CHAPITRE YII
liCS (Icpenses courantes. — L’allocation de 12 000 livres. — Uéclainatioiis de l’Académie au sujet des 12000 livres formant le montant de la pension payée à Uéaumnr. — L’Académie n’obtient satisfaction qu’en 1778. — Lettre de Kecker k ce sujet. — Les pensions en 1786. — Les budgets de l’Académie de 1787 à 1789. — Décret du 20 août 1790 fixant le budget des Sociétés savantes. — Le dernier budget de l’Académie des sciences. — Le personnel de l’Académie. — Son huissier. — Le garde de ses collections. — Ses copistes. — Composition actuelle du secrétariat de l'Institut.
En dehors des pensions, ainsi que nous l’avons dit, l’Académie recevait, depuis sa fondation, une somme de 12000 livres pour couvrir ses dépenses courantes et ses frais de secrétariat. Cette somme lui fut toujours payée régulièrement, mais depuis longtemps son insuffisance était reconnue. Une occasion se présenta de bonifier cette situation, mais elle fut négligée.
Réaumur recevait du roi, sur la ferme générale des postes, et par suite de lettres patentes en date du 22 décembre 1721, une pension d’une autre somme de 12 000 livres destinée à le couvrir des dépenses qu’il faisait annuellement pour ses expériences personnelles ou pour la publication de la Description des Arts dont il était chargé; par ces mêmes lettres patentes, le roi avait ordonné que cette pension de 12 000 livres serait réversible à l’Académie à la mort du titulaire, et serait employée à solder les frais que les expériences autorisées par l’Académie pourraient exiger.
De nouvelles lettres du l" février 1758 conlirmèrent ces dispositions et ordonnèrent que les 12 000 livres en question seraient payées à l’Académie à partir du 18 octobre 1757, jour du décès de Réaumur.
A ce moment se produisirent de singulières difficultés dont l’Académie n’eut pas facilement raison. Les 12 000 livres de l’illustre académicien lui furent bien payées sur la ferme générale des postes, mais la première somme de môme valeur, dont elle avait la jouissance depuis son institution, lui fut retranchée.
L’Académie dut réclamer et réclamait encore au mois d’août 1770; elle n’obtint satisfaction qu’en 1778, alors que Necker, vivement sollicité, prit en mains ses intérêts et adressa à Amelot la lettre suivante ;
Paris, le i" juin 1778.
J’ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m’avez fait riionneur de m’écrire au sujet de la demande de l’Académie des sciences, d’une somme de 12 000'*^, qu’elle prétend qu’on lui a retranchée il y a près de vingt ans et sur lesquelles elle a souvent réclamé. Je pense comme vous, monsieur, que cette demande n’est pas tout-à-fait celle d’une grâce, et avant de vous rendre une réponse, je me suis fait rendre compte de la distribution des petites sommes dont elle jouit sur le Trésor royal et j’ai vu qu’en effet, elle n’était pas en état de rien employer à des expériences qui pourroient être utiles aux sciences et aux arts.
Je crois donc. Monsieur, que pourvu que la somme qu’elle sollicite fut spécialement appliquée à ces expériences, sans qu’il fût permis de la distraire jamais de cet objet, ce seroit une dépense utile au service du Roi et du genre de celles qu’on peut présenter à Sa Majesté avec confiance.
J’ai l’honneur d’être, etc.
Necker.
A cette époque, Buiïon reçut, pour l’entretien des machines, 12000 livres; Tillet, trésorier, reçut une même somme pour frais d’expériences.
Les pensions des académiciens s’élevaient alors à 42000 livres.
En 1785, les pensions étaient soumises à une retenue d’un dixième et s’élevaient à 54000 livres.
Le 5 septembre 178G, l’Académie apprenait par Tillet, son trésorier, que le contrôleur général avait obtenu du roi une somme de 5700 livres pour tenir lieu de la retenue 'exercée sur les pensions; pour cette même année, le budget de l’Académie était fixé à 93 000 livres.
Le décret du 20 août 1790 l’éleva à 94058 '**' 10 s.
lÆ IJL’DGET DE L'ACADÉMIE IKI
Ce (lécre , l'orl important ])Our l’histoire des sciences et des lettres était couru de la manière suivante :
Du 20 août i 790.
L’Assemblée nationale décrète que jusqu’à ce qu’il ait été statué par le Corps législatif sur l’organisation de tous les établissements pour le progrès des lettres, des sciences et des arts, les dépenses de ceux dont le Comité des finances s’est occupé, seront provisoirement réglées ainsi qu’il suit :
L’Assemblée nationale décrète provisoirement, pour cette année, les états de dépenses proposés par son Comité des finances, pour les différentes académies et sociétés littéraires ci-après énoncées :
Académie française.
