PONTCHARTRAIN
Trois jours plus tard, le 7 février, l’Académie, régulièrement instituée, prenait une délibération consignée aux procèsverbaux dans, les termes qui suivent ;
Il a été résolu que la séance de ]\P® les pensionnaires se feroit dans cet ordre ;
Au costé droit de la table, par rapport à M. le président, et au haut, 1" géomètre, M. l’abbé Gallois; en suitte, anatomiste, M. du Hamel ; P-’ astronome, M. Gassini ; 1" chimiste, M. Bourdelin ; p-- méchanicien, M. des Rillettes; P‘‘ botaniste, M. Dodart; 2“ géomètre, M. Belle; 2^ anatomiste, M.'duVerney; 2“ astronome, M. deLaHire; 2" chimiste, M. Ilomberg. ’
Au costé gauche, et au haut, le secrétaire, M. de Fontenelle; le trésorier, M. Couplet; 3® botaniste, M. Tournefort; 3“ méchanicien, M. Dalesme; 3» chimiste, M. Boulduc; 3“ astronome, M. Le Fèvre; 3' anatomiste, M. Méry; 3“ géomètre, M. Varignon; 2» botaniste, M. Marchand; 2" méchanicien, M. Jaugeon.
Ces disposiüons prises, la Compagnie, après en avoir délibéré pendant plusieurs séances, décidait, le 18 février, que scs armes seraient « un soleil entre trois Heurs de lis, comme elles sont dans l’écii de Fi'ance y.
A partir de cette époque, les travaux de l’Académie reçurent une vive impulsion; mais, par suite de sa constitution nouvelle, par suite surtout des obligations qui lui étaient imposées, le local dont elle avait la jouissance à la Bibliothèque du roi avait été reconnu insuffisant. Phelypeaux, prenant en considération les réclamations réitérées qui lui étaient faites à ce sujet, se préoccupait de lui procurer un lieu plus vaste que celui qu’elle voulait abandonner. Nous avons trouvé aux Archives natio-
nales, dans la correspondance de ce ministre, les deux lettres qui suivent et qui peuvent être considérées comme le point de départ d’une décision royale qui n’est d’ailleurs appuyée d’aucun acte officiel.
A Monsieur Séguin.
31 mars 1G99.
L’Académie des sciences, qui se tient ordinairement à la Bibliothèque du Roy, doit faire le premier jour d’après Pasques une assemblée publique où toutes personnes pourront entrer. Et comme il n’y a point de lieu dans la Bibliothèque assez spacieux pour cette assemblée, je vous prie tie voir quelle salle du Louvre pourroit y estre propre afin que, suivant ce que vous m’en manderez, je le fasse trouver bon au Roy.
Je suis, monsieur, entièrement à vous.
Phelypeaux.
A Monsieur Séguin.
15 avril 1099.
Le Roy a accordé à l’Académie royale des sciences de s’assembler après Pasques dans son petit apartement et Sa Majesté m’ordonne de
VOUS en avertir affin que vous fassiez mettre cet apartement en état. M. l’abbé Bignon vous expliquera plus particulièrement ce que Sa Majesté a enteiulu donner.
Je suis, monsieur, entièrement à vous.
Phelypeaux.
Peu de jours après, grâce à l’intervention de l’abbé Cignon, tous ces points étaient réglés, et l’Académie, obtenant enfin l’installation qui lui était nécessaire, prenait possession du logement qu’elle devait à la munificence royale et y tenait sa première séance le mercredi 29 avril 1699, conformément à l’article XXXV de son règlement.
Fontenelle, secrétaire perpétuel de la Compagnie, a consigné sur les registres cette date mémorable dans les termes suivants :
Le mercredi 29 avril 1699, le Roy ayant eu la bonté de donner un logement à l’Académie dans le Louvre, elle s’y transporta pour la première fois et y tint aussi sa première assemblée publique qu’elle étoit obligée de tenir par le nouveau règlement.
M. LE Président fit un petit discours sans préparation pour apprendre aux auditeurs qui étoient en grand nombre, ce que c’étoit que les assemblées de l’Académie et pour les avertir que celle-là, quoyque publique, se passeroit à l’ordinaire.
M. Cassini a lu d’abord l’écrit suivant : Du retour des comètes.
Ensuite M. Homrerg parla et lut l’écrit suivant : Observation sur la quantité exacte des sels volatils acides contenus dans les différens esprits acides.
