CHAPITRE II
Le règlement du 2G janvier iG99. — L’Académie est transférée au Imuvre. — Lettres de Phclypeaux à ce sujet. — Le procès-verbal de la première séance tenue au Louvre, le 29 avril 1G99. — Liste des membres (jui assistent à cette séance. — Article publié par le Mercure galant à cette occasion. — Louis XIV fait frapper une médaille rappelant cet événement. ^ Liste des membres que F.Académie s’est adjoints depuis sa fondation jusqu’au moment de son entrée au Louvre.
C’esl en 1608 que Lister écrivait le Voyage à Paris, et c’est avec raison qiTil y signale rinterruption que subissait alors la publication des Mémoires de l’Académie. A ce moment la Compagnie attendait une organisation définitive qui lui fut seulement octroyée par le règlement du 20 janvier 1609 ; ce règlement, le premier de ceux qu’elle ait reçus, la renouvelait d’une manière complète et fixait les conditions de son existence, la nature de ses recberches, sonraodede recrutement, etc., etc., il était ainsi conçu :
Le Roi voulant continuer à donner des marques de son affection à l’Académie royale des sciences, Sa Majesté a résolu le présent règlement, lequel Elle veut et entend être exactement observé.
I. — L’Académie royale des sciences demeurera toujours sous la protection du Roi et recevra ses ordres par celui des secrétaires d’État, à qui il plaira à Sa Majesté d’en donner le soin.
IL — Ladite Académie sera toujours composée de quatre sortes d’académiciens, les honoraires, les pensionnaires, les associés et les élèves; la première classe composée de dix personnes, et les trois autres chacune de vingt ; et nul ne sera admis dans aucune de ces quatre classes, que par le choix ou l’agrément de Sa Majesté.
III. — Les honoraires seront tous règnicoles, et recommandahles par leur intelligence dans les mathématiques ou dans la physique,
LE UÈGLEMENT DE 1699
desquels l’iin sera président, et aucun d’eux ne pourra devenir pensionnaire.
IV. — Les pensionnaires seront tous établis à Paris : trois géomètres, trois astronomes, trois mécaniciens, trois anatomistes, trois chimistes, trois botanistes, un secrétaire et un trésorier. Et lorsqu’il arrivera que quelqu’un d’entre eux sera appelé à quelque charge ou commission demandant résidence hors de Paris, il sera pourvu à sa place de même que si elle avoit vaqué par décès.
Y. — Les associés seront en pareil nombre, douze desquels ne pourront être que règnicoles, deux appliqués à la géométrie, deux à l’astronomie, deux aux mécaniques, deux à l’anatomie, deux à la chimie, deux à la botanique ; les huit autres pourront être étrangers et s’appliquer à celles d’entre ces divei’ses sciences pour lesquelles ils auront plus d’inclination et de talent.
YI. — Les élèves seront tous établis à Paris; chacun d’eux appliqué au genre de science dont fera profession l’académicien pensionnaire auquel il sera attaché ; et s’ils passent à des emplois demandant résidence hors de Paris, leurs places seront remplies, comme si elles étoient vacantes par mort.
YII. — Pour remplir les places d’honoraires, l’assemblée élira a la pluralité des voix un sujet digne qu’elle proposera à Sa Majesté pour avoir son agrément.
VIII. — Pour remplir les places de pensionnaires, l’Académie élira trois sujets, desquels deux au moins seront associés ou élèves, et ils seront proposés à Sa Majesté, afin qu’il lui plaise en choisir un.
IX. — Pour remplir les places d’associés, l’Académie élira deux sujets, desquels un au moins pourra être pris du nombre des élèves, et ils seront proposés cà Sa Majesté, afin qu’il lui plaise en choisir un.
X. — Pour remplir les places d’élèves, chacun des pensionnaires s en pourra choisir un qu’il présentera à la Compagnie, qui en délibérera, et s’il est agréé à la pluralité des voix, il sera proposé à Sa Majesté.
XI. — Nul ne pourra être proposé à Sa Majesté pour remplir aucune desdites places d’académicien, s’il n’est de bonnes mœurs et de probité reconnue.
XII. — Nul ne pourra être proposé de même, s’il est régulier, attaché à quelque ordre de religion, si ce n’est pour remplir quelque place d académicien honoraire.
XIII. — Nul ne pourra être proposé à Sa Majesté pour les places de pensionnaire ou d’associé, s’il n’est connu par quelque ouvrage considérable imprimé, par (|uelque cours fait avec éclat, par (inel(|iu? machine de son invention, ou par (|uel(iuc découverte particulière.
