J.-B. D'Hués, élève de Le Moyne, arrivé en 17o
2. Charles Monet, élève de Restout; J.-B. Honoré Fragonard, élève de Boucher, qui acquit une grande renommée; arrivés tous deux en 17o6 avec Brenet.
3. Voici le jugement de l'Académie de Paris sur ces études : « La figure académique d'homme, peinte par le sr Fragonard, a paru moins satisfaisante que si on n'avoit pas connu les dispositions brillantes qu'il lit paroître à Paris... Il en est de
de leurs talens, et ce n'a pas été sans peine. Parmi ces dessins, il y a quelques traits pris au papier vernis sur des tableaux antiques, que M. le comte de Caylus m'a demandé : je vous prie, Monsieur, de les séparer et de vouloir bien luy faire tenir... On vient de trouver une très belle statue de Vénus antique aux environs de Rome : on la restaure actuellement: si vous jugiez à propos que l'on trouvât le moyen de la mouler, cela ferait un bon meuble pour l'Académie.
30 août 1758.
Je suis charmé que les remarques que vous avez faittes (sur les envois des élèves) se raportent parfaitement à tout ce que je leur avois dit. J'espère qu'ils en profitteront...
même de sa tète de prêtresse, qu'on trouve peinte d'une manière un peu trop doucereuse; mais on a été plus satisfait de ses dessins, qu'on trouve dessinés avec finesse et vérité. Pour ce qui concerne le sr Monnet, on a esté satisfait à beaucoup d'égards de sa figure académique d'homme; cependant on voudroit plus de fraîcheur et de variété dans les demiteintes de la chair... A l'égard du sr Brenet, on a surtout esté content du bas de la figure de son académie ; mais on blâme des tons trop olivâtres dans les ombres. On a été moins satisfait de sa demi-figure représentant le Silence, peinte d"une manière plus pesante. . . » (31 juillet 1758). L'année suivante, on fut plus content de Fragonard, bien que l'excès de soin parût remplacer avec peu d'avantage « la facilité de pinceau qu'il portoit peut-être cy-devant à l'excès. » (11 octobre 1759.)
Flagonard, avec des dispositions, est d'une facilité étonnante à changer de party d'un moment à l'autre, ce qui le fait opérer dîme manière inégale. Ces jeunes cervelles ne sont pas aisées à conduire. Je tâcheray toujours d'en tirer le meilleur party sans les trop gêner, car il faul laisser au génie un peu de liberté.
18 octobre 1758.
Le s1 Brunet vient d'achever sa copie du tableau du Caravage : il y a travaillé avec zelle et sans relâche ; j'en suis assez content... Le sieur Flagonard avance celle qu'il fait d'après Piètre de Cortone au Capucin. Ce jeune artiste a un peu de peine à peindre les chairs et à donner le vray caractère des airs de teste; je l'exhorte à ne point se lasser pour le retoucher.de nouveau, car il s'imagine déjà avoir fait tout ce qu'il faloit et tout ce qu'il pouvoit.
J'ay fait revivre un usage d'étude qui se faisoit de mon tems à l'Académie, dans le tems des vacances, où nous dessinions d'après le modelle des figures touttes drappées et de différents habits, surtoutdes habits d'église, qui occasionnent de forts beaux plis. La séance n'est que d'une heure, car le modelle ne peut pas se reposer. On employé trente à quarante soirées, et on donne par séance un teston.
J'ay donné. Monsieur, par voire ordre, une chambre au
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fils de M. Allegrin1, M. Cochin m'ayant écrit que vous l'aviez accordé à sou père. Ce jeune homme me paroit avoir bonne envie de s'avancer : il vient de gagner un. prix de sculpture dans la seconde classe à Saint-Luc.
28 février 1759.
