BONAPARTE PREMIER CONSUL
parte, la classe des sciences physiques et niatliénialiques, réorganisant son bureau, l’appelait à présider à ses délibérations. Par une lettre qui paraît ne plus exister et dont lecture lut donnée dans la séance suivante, celle du 6 germinal, le Premier Consul accusa réception du procès-verbal lui notifiant sa nomination, remercia la classe, et, arrivant quelques instants après, prit place au fauteuil.
Son désir de laisser là, comme partout, une trace de son passage le porta ce jour même à critiquer vivement, dans des termes qui ne nous sont pas connus, le mode d’élection alors en usage et à agiter la question de savoir s’il ne conviendrait pas de le réformer.
La classe discuta longuement cette proposition et se rallia à l’opinion exprimée par son président. Elle arrêta qu’elle communiquerait, dans le plus bref délai, sa décision aux deux autres classes, et chargea Monge, Laplaceet Delambre de se concerter avec les commissaires que ces deux classes, ainsi saisies de la question, seraient appelées à élire.
La deuxième classe nomma Legrand, Dacier et Buache; la troisième. Camus, Leblond et Vincent.
Dans la séance générale du 5 floréal an VIII (25 avril 1800), Delambre, au nom de la Commission tout entière, donna lecture d’un rapport dont les conclusions étaient conformes aux vues de Bonaparte.
A cette proposition, qui ne reçut son plein effet qu’à la suite du décret du 3 pluviôse an XI (23 janvier 1803) réorganisant l’Institut en quatre classes, se borna le rôle du président de la première classe, pendant les six mois qu’il conserva ses fonctions. Des travaux autrement importants l’appelaient ailleurs et le mirent dans la nécessité de n’assister qu’à quatre séances, celles des 6 et 11 germinal, 16 messidoretll thermidor an VIII; encore n’arrivait-il que fort tard, ainsi que les feuilles de présence permettent de le constater.
Nous disions plus haut que le rôle de Bonaparte, président de la première classe, s’était borné à introduire des modifications dans le mode d’élection des membres de l’Institut; il convient cependant d’ajouter quelques mots à ce sujet et de montrer jusqu’à quel point les concours institués au sein de la classe par la loi du 15 germinal an IV (1 avril 1796) avaient sollicité son attention.
228 15ÜNAPAUTE MEMBRE DE L’INSTITUT NATIONAL
Le 15 germinal an YIII (5 avril 1800), il signait avec Cuvier et Delambre la circulaire suivante qu’il faisait envoyer à toutes les Sociétés savantes avec lesquelles la première classe de l’Institut se trouvait en relations :
Nous vous adressons le programme' des questions de physique que l’Institut national propose aux savants de toutes les nations; les prix qu’il doit décerner aux solutions qu’il jugera les meilleures seront sans doute, pour les personnes capables de travailler sur ces sujets, des motifs beaucoup moins puissants que l’honneur d’avoir contribué aux progrès des connaissances humaines. Persuadé que tout ce qui peut hâter ces progrès est regardé par les hommes éclairés de tous les pays comme un devoir sacré, l’Institut national espère que vous voudrez bien donner à ce programme toute la publicité possible, soit en le faisant insérer dans les journaux qui paraissent dans votre pays, soit de toute autre manière.
Fait au palais national des sciences et des arts, à Paris, le 15 germinal de l’an YIII.
Bonaparte, président.
Delambre et Cuvier, secrétaires.
Nous ignorons l’effet produit à l’étranger par cette circulaire, mais nous croyons pourtant qu’à partir de cette époque, les concours de l’Académie des sciences devinrent à la Ibis et plus suivis et plus importants dans leurs résultats.
Peut-être conviendrait-il également d’attribuer au président de la première classe de l’Institut l’iieureuse initiative de missions scientifiques lointaines qui devaient presque immédiatement accroître dans de très grandes proportions l’influence de la Compagnie tout entière. Le 26 floréal an YIII (16 mai 1800), l’Institut adressait au chevalier Banks, président de la Société royale de Londres, la lettre suivante.
Que cette lettre fût inspirée par Bonaparte ou qu’elle fût l’œuvre de ses confrères, elle n’en reste pas moins la preuve irrécusable d’une sage préoccupation qui fait le plus grand honneur aux Académies et qui suffirait seule à leur assurer la reconnaissance du pays ;
Paris, le 26 floréal an YIII.
A sir Joseph Banks, Président, de la Société royale de Londres.
L’Institut national de France a désiré de voir commencer très [)romptement plusieurs voyages lointains utiles au progrès des con-
ItONAl'AHTE PKEMIEU CONSUL
naissaiicps luiniainos. Son vœu a acciioilli par noire rionveriicnu'iil, ipii vient de donner les ordres nécessaires pour faiiai j)réparer le plus tôt possible des expéditions dirigées par d’habiles marins ainsi que par des savans éclairés, et qui va laire faire auprès du Gouvernement de votre pays les démarches propres à obtenir pour nos bàlimens des passeports ou sauf-conduits. L’Institut national a pensé que c’était précisément dans le moment où la guerre pèse encore sur le globe, que les amis de l’humanité devaient travailler pour elle, en reculant les limites des sciences et des arts utiles, par des entreprises semblables à celles qui ont immortalisé les grands navigateurs de nos deux nations, et les savants illustres qui, comme vous. Monsieur, ont parcouru les terres ou les mers pour étudier la nature avec plus de succès.
Notre haute estime pour vous. Monsieur le Chevalier, et pour vos Confrères, les membres de la Société royale, ne nous a pas permis de douter que vous ne partageassiez nos sentiments à cet égard. Nous nous empressons donc de vous prier de vouloir bien, comme membres des plus distingués de la république des lettres, vous intéresser auprès de votre Gouvernement, et avec le zèle que vous ont toujours inspiré les travaux utiles à l’espèce humaine, pour le renouvellement de ces marques de respect envers les sciences que nos deux nations ont données plus d’une fois et par conséquent pour la prompte expédition des passeports qui vont être demandés (1).
Nous ne pouvons nous entretenir avec vous de sciences et d’humanité, sans recommander de nouveau et le plus . vivement possible à toute votre sollicitude, notre célèbre confrère Dolomieu, qui depuis plus d’un an languit, contre le droit des gens, dans une captivité d’autant plus affreuse qu’il est privé de tout moyen d’écrire, de lire, et de connaitre le grand intérêt qu’il fait éprouver à l’Europe savante et à presque tous les gouvernemens. Nous ne doutons pas que vous ne renouvelliez vos instances en faveur de ce naturaliste si recommandable à tous égards, et nous attendons le plus heureux succès de la juste influence dont vous jouissez.
Nous vous prions. Monsieur le Chevalier, d’agréer le témoignage de la haute considération et de tous les sentimens que vous inspirez.
Jussieu, Camus, Laplace, Bougainville, Fleurieu, Dutheil, Lacépède.
La lettre qui précède nous a donné la pensée de voir si les
(1) Le premier voyage scientifique organise par l’Institut de France fut celui du capitaine Nicolas Baudin, (jui reçut le commandement des corvettes le Géofjraphe et le Nalumlisle, et se rendit sur les côtes de la Nouvelle- Hollande.
UONAPAUTli MKMHIiK DE L’INSTITUT NATIONAL
Archives de l’Académie des sciences ne renfermaient pas quelque document pouvant éclairer l’histoire de la captivité de Dolomieu.
On nous excusera donc si, ouvrant ici une vaste parenthèse, nous reproduisons, au risque d’interrompre le cours de notre
D. G. S. T. DE Gratet, chevalier de Dolomieu, d’après le portrait gravé par A. Tardieu.
récit, les pièces précieuses que nous avons recueillies et qui sont absolument inédites.
On se souvient que Dolomieu avait fait partie de l’expédition d’Égypte. Contraint de rentrer en France, à la suite d’une maladie d’une extrême gravité, le bâtiment qui le portait ayant dû relâcher dans le golfe de Tarente, il fut violemment saisi et incarcéré, brutalement dépouillé de ses collections et transporté sur les côtes de Sicile. L’Institut national, les corps savants du
liONAl'AUTE PHEMIKH CONSUL
pays et fie l’Europe entière, protestèrent contre celte violation fin droit des gens et Tirent de nonohrenses et vaines tentatives pour obtenir sa miseen liberté. Ce ne Int qn’après la conclusion de la paix entre la France et Naples qu’ils obtinrent justice. L’emprisonnement de Dolomieu avait duré vingt et un mois.
Par ce qui suit, on verra que Banks n’avait pas attendu la réception de la lettre que l’Institut lui adressait le 26 floréal an Vlll (16 mai 1800) pour conduire et précipiter les démarches qui, linalement, devaient amener le résultat ardemment souhaité par le monde savant.
G” üiv°“, 3° Section. Liberté. — Égalité.