M. Varignon donna aussi cette règle générale pour les clepsidres : « Manière géométrique et générale de faire des clepsidres, ou horloges d’eau, avec toutes sortes de vases donnés, percés où l’on voudra d une petite ouverture par où l’eau s’écoule suivant quelque hypothèse de vitesses que ce soit ; et réciproquement de trouver ces vases pour toutes sortes d’hypothèses de telles vitesses et des temps suivant lesquels se doivent régler les abaissemens de la surface de l’eau qui s’écoule. »
L assemblée était composée de l’abbé Bignon, president; le marquis de 1 Hôpital, le maréchal de Vauban, le chevalier Renan, 1 abbé de Louvois, le père Goiiye, le Père Malebrancbe, le Père Sébastien Trucliet, membres honoraires;
^ P. delallire, Jaiigeon, Duhamel, G. Bourdelin, Des Rillettes, Iiolle, Méry, Varignon, Marchant, Pitton de Tournefort, llorn-
L’ACADitMIE DES SCIENCES
berg, Fontenelle, secrétaire perpétuel, Coiilduc, l’abbé Gallois, J.-D. Gassini, pensionnaires;
N. Lémery, llourdelin, G. P. de la Ilire, Taiivry, J. Gassini, Maraldi, associés;
Thuillier, Carré, Chevalier, du Torar, P, Du Yerney, Amontons, Geoffroy, Poupart, Burlet, Berger, Littré, Boulduc, de Beauvillières, élèves.
Cette solennité eut, à l’époque, un grand retentissement, et les papiers publics s’empressèrent d’en entretenir leurs lecteurs. Le Mercure galant, celui surtout qu’il importe de citer, s’exprimait ainsi qu’il suit ;
La grandeur du Roy paroist en toutes choses, mais son attention pour le bien de ses sujets éclate particulièrement dans la protection qu’il donne aux beaux-arts et aux sciences, et dans l’établissement des diverses Académies qui les font fleurir. Celle des Sciences tint sa première assemblée publique le mercredy29 du mois passé. Le nouveau règlement qu’elle a reçu du Roy au mois de février de celte année et qui donne à cette Compagnie un nouveau lustre et une nouvelle vigueur l’oblige à ouvrir ses portes deux fois par an à la première séance d’après Pâques et à la première d’après la Saint-Martin. Sa Majesté a voulu que le public pût juger par ses propres yeux de la forme et de l’utilité de ces assemblées, persuadée que les mistères qui s’y traitent s’attireroient d’autant plus d’estime qu’ils seroient exposés au grand jour. Une circonstance singulière, une faveur encore toute nouvelle que le Roy avoit fait aux Sciences, rendoit cette première assemblée plus digne de curiosité. Ce prince avoit eu la bonté de donner à cette Académie, qui auparavant se tenoit à la Bibliothèque, un logement dans le Louvre, sans comparaison plus commode et plus magnifique, et c’estoit à ce premier jour d’après Pâques qu’elle en prenoit possession. Ce lieu, tout vaste qu’il estoit, se trouva entièrement rempli de spectateurs, et même il y avoit en haut des tribunes fermées de jalousies, où se mirent un petit nombre de dames â qui il appartenoit d’être curieuses d’un spectacle qui auroit si peu touché toutes les autres.
M. l’abbé Bignon nommé par le Roy pour estre président de cette Académie, ouvrit la séance. Il dit que ceux qui estoient venus dans ce lieu se seroient trompez, s’ils s’estoient attendus à quehiue ouverture étudiée et â des discours éloquens; que l’Académie françoise avoit pour son partage l’art de la parole avec tous scs agrémens, mais que l’Académie'des sciences n’aspiroit qu’â la véiâté et souvent à la vérité la plus sèche et la plus abstraite; qu’il luy suflisoit que le vrai pût
estre utile, et qu’elle le dispensoit d’estre agréable ; que cette séance, quoiqu’elle fût publique, ne dilTéreroit en rien d’une séance particulière, sinon en ce qu’elle seroit peut-estre moins utile et moins curieuse, parce qu’ordinairement quand un académicien parloit on l’interrompoit ou pour luy demander des éclaircissemens, ou pour lui faire des objections, et que souvent ces pensées nées sur-lechamp se trouvoient excellentes, mais qu’il estoit à craindre que le respect qu’impose le public n’étouffàt toutes ces productions soudaines; qu’en ce cas-Ki ayant l’honneur de présider à la Compagnie, il tâcherait de suppléer à ce défaut et qu’il hazarderoit les pensées qui lui viendroient à l’esprit.
(( Il y a présentement, ajoute le Mercure, cinq académies qui tiennent leurs séances au Louvre, l’Académie française, celle des inscriptions et des médailles, l’Académie royale des sciences, celle de peinture et de sculpture et celle des architectes, ce qui fait voir la bonté du Roy, et son application pour le progrès des Sciences.
Le 2 mai, l’abbé Bignon ayant fait connaître à l’Académie les obligations qu’elle avait à Mansart, surintendant des bâtiments, à propos de son installation au Louvre, la Compagnie décidait qu’il en serait officiellement remercié par deux de scs membres, Malézieu et Dodart.
Il est bien certain que l’Académie pouvait se montrer satisfaite; rien n’avait été négligé pour faciliter ses travaux. Logée dans un palais, mise en possession d’un appartement précédemment occupé par le roi lui-même, placée dans des conditions excellentes qui allaient permettre à cbacun de ses membi’es de se livrer en toute sécurité aux recherches qui faisaient l’objet de ses études privilégiées ; jouissant en toute propriété d’une bibliothèque spéciale renfermant déjà de beaux et nombreux ouvrages, d’un cabinet de physique où se trouvaient
réunis les instruments et les machines les plus perfectionnés qui existassent alors, d’une salle où se rencontraient méüiodiquernent classés de nombreux squelettes d’animaux, elle allait pouvoir donner à la science et, au pays des. gages inestimables de sa gratitude.
La lecture des proces-verbaux montre, en effet, jusqu’à quel point 1 Académie, réorganisée sur des bases plus larges et plus en ra])port avec les connaissances scieiitill(j[ucs de l’épocpic, sut
SC montrer cligne de la sympathie c{u’elle avait inspirée et dé rinllnence c|ii’clle avait depuis longtemps accjuise.
Elle s’assemblait, avec la plus grande ponctualité, comme en 1060, les mercredis et samedis, de trois à cinq heures en hiver et de trois heures et demie à cinq heures et demie en été.
Une médaille fut aussi frappée à l’occasion de l’entrée de l’Académie dans le palais du Louvre; elle est décrite ainsi riu’il suit dans le catalogue du Musée monétaire.
Avers. — Buste de Louis XIV.
Légende. — Ludovicus magnus, fran. et nav. rex. p. p.
(Louis le Grand, roi de France et de Navarre, père de la patrie.)
Revers. — Apollon jouant de la lyre; près de lui les attributs de l’astronomie, de la chimie et de l’anatomie.
Légende. — Apollo palatinus (Apollon dans le palais d’Auguste).
Exergue. — Regia Scient. Acad. inst. m. dclxvii (institution de l’Académie des sciences, 1GG7).
IL Roussel f. (1)
Trente-trois années s’étaient écoulées depuis la londatiou de l’Académie ; pendant cette période si importante ])Our son his-
(I) Celte date de 1GG7 est inexacte. C’est à raniiéc lOOG, ainsi ([u’on l'a vu, qu’il convient de fixer la londatiou de l’Acadéniie des sciences.
Médaille Irajipée à l’occasion de l’entrée de l’Acadéniie des sciences dans le palais du Louvre.
loirc, la Compagnie, constituée comme nous l’avons montré
précédemment, s’était adjoint les suivent :
savants dont les
noms
En 1GG8 l’abbé Jean Galloys
géomètre, mort en
1GG9 François Blondel
iG69 Jean Dominique Cassini
astronome, —
IGT^ Olaus Roemer
1G73 Denis Doclart
botaniste, —
1G74 Pierre Borel
chimiste, —
1G74 Guichard Joseph Du Verney. . .
anatomiste, —
1G75 Godefroy-Guillaume Leibnitz. .
associé étran-
ger.
1G78 Philippe de La Dire
astronome, —
1G78 Jean Marchant
botaniste, —
1G79 Delanion
géomètre, exclu en 1G85.
1G81 Sedileau
astronome, —
1G8:2 Waller de Tschirnauseii
géomètre, —
1G8:2 Laurent Polhenot
géomètre, exclu avant 1G99.
1G8:2 Lefèvre
1G83 Henri de Bessé de La Chapelle
astronome, exclu eu 1702.
Milon
1G84 Jean Méry
anatomiste, —
1G85 Melchisédec Thévenol
physicien, —
1G85 Michel Piolle
astronome, —
1G85 Cusset
1G88 Pierre Varignon
géomètre, —
1G91 Jean-Paul Bignon
honoraire, —
1G91 Pitton de Tournefort
botaniste, —
1G91 Guillaume llomberg
cbimislc, —
1G9:2 Moyse Charas
chimiste, —
1G93 De La Coudrayc
1G93 Guillaume-François de L’hopi-
géomètre.
tal
géomètre, —
1G93 Morin de Toulon
hotaniste, —
lG9i Jacques Cassini
astronome, —
1G94 Gabriel-lMulippc de La Dire. . .
astronome, —
1G94 Simon Boulduc
chimiste, —
lG9i Jacques-Philippe Maraldi
astronome, —
1695 Jean-Mathieu de Chazelles
astronome,
mort en 1710
1696 Thomas Fantet de Lagny
géomètre,
1696 Josepli Sauveur
1696 Pierre Couplet de Tartereaux.
mécanicien.
1696 Dominique Guglielmini
1697 Bernard Le Bovier de Fonte-
physicien,
nelle
géomètre,
1697 Louis Carré
géomètre,
1698 Daniel Tauvry
anatomiste.
1698 De Langlade
chimiste.