Art. 1". — 11 sera payé pour la présente année du Trésor public à l’Académie française, la somme de 25 217 livres, savoir :
Au Secrétaire perpétuel pour appointements. . . 3 000 livres.
Pour écritures 900 —
Pour messe du jour de Saint-Louis 300 —
Pour jetons, 358 marcs, à 57 livres 15 sous. . . 20 717 —
Pour entretien et réparation du coin 300 —
Total 25 217 livres.'
Jeton de présence de l’Académie des sciences.
Art. 2. — Il est, en outre, assigné cbaque année 1200 livres qui seront données sur le jugement de l’Académie au nom de la nation, pour prix, a l’auteur du meilleur ouvrage qui aura paru, soit sur la morale, soit sur le droit public, soit enfin sur quehjue sujet utile.
Académie des belles-lellres.
Art. 1", J1 sera payé, pour la présente année et sans retenue, à 1 Académie des belles-lettres, la somme de 13 908 livres, savoir :
E. MAINOItÜN. O
10 pensions de 2000 livres 20 000 livres.
5 de 800 livres 4000
Au Secrétaire perpétuel 1 000 —
Pour la bibliothèque, les dessins, travaux particuliers, frais de bureau, bois, lumières,
huissiers et supplément de prix C600
Jetons, 208 marcs 12 008 —
Entretien et réparation du coin 300 —
Total 43 008 livres.
Art. 2. — Chaque année, il sera assigné sur le Trésor public une somme de 1200 livres pour former un prix qui sera accordé sur le jugement de l’Académie à l’auteur de l’ouvrage le plus profond et le mieux fait sur l’bistoire de France.
Académie des sciences.
Art. 1". — Il sera payé pour la présente année à l’Académie des sciences la somme de 93 458 livres 10 sous sans retenue, savoir :
Pour huit pensions de 3000 livres 24 000 livres.
Pour huit de 1800 14400 —
Pour huit de 1200 9G00 —
Pour seize de 500 8 000 —
Au Secrétaire perpétuel pour appointemens. . . 3 000 —
Au Trésorier 3 000 —
Frais d’expériences 16 000 —
Pour écritures 500
Pour messe du jour de S' Louis 400 —
Dépenses courantes 1 438 —
Jetons (1) 12 820 — 10 s.
Entretien et réparation du coin 300 —
Total 03 458 livres 10 s.
Art. 2. — Chaque année, il sera assigné la somme de 1200 livres pour former un prix qui sera accordé sur le jugement de l’Académie à l’auteur de l’ouvrage ou de la découverte la plus utile au progrès des sciences et des arts, soit qu’il soit françois, soit qu’il soit étranger.
(1) Les jetons ont cessé d’ôtre distribués en nature, à l’Académie des sciences, à partir du 11 janvier 1792. Depuis cette époque, ils ont été représentés par des assignats.
LE liUDGET l'E L’ACADÉMIE
Société royale de médecine.
— jj g0(.g^ payé, pour la présente année, à la Société royale de médecine, la somme de 36 200 livres, savoir :
Pour cinq pensions de 1500 livres i 500 livres.
Pour trois de 500 livres i 600
Pour dix-huit de 400 livres 7 200 —
Pour appointements du Secrétaire perpétuel,
frais de bureau, un commis 7 400
Traitement à quelques membres 1 300
Prix 1 200 —
Frais d’expériences et analyses 600 —
Second commis 1 600 —
Jetons 6 000
Frais de bureau, séances publiques, impressions, dépenses extaordinaires 2 000 —
Total 36 200 livres.
Art. 2. — Et seront tenues lesdites Académies et Sociétés, de présenter à l’Assemblée nationale, dans le délai d’un mois, les projets de règlemens qui doivent fixer leur constitution.
Sanctionné le 5 septembre 1790.
Par suite de ce décret, le budget de l’x\cadémie des sciences, le seul qui nous occupe ici, se décomposait ainsi qu’il suit, et ne paraît avoir subi, sauf les noms des titulaires, aucune modilication jusqu’au jour où les Académies disparurent :
1“ Huit pensions de 3000 ^ : à Borda, Lemonnier,
Bossut, Le Roy, Daubenton, Cadet, Adanson,
Desmarest 24 000
2” Huit pensions de 1800 cà Jeaurat, Lalande,
Roebon, Brisson, Tenon, Lavoisier, de Jussieu,
Sage 14 400
3° Huit pensions de 1200 ; à Yandermonde, Le
Gentil, La Place, Bailly, Portai, Baiimé, Lamarck,
Rarcet 9 000
4® Traitement de Condorcet, Secrétaire perpétuel. . . 3 000
5® Traitement de Tillet, Trésorier 3 000
6® Seize petites pensions de 500 : l
à IJrisson 500 i
à Cousin 500 I
à Haüy 800 i
à Demours 500 j
à Messier 500 I
à Méchain 800 |
à Fourcroy 500 [
à Legendre 500 '
ù Charles 500
à Desfontaines 500
il M''“ llaussard, graveurs 300
à Fossier, dessinateur 300 '
à Le Gouaz, graveur 300 I
à Lucas, huissier 1000 j
il Fattori, garde du cabinet 500 ;
7® Pour frais d’expériences
8® Pour frais d’écritures
9® Pour la messe du jour de la St Louis
10® Pour les dépenses courantes
11® Pour jetons et droits de présence
12“ Pour entretien et réparation du coin de l’Académie (1) ;
13® Pour le prix destiné à l’auteur du meilleur ouvrage (prix d’utilité nationale)
Total 94 058 1.10 s.