XIV. — Nul ne pourra être proposé pour les places de pensionnaire ou d’associé, qu’il n’ait au moins vingt-cinq ans.
XV. — Nul ne pourra être proposé pour les places d’élèves, qu’il n’ait vingt ans au moins.
XVI. — Les assemblées ordinaires de l’Académie se tiendront à la Bibliothèque du roi, les mercredi et samedi de chaque semaine; et lorsqu’esdils jours se rencontrera quelque fête, l’assemblée se tiendra le jour précédent.
XVII. — Les séances desdites assemblées seront au moins de deux heures, savoir : depuis trois jusqu’à cinq.
XVIII. — Les vacances de l’Académie commenceront au huitième de septembre et finiront l’onzième de novembre; et elle vaquera en outre pendant la quinzaine de Pâques, la semaine de la Pentecôte, et depuis Noël jusqu’aux Rois.
XIX. — Les académiciens seront assidus à tous les jours d’assemblées, et nul des pensionnaires ne pourra s’absenter plus de deux mois pour ses affaires particulières, hors le temps des vacances, sans un congé exprès de Sa Majesté.
XX. — L’expérience ayant fait connoître trop d’inconvéniens dans les ouvrages auxquels toute l’Académie pourrait travailler en commun, chacun des académiciens choisira plutôt quelque objet particulier de ses études, et par le compte qu’il en rendra dans les assemblées, il tâchera d’enrichir de ses lumières tous ceux qui composent l’Académie, et de profiter de leurs remarques.
XXL — Au commencement de chaque année, chaque académicien pensionnaire sera obligé de déclarer par écrit à la Compagnie le principal ouvrage auquel il se proposera de travailler; et les autres académiciens seront invités à donner une semblable déclaration de leurs desseins.
XXII. — Quoique chaque académicien soit obligé de s’appliquer principalement à ce qui concerne la science particulière â laquelle il s’est adonné, tous néanmoins seront exhortés à étendre leurs recherches sur tout ce qui peut être d’utile ou de curieux dans les diverses parties des mathématiques, dans la dilTérente conduite des arts et dans tout ce qui peut regarder quehjue point de l’histoire naturelle, ou appartenir en quelque manière a la physique.
XXllI. — Dans chaque assemblée il y aura du moins deux académiciens pensionnaires obligés, â tour de rôle, d’apporter quelques observations sur leur science. Pour les associés, ils auront toujours la liberté de proposer de même leurs observations, et chacun de ceux qui seront présens, tant honoraires que pensionnaires ou associés, pourront, selon l’ordre de leur science, taire leurs remar-
ques sur ce qui aura été proposé ; mais le? élèves ne parleront que lorsqu’ils y seront invités par le président.
XXIV. — Toutes les observations que les académiciens apporteront aux assemblées seront par eux laissées le jour même par écrit entre les mains du secrétaire, pour y avoir recours dans l’occasion.
XXV. — Toutes les expériences qui seront rapportées par quelque académicien seront vérifiées par lui dans les assemblées, s’il est possible, ou du moins elles le seront en particulier, en présence de quelques académiciens.
XXVI. — L’Académie veillera exactement à ce que, dans les occasions où quelques académiciens seront d’opinions différentes, ils n’emploient aucun terme de mépris ni d’aigreur l’un contre l’autre, soit dans leurs discours, soit dans leurs écrits; et lors môme qu’ils combattront les sentiments de quelques savans que ce puisse être, l’Académie les exhortera à n’en parler qu’avec ménagement.
XXVII. ^ — L’Académie aura soin d’entretenir commerce avec les divers savans, soit de Paris et des provinces du royaume, soit même des pays étrangers, afin d’être promptement informée de ce qui s’y passera de curieux pour les mathématiques ou pour la physique ; et dans les élections pour remplir des places d’académiciens, elle donnera beaucoup de préférence aux savans qui auront été les plus exacts à cette espèce de commerce.
XXVIII. — L’Académie chargera quelqu’un des académiciens de lire les ouvrages importans de physique ou de mathématiques qui paroîtront, soit en France, soit ailleurs; et celui qu’elle aura chargé de cette lecture en fera son rapport à la Compagnie, sans en faire la critique, en marquant seulement s’il y a des vues dont on puisse profiter.
XXIX. — L’Académie fera de nouveau les expériences considérables qui se seront faites partout ailleurs, et marquera dans ses registres la conformité ou la différence des siennes à celles dont il étoit question.
— L’Académie examinera les ouvrages que les académiciens se proposeront de faire imprimer; elle n’y donnera son approbation qu’après une lecture entière faite dans les Assemblées, ou du moins qu’après un examen et rapport fait par ceux que la Compagnie aura commis a cet examen; et nul des académiciens ne pourra mettre aux ouvrages qu’il fera imprimer le titre d’académicien, s’ils n’ont été ainsi approuvés par l’Académie.
