I.A l'UEMllîni'; SEANCE de E'iNStlTirC
ment de Tordre, Tanéanlissemenl des partis, Tairermisseinent des lois est le but de tous ses travaux; il ne se lassera i>as d’y tendre. Tour y parvenir, il renversera les obstacles, il i'raiicbira les précipices an risque d’y être eni’lüuli; mais il ne poursuivra, il n’atteindra que l’agitateur dangereux, le conspirateur véritable. La tolérance est a ses yeux le premier lien de la société, ses sentiments pbilanthropi(iues lui sont aussi cbers que ses principes républicains. Juge des actions publiques, il ne sondera pas les cœurs, il ne descendra point dans la retraite des consciences, il protégera l’homme de bien, quels que soient les préjugés ou les systèmes qui l’aient séduit. Cependant sa sollicitude s’étendra particulièrement sur les écrivains estimables, sur les artistes distingués; ils ont à sa bienveillance des droits qu’on ne peut méconnaître. La Révolution fut le fruit de leurs longues veilles; ils la prédirent, ils la commencèrent, ils auront la gloire de Tacbever. En rendant à la liberté ses doux attributs, ils lui rendront ses innombrables amis. Les cannibales en avaient fait une implacable Euménide couverte de haillons sanglants, couronnée de cyprès ; combien elle paraîtra plus aimable, combien elle sera plus chérie, quand, ceinte de lauriers, chargée des dépouilles des rois vaincus, souriant à tous les Français, même à ceux qui l’ont méconnue, elle s’assoira radieuse sur le trône des beaux-arts!
Dussaiilx, président de Tlnslitut, a fait au président du Directoire une réponse presque improvisée; il a félicité ceux qui gouvernent de sentir le prix des lumières. La République des lettres, a-t-il dit, a précédé la République française, et les hommes dont le principal emploi est de cultiver leur raison ne peuvent jamais être infidèles à la liberté dont ils ont été les précurseurs.
Daunou, qui avait été choisi par l’Institut pour exposer, dans un discours d’ouverture, le but de soit établissement, s’est exprimé ainsi qu’il suit :
Citovens,
A coté des premiers pouvoirs, organes ou instruments de la volonté du peuple français, la Constitution a placé une société littéraire qui doit travailler au progrès de toutes les connaissances humaines, et, dans la vaste carrière des sciences, de la philosophie et des arts, seconder par des soins assidus l’activité du génie républicain.
b’instiliit national n’exerce sur les autres établissements d’instruction aucune surveillance administrative; il n’est chargé lui-même d aucun enseignement habituel, l’our le soustraire au péidl de se considérer jamais comme une sorte d’autorité pidjfique, les lois ont
rONDATION DK D’INSTITUT NATIONAL
placé loin de lui tous les ressorts qui imprimenl des niouvemeiits
immédiats et ne lui ont laissé que celte lente et toujours utile
inriuence qui consiste dans la propagation des lumières, et qui résulte, non de la manifestation soudaine d’une opinion ou d’une volonté, mais d’un développement successif d’une science, ou de l’insensible perfectionnement d’un art.
Borné à ce ministère, l’institnt national est appelé du moins à ' l’exercer avec plénitude, avec toute l’étendue de liberté dont le besoin ] peut être senti par des âmes répnblicaines. Ceux qui ont le droit de ] leur demander des travaux n’auraient pas le pouvoir de lui commander j des opinions, et comme il ne possède aucun moyen de s’ériger en I
rival de l’autorité, il ne deviendrait pas non plus l’esclave ou '
l’instrument d’une tyrannie.
Par ce mélange même de tous les talents divers, par cette variété de travaux et d’habitudes, d’opinions et d’intérêts, par celte réunion d’hommes appliqués à toutes les sciences, consacrés à tous les arts, et entre lesquels on ne peut concevoir d’autre lien commun que l’amour de la patrie et des lettres; en un mot, par son organisation même, autant que par la nature de ses fonctions, l’Institut national est assez distingué de ces corporations dont les rois ont besoin de s’environner, et qui, prenant toujours deux caractères en apparence incompatibles, compriment la liberté des peuples et menacent aussi la puissance des gouvernements.
Mais l’intérêt des lettres, autant que l’intérêt politique, invoquait celte association de tous les genres de connaissances. Les arts, en effet, ne paraissent indépendants les uns des autres que lorsqu’ils n’ont fait que leurs premiers pas : plus ils s’agrandissent, plus ils s’aperçoivent de leurs relations naturelles et comprennent l’utilité du réciproque appui qu’ils se doivent. Dès lors les directions se croisent, les applications se multiplient, les alliances les plus imprévues surgissent entre les familles les plus éloignées; les genres s’identifient entre eux, pour ainsi dire, à mesure qu’ils se perfectionnent, et le progrès même des connaissances complique de jour en jour le problème de leur exacte classification.
Aussi, en partageant l’Instilut national en classes et en sections | particulières, l’on n’a pas prétendu sans doute offrir un système j
rigoureusement analytique de toutes les connaissances humaines, ^
mais seulement réunir d’une manière plus spéciale les hommes i (pû, dans l’étal pi’ésenl des sciences et des arts, ayant un plus grand nombre d’idées et de méthodes communes, cl parlant on (pielqne •sorte la même langue, peuvent avoir entre eux des communications ]dus habituelles et plus immêdialemeiit utiles. L’Institut n’en conserve pas moins runilé qui le caractérise, ce sont ses travaux qui
l.A IMUOllRllK SlvVNCK DK I/INSTITUT
sont divisés plutôt que scs nieml)res, et cette répartition qui distribue et ne sépare |>as, qui ordonne tout et n’isole rien, n’est qu’un principe d’harmonie et un moyeu d’activité.