Jeton de présence de l’Académie.
Une note déposée aux Archives de l’Académie des sciences nous a permis de reconstituer les budgets de la Compagnie, depuis l’année 1784; nous les reproduisons ici, pensant qu’il est bon d’en conserver la trace :
(1) Il s’agit ici du coin nécessaire à la frappe des jetons de présence. Clnnine jeton, frappé en argent, avaiUme valeur de 37 sols, ou plus exactement, de 1 17 s. 3 d.
LK lîUDGET DE L’ACADÉMIE
Année 178-i. — A 31. do nniïon, pour
rontrelien des machines
A 31. Tillet, frais d’expériences
A Lui, pour le motet
A Lui, pour lui tenir lieu de l’une des
pensions de l’Académie
A 31. de Condorcet, pour les écritures. . Pensions de l’Académie des sciences.. .
Année 1785. — A 31. de Buffon, pour
l’entretien des machines
A 31. Tillet, frais d’expériences
A Lui, pour le motet
A Lui, pour lui tenir lieu de pension . .
A 31. de Condorcet, écritures
Pensions de l’Académie des sciences. . .
Année 1786. — A 31. de Buffon, entretien des machines
A 31. Tillet, frais d’expériences
A Lui, pour le motet
A Lui, pour lui tenir lieu de pension. .
A Lui, pour supplément de jetons
A 31. de Condorcet, pour les écritures. . Pensions de l’Académie des sciences. . .
Année 1787. — A 31. de Buffon, pour
les machines
A 31. Tillet, frais d’expériences
A Lui, pour supplément de jetons
A Lui, pour le motet
A Lui, pour lui tenir lieu de pension. . .
A 31. de Condorcet, écritures
Pensions de l’Académie des sciences. . .
Année 1788. — A3I. de Buffon,
entretien des machines 12 000
A 31. Tillet, pour le motet. . . . 400
A 31. de Condorcet, pour les écritures 500
A 31. Tillet, frais d’expériences 12 000 A Lui, supplément de jetons . 11 700
A liui, décompte de sa pension de .‘JOOO du l*’’ janvier 1 788 jnsques et y compris le 10 avril suivant (pi’il est de-
venu titulaire
Pensions de l’Académie des sf’'ence.s 54,000
Année 1789. — A M. Tillel, entretien \
des machines 12 000
A Lui, pour frais d’expériences 12 000 /
A Lui, supplément de jetons 11 700 j 90 600
A Lui, pour le motet 400 l
A M. de Condorcet, écritures 500 |
Pensions de l’Académie des sciences.. . 54 000 /
Année 1790. — A M. Tillet pour les machines 12 000 j
A Lui, frais d’expériences 12 000 /
A Lui, supplément de jetons 11 400 j 90 00
A M. de Condorcet, écritures 500 l
A M. Tillet, pour le motet 400 j
Pensions de l’Académie des sciences.. . 54000
L’ordonnance du Roy est de 12 000'”', mais il n’a été payé qu’un à compte de 6000
Année 1791. — A M. Tillet, 1
trésorier de l’Académie des sciences , la somme de 100 OOO"'^ accordée par l’Assemhlée nationale pour le travail des poids et mesures.
Mandat du 5 septembre 1791, remis à M. Cottin, le 6 du d. 100 000 A M. de Lavoisier, successeur 194 658 1. 10 s.
de M. Tillet, pour les dépenses de toute nature de l’Académie des sciences pendant 1791, suivant le décret du 18 février 1791 et conformément à l’Etat ordonnancé du 22 janvier 1 792, adressé à M. de Lavoisier, le 23 des d. j
Pour l’année 1792, Lavoisier avait fait dresser l’état suivant, au moment même de la clôture de l’exercice :
8 traitements de 3 000 ddO
H de 1 800*
8 — de 1200* 9 600
Traitement du Secrétaire 3 900
— du Trésorier 3 000