‹ L'Académie de France à RomeChapitre 90 sur 119 · Un des fils du peintre Nicolas-Charles Silvestre · texte numérisé non relu

Un des fils du peintre Nicolas-Charles Silvestre

correspondance: des directeurs.

et que vous n'êtes pas content de leurs progrès. Je suis fâché qu'ils ne remplissent pas mieux l'envie que vous avez de leur avancement ; mais je n'ay rien à me reprocher de tout ce que je dois leur dire pour y contribuer. Quand ils sortiront plus avancés de chez M. Yanloo, leurs progrès à Rome seront plus sensibles... M. l'abbé Gougenot vient de partir de Rome avec M. le président de Cotte. Celuy-ci a laissé M. l'abbé Barthélémy, et l'autre M. Greuse, qui, indécis jusqu'au moment du départ, s'est enfin déterminer à rester quelque tems à Rome. Il me paroît qu'il a bien fait ; car, ayant voulu faire un tableau dès qu'il a été arrivé, il seroit parti sans le voir. J'ay veu ses talens avec plaisir ; il a beaucoup de mérite et peut porter fort loin son génie. Je lui ai offert tous les services qu'il peut tirer de l'Académie '.

1er septembre 1756.

J'ay été lâché, dans ces derniers tems, du peu de bonne conduite du sr Dehait. Sous prétexte d'étudier d'après nature, il voyoit sans nécessité des modelles de femmes qui venoient fréquemment à l'Académie, et donnoit un mauvais exemple. Dès que j'en ay été instruit, je le luy ay deffendu comme une chose qui l'a été dans tous les tems... C'est un génie plein de fantaisie et qui

1 . « Je vous saurai gré, écrit Marigny, de tout ce que vous ferez pour M. Greuze, au talent de qui je m'intéresse. » (17 juin.)

n'est pas assez retenu. Du reste, je crois qu'il fera son chemin dans son talent, pourveu qu'il se contreigne davantage à la correction du dessain, dont il a besoin.

Le s1' Hélin, architecte et pensionnaire du Roy, vient d'arriver à Rome ce 26 aoust.

24 novembre 1756.

Ces jours passés , M. l'ambassadeur de France et Mme l'ambassadrice me firent honneur de venir voir mon tableau de Cléopdtre; ils étoient accompagnés de M. l'abbé Barthélémy, et il me parut qu'il leur fit plaisir. Je leur fis voir en même lems un tableau du sr Dehait, qu'il vient de faire pour son étude, représentant une baccante grouppée avec un satire, de grandeur naturelle. Ce morceau a du méritte dans la partie du pinceau, et n'est pas mal colorié. Il m'a bien promis qu'il feroit de nouvelles attentions pour le caractère du dessain : mais j'appréhende pour sa santé ;... je le crois attaqué de la poitrine.

Je viens de recevoir deux nouveaux pensionnaires : l'un est peintre et l'autre sculpteur. Ce sont les deux frères Brunet1. Ils m'ont dit que leurs trois autres confrères, qui doivent venir, accompagnoient Mme Vanloo à Turin, et qu'ils seroient bientôt icy. Les srs Moreau2 et

1. Nicolas-Guy Brenet, peintre, élève de Boucher, et André Brenet, sculpteur.

2. Architecte, qui était arrivé avec Douailly. Ces deux camarades avaient obtenu de partager ensemble une place de pensionnaire en restant chacun la moitié du temps voulu.

Douailly laisseront passer la mauvaise saison avant leur départ, et s'entretiendront jusqu'à ce tems à leurs dépens.

22 février 1757.

J'ay fait part à M. Greuse de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 13 janvier à son sujet, touchant les deux tableaux que vous lui demandiez1, et que

1 Voici la lettre intéressante où se trouve cette commande, que Greuze. conformément à Tordre du 13 janvier, n'exécuta qu*à son retour :

« A Versailles, le 28 novembre l~ôb'.

» J'apprends, Monsieur, avec bien du plaisir, que le sr de » Greuse s'applique entièrement à cultiver ses talents pour la /> peinture; et j'ay vu à Paris des tableaux quïl a envoyé de » Rome et dont j'ay été si content, que, sachant que ses facul- » tés du côté de la fortune sont extrêmement bornées, j'ay » résolu de luy procurer les occasions de se soutenir par son » travail, et par ce moyen de se perfectionner dans son art. > Voyez, je vous prie, à détacher du logement qu'occupoit à » l'Académie feu Mme de Weugles une chambre quïl pût ha- » biter et dans laquelle il eût le jour nécessaire à son travail, » et donnez-la-luy : il épargnera son loyer, dont la dépense, » quelque mince qu'elle puisse être, sera un petit soulage- » ment pour luy. Vous trouverez icy inclus, coupé en ovale, » une mesure que vous aurez agréable de luy remettre, affin » quïi fasse deux tableaux de la même grandeur de cet ovale. » Je luy laisse la liberté de son génie pour choisir le sujet » quïl voudra. Ces deux tableaux sont destinés à être placés

vous consantez à attendre sou retour en France pour qu'il les fasse. Il est toujours sensible aux bontés que vous avez pour luy. Il vient de finir le pendant d'un tableau pour M. l'abbé Gougenot, où il y a beaucoup de méritte. Ce sera presque son dernier ouvrage de Rome1. Je souhaitterois que, dans son genre, il y joignit la partie du paysage ; cela doimeroit de la variété à ses tableaux... On vient de me dire que dans peu j*aurois une occasion sûre pour faire partir le tableau de Cléopâtre, qui attend depuis longtemps, aussi bien que quelques copies2.

22 juin 1757.

Vous me marquez d'abandonner l'idée que j'avois eue de faire copier la Sainte Pètronille du Guerchin : il fau-

» dans l'appartement de Mmc de Pompadour au château de » Versailles. Exhortez-le à y donner toutte son application. » Ils seront veus de toutte la cour, et il pourroit en naistre de » gros avantages pour luy, s'ils sont trouvés bons. Recom- » mandez-luy de ma part aussy ces deux tableaux, et assu- » rez-le que je saisirai avec plaisir les occasions de son avan- » cément lorsqu'elles se présenteront.

» Le marquis de Marigny. »

1. Greuze partit de Rome au mois d'avril suivant. (Lettre du 20 avril 1757.)

2. Ce tableau paraît avoir été fort peu goûté à son arrivée; Natoire reçut même l'avis de suspendre jusqu'à nouvel ordre la suite de son ouvrage. (Lettiv du 10 août.)

tira pourtant que je cherche quelque autre bon tableau aprouvé par vous, Monsieur , pour faire copier aux nouveaux venus. Il en est un qui fait une petite copie de ce beau morceau d'André Sacchi, de Saint-Romualdi. Les autres s'occupent à faire diverses études. Le s1' Huet, sculpteur1, vient de faire un modelle d'après le Moyse de Michel-Ange, et il y a bien réussi. Il fait actuellement la Sainte-Thérèse du Bernin ; après quoi il se mettra à travailler sérieusement d'après l'antique. Le s1 Guiard a modelé Y Hercule Farnèse avec succès ; il fait souvent des études d'après des chevaux, genre où il a beaucoup d'inclination, et il y réussit bien. Cela ne peut que luy être avantageux.

3 mai 1758.

Voilà le rouleau que j'ay l'honneur de vous envoyer des études de trois pensionnaires, nommés Monnet, Flagonard etBrunet-. Je souhaitterois qu'elles fussent au point de vous faire oublier par leurs mérittes le retard à s'acquitter de ce devoir3. C'est tout ce que j'ay pu tirer

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