RELATIONS DES ACADÉMIES ENTRE ELLES
Les Académies des sciences el des inscriptions, dit-il, n’ont pas toujours en entre elles cette relation intime qui les unit aujourd’hui. M. Colbert avoit projeté en IGüü de ne composer qu’un seul corps littéraire, des Académies Françoise, des sciences et des belles-lettres. Ce projet n’ayant point eu d’exécution par l’opposition persévérante de l’Académie Françoise, on Forma deux corps séparés des Académies des sciences et des inscriptions. Ces deux corps n’eurent dans l’origine aucune association marquée, ce ne Fut qu’en 1701 que Louis XIV, par l’article XLYIII du règlement qu’il donna à l’Académie des inscriptions (1), voulut qu’elleFut associéeà celledes sciences, que ces deux académies n’eussent qu’une même Fête et qu’elles se rendissent mutuellement compte, par leurs secrétaires, de leurs travaux respectiFs.
Depuis ce temps-là, ces deux Académies ont la même Fête, celle de Saint Louis, qu’elles célèbrent conjointement dans la même église, celle des Pères de l’Oratoire. Elles s’invitent mutuellement aux services qu’elles Font célébrer pour leurs membres décédés. Dans les séances publiques, elles ont des places marquées l’une chez l’autre, dans un banc derrière celui des oFficiers ; cette distinction a été étendue depuis à l’Académie Françoise, quiaaccordé les mêmes honneurs aux deux Académies. Tous les six mois, les Académies des sciences et des belles-lettres se rendent compte de leurs travaux respectiFs.
Lorsqu’elles Font chanter des Te Deum en réjouissance d’événemens publics, elles assistent conjointement à ces cérémonies. Aucune de ces Académies n’a la préséance l’une sur l’autre et chacun prend indistinctement la place que le hazard lui présente. Il est cependant d’usage dans les services pour les morts que les oFficiers de celle des Académies qui Fait célébrer le service, en Fassent les honneurs à l’autre Académie.
Dans les cérémonies extraordinaires, telles que les Te Deum, les services de Rois, etc., les deux Académies contribuent par égale portion aux Frais. Or, ces Frais se prélèvent ensuite sur les pensionnaires de chacune des deux Académies; quant à la Fête de la Saint-Louis, le Président de l’Académie des inscriptions nomme le prédicateur, et l’Académie des sciences Fournit la musique. Cette musique est payée par une ordonnance particulière sur le Trésor royal.
Ce n’est qu’en 1701, ainsi que nous l’avons déjà dit, que les Aca-
(1) L’article XLVIII du règlement de 1701 est ainsi conçu : « Il y aura ! toujours une union particulière entre l’Académie royale des sciences et I celle des inscriptions et médailles, et chacune des premières séances d’après les assemblées publi(}ucs, ces deux Académies se tiendront cni semble, pour apprendre des secrétaires, runc de l’autre, ce qui sera fait I dans chacune. t>
clémies des sciences et des inscriptions ont été associées l’une à l’antre; celte association s’est faite avec tons les témoignages d’estime et de considération que se dévoient deux corps aussi distingués. Le samedi IGjuillet 1701, M. le Président de l’Académie des sciences, ayant fait part à la Compagnie de l’article du règlement donné par le Roy qui associoit les Académies, il fut décidé que l’Académie des sciences iroit par députés aire son compliment à celle des inscriptions sur l’heureux événement qui les réunissoit, et que celte députation auroit lieu le mardi 19 juillet, jour de la première assemblée de l’Académie des inscriptions. Il fut aussi décidé que l’Académie des sciences paroîtroit ne faire les premiers pas vis-à-vis de celle des inscriptions que par la circonstance particulière.
Les députés furent MM. l’abbé Bignon, le Père Sébastien, l’abbé Gallois, Fontenelle, Cassini et Bourdelin.
Le mercredi 20 juillet 1701, le Père Mabillon et M. l’abbé Tallemant, députés de l’Académie des inscriptions, vinrent complimenter à leur tour l’Académie des sciences et la remercier de l’intérêt qu’elle avoit pris à l’heureux événement qui les unissoit. M. l’abbé Gallois, sous-directeur de l’Académie, qui présidait ce jour-là, leur fit un discours dans lequel il s’étendit beaucoup sur l’utilité que les lettres et les sciences ne pouvaient manquer de retirer d’une confraternité si désirable.
Le mardi 23 août 1701, la fête de Saint Louis approchant, et l’Académie des sciences devant, suivant son usage, la célébrer aux Pères de l’Oratoire, il fut résolu qu’elle nommeroit deux députés (MM. de Fontenelle et Bourdelin), pour aller de sa part inviter MM. de l’Académie des inscriptions, de s’y trouver. Il fut aussi résolu que, comme l’Académie des sciences installoit pour ainsi dire celle des inscriptions, elle lui ferait les honneurs de la fête pour cette fois seulement et sans tirer à conséquence.
Le jeudi 25 août, les deux Académies s’assemblèrent aux Pères de l’Oratoire et assistèrent à la messe qui fut célébrée par le Prince de Boban, coadjuteur de Strasbourg, honoraire de l’Académie des inscriptions, et au panégyrique de Saint Louis, prononcé par M. l’abbé Bignon, honoraire de celle des sciences.
Quoiqu’au terme du règlement de 1701, les deux Académies dussent se rendre compte de leurs travaux respectifs, ce ne fut cependant qu’en 1707 que cette partie du règlement a eu son exécution.
Le samedi 7 mai 1707, M. de Boze, secrétaire de l’Académie des inscriptions, étant venu rendre compte à celle des sciences des travaux de sa Compagnie depuis la Saint-Martin 1700 jusques a Pâques 1707, il fut réglé que M. de Fontenelle, secrétaire de
IIELATIONS DES ACADÉMIES ENTIIE ELLES
rAcatléinie des sciences, iroit, le vendredi 13 mai 1707, rendre un compte analogue à celle des inscriptions.
Cet exemple fiiit voir que, quoiqu’en général l’académicien des sciences chargé du compte des travaux de celte Académie auprès de celle des inscriptions, soit dans Tusage de prévenir dans son rapport l’académicien des inscriptions, ce n’est qu’une simple politesse à laquelle il n’est point obligé.
Aux termes du règlement de 1701, les secrétaires respectifs des deux Académies étoient chargés de la correspondance de ces deux corps, l’union devait même être encore plus intime puisque les deux Académies devaient se tenir ensemble pour le rapport de leurs travaux. Celte partie du règlement n’a jamais été exécutée et, dès le mois de novembre 1707, M. de Fontenelle se déchargea de ce soin sur M. l’abbé Terrasson, son élève. Il assista cependant à la séance de l’Académie des inscriptions avec M. Saurin et M. Cassini fils, et M. l’abbé Terrasson était censé lire pour lui. Le mercredi 23 novembre 1707,1e compte de l’abbé Terrasson ayant été lu à l’Académie des sciences, l’Académie en fut très contente et agréa que désormais il fut chargé de ce soin.
L’Académie des inscriptions a imité cet exemple : il est d’usage que les deux Compagnies choisissent chacune un académicien qu’elles chargent de faire les extraits des mémoires qui ont été lus dans leurs assemblées publiques et particulières. L’Académicien, accompagné de deux de ses confrères, se rend dans l’autre Académie pour y faire la lecture de ses extraits deux fois l’année, après Pâques et après la Saint-Martin.
Cet emploi de confiance a été successivement occupé par M. l’abbé Terrasson, depuis 1707 jusqu’en 1741 ; par M. de Monligny, ou, pour mieux dire, par M. de Fouchy, depuis 1741 jusqu’en 1744; par M. de Monligny, depuis 1744 jusqu’en 1762, et il est maintenant occupé par M. Bezout.
Il éloit d’abord sans honoraires; depuis 1747 on y a attaché une pension de 800 livres, à prendre sur les 12000 livres accordées par le Roy pour les dépenses extraordinaires de l’Académie. Ce n est point par la forme de scrutin qu’il s’est conféré jusqu’ici; comme il étoit, dans l’origine, sans émoluments, et que, d’ailleurs, il convenoit à peu de personnes, c’est par la voye d’acclamation que 1 Académie l’a toujours donné à ceux qui ont bien voulu s’en charger; par là même il n’a point été sujet à confirmation du Roi.
Déjà, nous avons décrit deux médailles qui sont relatives , 1 une à la londation de l’Académie, en IGGG ; l’auti'e à son eiiti ce dans le palais du Louvre, en IGOl) ; il en existe une troi-
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sièmc qui regarde aussi l’Académie des sciences, et dont l’excciition se rapporte a une visite de Louis XV, consignée, dans les termes laconiques qui suivent, au procès-verbal de la séance tenue le 22 juillet 1719.
Le Roy a fait riionneur à l’Académie d’y venir et M. le marquis de Torcy, vice-président, a parlé à Sa Majesté au nom de la Compagnie. On luy a fait voir des expériences de chimie, des modèles de machines, etc.
Médaille frappée à l’occasion d’une visite de Louis XV à l’Académie, en 1719.
L’Avers de cette médaille est un buste de Louis XV couronné de laurier ; il a pour légende : ludovicus xv d. g. fr. et nav. REX. (Louis XV par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre).
Le Revers représente Apollon assis, recevant les neuf Muses qui semblent lui adresser leurs remerciements.
Il porte pour légende : Dux et Comes (protecteur et associé) et pour exergue: Academiæpræsentia régis regreatæ. mdcgxix. (Les Académies réjouies parla présence du roi. 1719) c. n. r.
FILIUS (c. N. R. fils).
Le seul privilège que l’Académie ait reçu au siècle dernier est le droit de Commitlimus, qui lui fut concédé en 1719, à l’occasion des diflicultés qui surgirent à propos du legs de 125 000 livres fait par Rouillé de Meslay pour la fondation de prix que l’Académie avait mission déjuger et de décerner (1).
(1) Voy. E .Maindron, Les fondations de prix à l'Académie des sciences. Les lauréats de l'Académie, 1714-1880. Paris, Gauthier-Villars, 1881, in-4.