XXXI. L Académie examinera, si le Roi l’ordonne, toutes les machines pour lesquelles on sollicitera des privilèges auprès de Sa Majesté. Elle certifiera si elles sont nouvelles et utiles, et les inven-
leurs (le celles qui serout approuvées seront tenus de lui en laisser un modèle.
XXXII. — Les académiciens honoraires, pensionnaires et associés auront voix délibérative, lorsqu’il ne s’agira que de sciences.
XXXIII. — Les seuls académiciens honoraires et pensionnaires auront voix délibérative, lorsqu’il s’agira d’élection ou d’afTaires concernant l’Académie; et lesdiles délibérations se feront par scrutin.
XXXIV. — Ceux qui ne seront point de l’Académie ne pourront assister ni être admis aux assemblées ordinaires, si ce n’est quand ils y seront conduits par le secrétaire pour y proposer quelques découvertes ou quelques machines nouvelles.
XXXV. — Toutes personnes auront entrée aux assemblées publiques, qui se tiendront deux fois chaque année, l’une le premier jour d’après la Saint-Martin, et l’autre le premier Jour d’après Pâques.
XXXVI. — Le président sera au haut bout de la table avec les honoraires; les académiciens pensionnaires seront aux deux côtés de la table; les associés au bas bout et les élèves chacun derrière l’académicien duquel ils sont élèves.
XXXVll. — Le président sera très attentif à ce que le bon ordre soit fidèlement observé dans chaque assemblée et dans ce qui concerne l’Académie; il en rendra un compte exact à Sa Majesté ou au secrétaire d’État auquel le roi aura donné le soin de ladite Académie.
XXXVIII. — Dans toutes les assemblées, le président fera délibérer sur les différentes matières, prendra les avis de ceux qui ont voix dans la Compagnie, selon l’ordre de leur séance, et prononcera les résolutions à la pluralité des voix.
XXXIX. — Le président sera nommé par Sa Majesté au l®" janvier de chaque année; mais, quoique chaque année, il ait ainsi besoin d’une nouvelle nomination, il pourra être continué tant qu’il plaira à Sa Majesté; et comme, par l’indisposition ou par la nécessité de ses affaires, il pourroit arriver qu’il manqueroit à quelques séances. Sa Majesté nommera en même temps un autre académicien pour président en l’absence dudit président.
XL. — Le secrétaire sera exact à recueillir en substance tout ce qui aura été proposé, agité, examiné et résolu dans la Compagnie, à l’écrire sur son registre, par rapport à chaque jour d’assemblée, et à y insérer les traités dont il aura été fait lecture. Il signera tous les actes qui en seront délivrés, soit à ceux de la Compagnie, soit à autres qui auront intérêt d’en avoir; et, à la fin de décembre de chaque année, il donnera au public un extrait de ses registres, ou une histoire raisonnée de ce qui se sera fait de plus remarquable dans l’Académie.
\[j. Les registres, titres et papiers concernant l’Académie demeureront toujours entre les mains du secrétaire, à qui ils seront incessamment remis par un nouvel inventaire que le président en dressera; et, au mois de décembre de chaque année, ledit inventaire sera, par le président, récolé et augmenté de ce qui s’y trouvera avoir été ajouté durant toute l’année.
XLII. — Le secrétaire sera perpétuel, et lorsque, par maladie ou par autre raison considérable, il ne pourra venir à l’assemblée, il y commettra tel d’entre les académiciens qu’il jugera à propos pour tenir en sa place le registre.
XLIII. — Le trésorier aura en sa garde tous les livres, meubles, instrumens, machines ou autres curiosités appartenant à l’Académie ; lorsqu’il entrera en charge, le président les lui remettra par inventaire; et, au mois de décembre de chaque année, ledit président récolera ledit inventaire pour l’augmenter de ce qui aura été ajouté durant toute l’année.
XLIV. — Lorsque des savans demanderont à voir quelqu’une des choses commises à la garde du trésorier, il aura soin de les leur montrer; mais il ne pourra les laisser transporter hors des salles où elles seront gardées, sans un ordre par écrit de l’Académie.
XLV. — Le trésorier sera perpétuel; et quand, par quelque empêchement légitime, il ne pourra satisfaire à tous les devoirs de sa fonction, il nommera quelque académicien pour y satisfaire.
XLVI. — Pour faciliter l’impression des divers ouvrages que pourront composer les académiciens. Sa Majesté permet à l’Académie de se choisir un libraire, auquel, en conséquence de ce choix, le roi fera expédier les privilèges nécessaires pour imprimer et distribuer les ouvrages des académiciens que l’Académie aura approuvés.
XLYII. — Pour encourager les académiciens à la continuation de leurs travaux. Sa Majesté continuera à leur faire payer les pensions ordinaires et même des gratifications extraordinaires, suivant le mérite de leurs ouvrages.
