres. (5 août.) » Cette riche galerie, qui se composait de 260 tableaux, partit pour la France peu de temps après, accompagnée du sculp-. teur de Lestache, chargé d'en avoir soin durant le trajet. (19 août.)

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