Les sciences matbémali(iucs et physiques, objets de l’une des classes de rinslitut, ont triomphé de bonne heure des préjugés et des tyrauuies qui avaient entouré leur berceau, et comprimé leur premier essor. Libres avant la lin du seizième siècle du joug des traditions et des habitudes, guidées par le génie de l’analyse qui les instruisait à refaire leurs idées et leur langage, environnées des arts ({u’elles éclairaient, et qui, fécondés par elle, devenaient de plus en plus leurs tributaires et les instruments de leurs travaux, on les a vues multiplier les moyens de sentir et de connaître, agrandir le domaine de la pensée et s’avancer lièrement dans la voie de toutes les découvertes et de tous les succès.
Loin d’interrompre le progrès des sciences mathématiques et physiques, la Révolution, les associant à ses triomphes, n’a fait qu’enllammer leur activité et manifester avec éclat leur puissance. Tantôt les arts chimiques, préparant les exploits de nos légions formidables, dégageaient la foudre du sein de toutes les substances pour en armer les mains de la Liberté et de la Victoire; tantôt le génie des sciences, se combinant avec le génie de la législation républicaine, rétablissait dans les mesures commerciales cette uniformité simple et précise, qui doit être le gage de la fidélité des étrangers, et le symbole de l’unité politique du peuple français. Au milieu même des plus violents orages, lorsque ces sciences bienfaitrices essuyaient aussi des pertes dont elles ne sont pas consolées, elles reprenaient un nouvel essor, renaissaient dans des établissements nouveaux, fondaient sur plusieurs points de la République, et surtout dans celte cité, des écoles déjà plus illustres, dès leur origine, que les institutions de ce genre n’ont coutume de le devenir aux jours de leur plus parfaite maturité.
11 s’en faut bien que les sciences morales et politiques, dont la seconde classe de l’Institut doit s’occuper, aient pu faire encore un aussi grand progrès parmi nous : le despotisme dont la destinée était de les persécuter et de ne pouvoir pas les asservir, avait suscité, déchaîné contre elles l’intolérance de vingt corporations orgueilleuses, gardiennes de toutes les superstitions, protectrices de toutes les immoralités. Au milieu de tant d’ennemis puissants, la philosophie n’était pas toujours, s’il est permis de le dire, bien vivement défendue par ses plus naturels auxiliaires; trop souvent dédaignée ou peu encouragée du moins, soit par des littérateurs qui la trouvaient trop abstraite, soit aussi par des savants (lui se plaignaient de rencontrer chez elle moins de démonstrations que de doutes, et plus
E. M.vi.nouo.x.
FONDATION DE L’INSTITUT NATIONAL
(le tentatives (jiie d’assertions. Cependant, isolées, presque sans appui, n’ayant ni écoles publiques ni livres élémentaires, privées de la plupart des moyens de propagation et d’influence, les sciences morales et politiques, fortes seulement de l’énergie que la compression provoque, employant tour à tour, pour tromper ou braver la tyrannie, les ressources diverses que l’instinct de la liberté suggère, ont préparé durant ce siècle l’imposante Révolution qui le termine, et qui rappelle vingt-cinq millions d’hommes à l’exercice de leurs droits, à l’étude de leurs intérêts et de leurs devoirs.
Si les premiers élans de la philosophie ont éveillé parmi nous le génie de la liberté, à son tour la Révolution vient d’ouvrir à la pensée une plus féconde carrière. Les orages même que nous venons de traverser, ce vaste ébranlement, ces désastres dont le souvenir doit être interdit à la vengeance et ne doit pas être perdu pour l’instruction, deviendront sans doute aussi une grande époque dans l’histoire de l’esprit humain. C’est après des troubles politiques que les sciences morales se sont enrichies, dans le cours des siècles, de plusieurs immortels ouvrages qui doivent nous sembler à la fois plus intéressants et plus clairs depuis c[u’ils ont été commentés en quelque sorte par les trop mémorables événements, par les tragiques expériences auxquelles nous avons assisté. Dans les temps calmes, les passions humaines ne frappent que faiblement les regards du philosophe et ne lui donnent que des sensations plus ou moins obscures ; dans les révolutions, dans ce choc terrible, heureusement peu durable, de tous les intérêts, de toutes les vertus et de tous les vices, les caractères se développent, les traits moraux se grossissent, les facultés de l’homme apparaissent sous des formes plus prononcées, sous des couleurs plus distinctes.
C’est alors ejne l’observation, qui commence toutes les sciences en formant des recueils de faits, peut en apercevoir, en rassembler, en comparer un plus grand nombre; c’est alors (|ue la philosophie, placée plus que jamais en présence de la nature morale, peut en poursuivre l’analyse, en recréer la théorie et s’instruire à ce spectacle de bouleversements et de destruction, ainsi qu’on voit dans les sciences physiques les savants étendre chaque jour leurs découvertes en déplaçant les éléments de toutes les substances, en s’environnant des débris de tous les corps et des ruines de la nature.
La troisième classe de 1 Institut est devouee a ces aits cieateurs qui semblent les chefs-d’œuvre de l’industrie humaine, les derniers produits de toutes les connaissances, de toutes les méditations, et dont néanmoins la destinée, jusqu’à ce jour invariable, fut de commencer l’instruction de chaque peuple, de précéder partout les sciences physiques et morales, et d’en préparer le retour. Séduite