XLYIII. — Pour aider les académiciens dans leurs études et leur faciliter les moyens de perfectionner leur science, le roi continuera de fournir aux frais nécessaires pour les diverses expériences et recherches que chaque académicien pourra faire.
XLIX. — Pour récompenser l’assiduité aux assemblées de l’Académie, Sa Majesté fera distribuer cà chaque assemblée quarante jetons à tous ceux d’entre les académiciens pensionnaires qui seront présens.
~ Yeut Sa Majesté que le présent règlement soit lu dans la prochaine assemblée et inséré dans les registres, pour être exactement observé, suivant sa forme et teneur; et s’il arrivoit qu’aucun acadé-
micien y contrevînt en quelque partie, Sa Majesté en ordonnera la punition suivant l’exigence du cas. Fait à Versailles, le vingt-sixième jour de janvier mil six cent quatre-vingt-dix-neuf.
Signé LOUIS. Et plus bas, Phelypeaex.
Commimicalion officielle du reglement qui précède fut donnée à l’Académie des sciences dans la séance qu’elle tint le 4 février i699. Ce jour même, Fontenelle lisait une première lettre de Poncliartrain, datée de Versailles, le ^7 janvier, par laquelle l’abbé Ifignon était inlormé que le roi, « persuadé de sa capacité et de son zèle », le choisissait pour faire fonctions de président de la Compagnie, « ce qui était reçue de toute l’assemblée avec une extrême joye ».
Après la lecture de cette lettre, le secrétaire perpétuel en lisait une seconde adressée également à l’abbé Bignon.
Cette dernière était conçue de la manière suivante :
Versailles, le 28 janvier 1099.
Monsieur,
En conséquence du règlement pour l’Académie royale des sciences ordonné par le Roy, le vingt-sixième jour de ce mois, j’ay fait lecture à Sa Majesté, des académiciens qui la composent présentement, savoir : vous. Monsieur, M. le marquis de l’Hôpital; le père Truchet, M. Renau, capitaine de vaisseau; M. de Mallezieu, le père Malebranclie, le père Gouye, académiciens honoraires; le S'' abbé Gallois, géomètre; le S" Rolle, géomètre; le S" Varignon, géomètre; le S" Cassini, astronome; le S" de La Hire, astronome; le S'' Le Fèvre, astronome; le S" Filleau des Rillettes, mécbanicien; lé S" Jaugeon, mécbanicien ; le S'' Dalesme, mécbanicien; le S'' Duhamel, anatomiste; le S‘'DuVerney, anatomiste; le S'^Méry, anatomiste; le S‘'Rourdelin, chimiste; le S" Homberg, chimiste; le S*" Boulduc, chimiste; le S"" Dodart, botaniste; le S*" Marchand, botaniste; le S'' ïournefort, botaniste; le S"" de Fontenelle, secrétaire; le S'' Couplet, trésorier, académiciens pensionnaires. Le S‘‘ de Leibnits, étranger; le S’’ de Tschirnausen, étranger; le S" Guillelmini, étranger; le S'' de Lagny, géomètre; le S'' Regis, géomètre; le S'' Cassini fds, astronome; le S'' de La Rire fds, astronome ; le S"" Chazclles, mécanicien ; le S"" Sauveur, mécanicien; le S'' Tauvry, anatomiste; le S'' Rourdelin fds, anatomiste; le S"" de Langladc, chimiste; le S"" Lémery, chimiste ; le S" Morin de Saiid-Victor, botaniste; le S" Morin de Toulon, botaniste, académiciens associez; sous le S'' Varignon, le S'' Carré, élève;
SOUS le S''Cassini, astronome, le S'^Marakli, élève; sous le S’’ Ilomberg:, le S^GeolTroy, élève; sous le S'' Couplet, le S*’ Couplet fils, élève.
Sa Majesté a marqué une satisfaction particulière du mérite et de l’application de chacun d’eux, et les a de nouveau, en tant que besoin seroit, agréez et choisis pour les places qu’ils occupent; il est cependant à observer que le sieur Dodart n’est agréé que par une considération toute singulière, car son employ de médecin de Madame la princesse de Conli, Douairière, l’obligeant à résider hors Paris, auprès de cette princesse, il ne pourroit estre au rang des académiciens pensionnaires suivant l’article 4- dudit règlement, et le Roy ne le conserve en ce rang qu’à raison de son extrême ancienneté dans l’Académie, et sans qu’un pareil exemple puisse dans la suitte estre jamais tiré à conséquence.
Sa Majesté, au surplus, m’a commandé de vous faire savoir que son intention est que vous fassiez incessamment procéder à l’élection des sujets dignes des autres places qui restent à remplir pour parfaire le nombre porté par ledit règlement.
Je suis. Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur.