CHAPITRE
Disposition des locaux attribués à l’Académie, au Louvre. — La salle des États. — La Varenne du Louvre. — Le dépôt des modèles de la marine.
— La salle Henri II. — Le salon des Sept-Clieminées. — La Bibliothèque de l’Académie ou salle des Globes. — La chambre du roi. — Plan général de ces salles. — L’article XXXVI du règlement de 1699 relatif aux places des membres de l’Académie. — Lettres patentes de 1713 confirmant l’établissement de l’Académie des sciences et de celle des inscriptions et médailles. — Relations de ces deux Académies entre elles. — Note de Dionis du Séjour à ce sujet. — Le règlement de 17Ü1.
— Médaille frappée en 1719. — Le droit de committimiis concédé à l’Académie des sciences.
Il nous a paru important de rechercher le plan des salles qu’occupait l’Académie au Louvre et de fixer le lieu où tant de recherches et de travaux s’étaient accomplis, où les plus grands savants dont la France s’enorgueillit, avaient poursuivi, avec un éclat chaque jour plus vif, les découvertes impérissables qui ont immortalisé leur nom.
Ces salles, d’ailleurs, sont restées celles de FAcadémie des sciences jusqu’à la suppression des Académies en 1793; ce sont elles encore qui ont servi, lors de la fondation de l’Institut national, aux réunions de ses trois classes, jusqu’au moment où Percier et Fontaine se sont emparés du Louvre pour y opérer les habiles transformations que nous admirons maintenant.
Le logement de l’Académie était situé dans la grande cour du palais au premier étage, au-dessus de la seconde partie de la salle des Cariatides. On y pénétrait par l’escalier Henri IL donnant accès à l’ancienne salle des Etats, celle-là meme qui porte aiijourd’liui le nom de l’un des liienfaiteurs de l’Académie actuelle, le docteur L. Lacaze. Cette salle, alors traversée dans
toute sa longueur par un couloir de douze pieds de large (A) B. Maindho.n. 3
(voy. le plan, p. 3G), était divisée en plusieurs pièces réservées à la juridiction de la Varenne du Louvre (B) çt au dépôt des modèles de la marine (G), collection d’une très grande valeur qui avait été formée et classée à la Bibliothèque du roi par Duhamel-Dumonceau, et qui était destinée à devenir plus tard le noyau du Musée actuellement dirigé avec tant de compétence et de dévouement par M. le vice-amiral Paris.
Après avoir parcouru le couloir dont nous venons de parler, on pénétrait dans la première pièce de l’Académie, qui porte aujourd’hui le nom de salle Henri II (G). G’est celle où s’assemblaient les académiciens, celle dans laquelle eut lieu la séance publique du 29 avril 1699; elle était terminée par un plafond de menuiserie à compartiments, chargé de sculptures d’un goût ancien. Un lambris d’appui régnait dans son pourtour, et, dans sa partie supérieure étaient pratiquées des tribunes pour les spectateurs. L’unique œuvre d’art qui ornait la salle d’assemblée était une toile d’Antoine Goypel représentant une Minerve tenant le portrait de Louis XIV.
Les parois de cette salle, dont la physionomie générale devait être sévère, étaient recouvertes de tapisseries données par le Mobilier du trône. Leur caractère artistique ne nous est pas connu, mais il est probable que les Heurs de lis et les L couronnées y étaient largement représentées; car, en 1792, l’Académie dut se préoccuper de les faire enlever.
Les tapisseries en question furent trouvées dans un parfait état, l’Académie avait, en effet, leplus grand soin de tout ce qui lui était confié ; nous en trouvons une preuve singulière dans un compte fourni par l’huissier Lucas, en 1783.
Du 8 mars. — Payé comme de coutume chaque année, au suisse, la somme de vingt-quatre francs pour lui tenir lieu du profit des tisons et braises qu’on laisse consumer dans les poelles pour ne pas enfumer les plafonds et les meubles, ci 24 fr.
Quand on quitte la salle Henri II, on pénètre dans le splendide salon des Sept Cheminées, dont le plafond a ébî enlevé afin d’éclairer les chefs-d’œuvre qui le décorent. Gette salle était alors divisée en deux pièces : la première, qu’on appelait la Bibliothèque ou salle des Globes (E), renfermait les squelettes des gros quadrupèdes, l’éléphant, le chameau, le cheval, le mulet et le cerf; on y trouvait aussi les globes céleste et terres-
L’ACADÉMIE AU LOUVRÉ
Ire de Coronelli et une partie de la bibliothèque ; le plafond de cette pièce était orné de sculptures et de dorures d'un dessin généralement estimé ; la seconde, qu’on appelait la chambre du roi (F), était un cabinet servant de supplément à la Bibliothèque, dans lequel on classaplus tard la belle collection d’histoire naturelle, de pièces d’horlogerie, de modèles de machines et d’outils, léguée à l’Académie en i 753 par le comte d’Ons en Bray.
Ce cabinet, si nous en croyons Blondel, qui nous fournit une partie de ces renseignements (1), servait précédemment de chambre k coucher à Henri IV, et c’est là que, selon lui, ce prince aurait rendu le dernier soupir.
Enfin la dernière pièce de l’Académie (G) était un autre cabinet où se trouvaient rangées des armoires contenant des pièces anatomiques et quelques ouvrages de mécanique. Le plafond de cette pièce et ses lambris étaient décorés de sculptures, de dorures et de peintures ainsi que la précédente.
Ce dernier cabinet a été absorbé par le musée Campana ; il avoisinait le passage conduisant au musée grec et égyptien, sur la gauche duquel se trouve la porte ouvrant sur l’escalier des bureaux actuels de l’administration.
C’est donc dans ces quatre dernières pièces (D, E, F, G) que se sont écoulées, pour l’ancienne Académie, les années les plus glorieuses qu’il lui ait été donné de parcourir ; c’est là qu’ont vécu pendant tout un siècle les plus grands savants du pays, là aussi qu’ont passé successivement les étrangers illustres que la Compagnie s’était associés et qui se sentaient attirés en France par le renom qu’elle avait su y acquérir.
Dans la salle d’assemblée, l’article XXXVI du règlement de 1699, relatif aux places des académiciens, n’était plus observé. A partir du jour où l’Académie eut quitté la Bibliothèque du roi pour entrer au Louvre, le président et le vice-président se placèrent au milieu de la table destinée aux honoraires. Le directeur était à la droite et le sous-directeur à la gauche (2), et
(1) Blondel, Archileciure française, 4 volumes in-folio.
(2) Le directeur et le sous-directeur n’existaient pas dans l’oi'ganisation de 1G99; l’Académie ne créa ces deux places ([ue le 10 juillet 1700 et les rendit électives pendant deux années; le IG novembre 1702, le roi y pourvut comme il le faisait pour le président et le vice-président. Le règlement du 3 janvier 171G, que nous reproduisons plus loin, ratifia cetto dernière manière de procéder.
L’ACADÉMIK DES SCIENCES
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Plan des salles de l’Acadéinie au Louvre.