J'ay de la peine à l'aire aller certains particuliers. Je voudrais que tous fissent des progrès aussi sensibles que le sr Robert, protégé de M. le duc de Choiseul, auquel vous avez accordé un logement à l'Académie. C'est un bon sujet, et qui travaille avec une ardeur infinie. Il est dans le genre de Jean Paul Panini. J'ay beau le citter pour exemple ; il y en a peu qui l'imitent2.
i avril 1759.
Le pape fait couvrir certaines parties un peu trop nues dans les ouvrages de Michel- Ange à la chapelle Sixtine.
1 . Gabriel Allegrain. sculpteur, fils de Christophe-Gabriel et d'une sœur de Pig-alle, né en 1733.
2. Il s'agit d'Hubert Robert, connu sons le nom de Robot des ruines, qui était né en 1733, et qui séjourna longtemps en Italie. « Il me revient de tous les côtés, répondit Marigny, de grands éloges du sr Robert. Ordonnez luy de ma part de me faire un petit tableau à sa fantaisie de 20 ou 25 pouces sur 10 ou 12; si je suis content de ce tableau, il n'aura pas perdu son teins en le faisant. t» Robert envoya un tableau d'architeç-
C'est un peintre nommé Stephano Possi, homme de méritte, qui, après bien des représentations pour ne pas mettre les mains à des œuvres aussy respectables, est chargé de cette opération, qu'il fait avec toutte la discrétion possible en détrampe, afin que par la suitte, ayant un pape moins scrupuleux, on put facilement ôter les voiles répandus en différents endroits.
29 août 1759.
J'ai l'honneur de vous présenter ce petit tableau dont je vous avois parlé. L'idée de ce petit morceau m'est venue à l'occasion d'un jeune homme de quinze ans qui roule dans Rome, fils d'un boucher, qui semble avoir été fait exprès pour représenter un jeune Silène. Après l'avoir dessiné, j'en ay formé ce petit ouvrage, que l'on peut titrer une Vendange de Silène. Il m'a paru susceptible de quelques effets de lumière favorables pour la peinture. Je souhaitterois que vous le trouvassiez passable et qu'il fût digne de trouver une place dans votre cabinet1.
ture, orné de figures, dont on fut enchanté. Marigny écrivit le 29 août : « On pense icy sur son compte, comme vous, qu'il peut faire un jour un grand sujet. »
1. Marigny a écrit en marge, à propos de ce tableau : « Coussicoussi! » Mais, dans sa réponse, il traduit ainsi cette appréciation : « Vos ouvrages sont toujours marqués au coin du talent et des lumières de votre art. »
282 l'académie de fraxce a rome.
19 septembre 1759.
Le s1* Robert a été attaqué d'une maladie si dangereuse, qu'on necroyoitpas qu'il peut en rechaper : fièvre tierce, transport au cerveau, inflammation au bas ventre. 11 est présentement hors de danger. Il est d'une complexion forte et robuste, et il en abuse pour vouloir trop forcer ses études ; et c'est par sa faute qu'il a des rechutes. Il m'a dit que vous luy accordiez une place de pensionnaire... Les quatre places qui doivent être remplies par les nouveaux élèves, qui sont en chemin, sont actuellement libres par le départ des s,s Hélin, architecte, les deux frères Brenet, et Louis1, architecte. Il est de conséquence que je vous informe. Monsieur, de ce qui arrive assez souvent : plusieurs de ces messieurs contractent des dettes de part et d'autre et partent sans les satisfaire, ce qui cause des murmures et des plaintes, qui vont même quelquesfois chez M. l'ambassadeur et qui rejaillissent sur moy, ce qui ne fait pas un bon effet pour l'Académie. Des quatre qui viennent de partir, il n'y a que le s1' Louis, architecte, dont j'ay lieu de me plaindre : plusieurs à qui il devoit m'en ayant informé pour être satisfaits, je lui retins cette somme avec celles qu'il devoit à des personnes qui restent dans l'Académie. Son caractère peu docile et emporté luy a fait tenir des termes