M • DC • LXXII
LUDOV1CUS NJAGNUS REX CHRISTIANISSIMUS. Tête du Roi. Même signature.
R. IMMOTAMQUE COLI DEDIT- Latme et ses deux enfants, dans l'Ile de Délos. Dans l'exergue : ACAUEMIA GALLICA IXTRA || REGIAM EXCEPTA • Il M • DC LXXIII.
de l'Académie en 1698. Les choses se répétèrent ainsi et fort honnêtement en 1675; mais, en 1677, intervint un nouvel élément.
L'abbé Du Pont, abbé de Notre-Dame de Lantenac, chapelain de la chapelle du Louvre, offrit à l'Académie fort honnêtement une messe haute pour célébrer le jour de la Saint-Louis. La chapelle du Louvre, qui avait été bénite le 18 février 1659, par Mgr Hardouin de Pérefixe, alors évêque de Rodez, plus tard archevêque de Paris et membre de l'Académie, occupait, dans le pavillon du milieu ou de l'Horloge, le dessus du vestibule, et l'on y accédait par le grand corridor. Elle était fort haute, des plus vastes et quoique fort peu ornée à cause de la hâte que l'on avait mise à l'inaugurer, se prêtait à toutes les cérémonies — plus aux laïques qu'aux religieuses. M. l'abbé Tallemant le jeune, qui était directeur, eut soin d'y faire trouver une bande d'excellents musiciens, lesquels y chantèrent plusieurs motets; M. l'abbé de Saint-Martin, curé de Noisy-le-Sec, y fit un très éloquent sermon contenant le panégyrique du saint roi et, indirectement, l'éloge de l'Académie française. Le même jour, de relevée, la Compagnie s'assembla, à quatre heures, pour la distribution des prix, où il v eut plus de trois cents personnes de qualité et gens de belles lettres, il y eut discours, lectures et distribution des prix. En 1678, l'usage s'établit que le prédicateur qui prononcerait le panégyrique fût
désigné officiellement par l'Académie et elle se servit, pour l'élire, de billets cachetés; ce fut le nom de l'abbé des Alleurs qui sortit ; mais ce mode de scrutin ne tint point et l'on résolut de faire désigner le prédicateur par les Officiers de l'Académie, auxquels se devaient joindre quelques-uns de la Compagnie tirés au sort. Pour la musique, le Roi allouait trois cents livres; le pain bénit tous les ans était rendu par la Ville. Après l'office, les années où il n'y avait point de distribution de prix, l'usage s'établit que Messieurs allassent au logis de leur libraire, où un traiteur leur préparait à dîner; le Directeur en charge, M. l'abbé Tallemant l'aîné, avait voulu généreusement défrayer la Compagnie, mais on l'en remercia et chacun paya sa part; néanmoins, il arriva parfois que le Directeur régalât ses confrères ou que ce fût l'officiant, lorsqu'il était de l'Académie : tel fut le cas de Mgr de Clermont-Tonnerre, évêque de Noyon, en 1699.
Il y eut encore un accroissement à la cérémonie à Saint-Louis de 1688, où l'archevêque de Paris, étant directeur, s'y rendit avec la croix et fut reconduit à son carrosse après la messe par toute la Compagnie.
Les succès qu'obtenaient les divers embellissements que l'Académie avait apportés au service de la Saint-Louis étaient tels que, en 1692, « Messieurs les Académiciens n'avaient pu avoir de chaises pour assister au sermon parce que celles qui leur avaient été préparées avaient été prises par des
étrangers. » Il fut donc résolu que, dorénavant, il y aurait trente chaises rangées en demi-cercle devant la chaire, que le fauteuil du Directeur serait au milieu, que les trente chaises seraient liées de façon à ne pouvoir être séparées et que un garde empêcherait qu'elles fussent prises par des étrangers. Le matin de la Saint-Louis, avant neuf heures, les Académiciens s'assembleraient dans la salle de leurs conférences; prévenus parle Libraire lorsque le prêtre serait prêt d'aller à l'autel, ils monteraient à la chapelle, ayant à leur tête le Directeur accosté du Chancelier et du Secrétaire, étant rangés deux par deux selon l'ordre de réception, et qu'ils prendraient séance à la messe, dans le même ordre, les trois Officiers placés selon la coutume en un rang d'exception.
Le désir qu'avait le public d'assister à la cérémonie alla croissant durant la première moitié du dix-septième siècle, si bien que les Académiciens en tirèrent un privilège : celui qu'ils s'octroyèrent en 1744 de retenir chacun six billets qu'ils distribueraient à qui ils jugeraient à propos et qui seraient imprimés et cachetés du cachet de l'Académie.
En 1690, il s'était fait une grave innovation: vingt années s'étaient écoulées depuis que l'Académie était entrée en possession du legs de M. de Balzac et les dix sujets qu'il avait proposés pour les prix d'éloquence étaient épuisés : il s'agissait de savoir si l'intention du testateur avait
été qu'ils fussent répétés de vingt en vingt ans et si, par suite, il n'y avait qu'à redonner au concours le premier de ces sujets — ou bien, si, par les termes de la donation, M. de Balzac s'en était rapporté entièrement au jugement de la Compagnie. On vit à la répétition de si grands inconvénients que l'on résolut que, dorénavant, la Compagnie proposât tous les deux ans de nouveaux sujets qui seraient toujours de piété conformément à l'intention de M. de Balzac « et dont un serait choisi entre trois de la façon du Directeur. Comme ci-devant, le texte devait être approuvé par deux docteurs de la maison de Sorbonne. »
Il était donc ainsi bien entendu que la dévotion continuerait à être l'objet du prix d'éloquence ; mais cette entente, dans la pratique, dura à peine trente-sept ans et à partir de 1727, il n'est plus question de religion dans les sujets proposés. Ainsi : Les avantages de la bonne réputation; Du plaisir qu'il y a à faire du bien aux autres ; Les malheurs et les inconvénients de la duplicité; Delà modération dans la dignité ; Combien il importe d'acquérir l'esprit de société; L'indulgence pour les défauts d' autrui; L'empire de la mode ; Jusqu'à quel point il convient de multiplier les Sociétés littéraires ; on est loin comme de Y Ave Maria du pauvre M. de Balzac.
Il est vrai que pour n'être plus poursuivie par ces remords de ne point exécuter le testament,
l'Académie avait ordonné la conversion des diverses sommes qu'elle avait reçues, soit pour l'éloquence : de M. de Balzac, de M. Gaudron ci-devant horloger du duc d'Orléans (1746), soit pour la poésie : de l'évêque de Noyon, M. de Clermont-Tonnerre ( 1 699) , de M. Bétoulaud, de Bordeaux (1722). De la sorte, elle n'eut plus à s'occuper de savoir si l'on parlerait de Dieu en prose et de Louis-le-Grand en vers, et elle ne décerna plus, a partir de 1751, que des prix dont elle détermina à son gré les sujets — qui alternèrent de l'éloquence à la poésie et, par Maurice de Saxe, l'Académie entra dans l'ère des éloges.
Les prix de l'Académie ont donc par là été décidément laïcisés et pour attester que les Académiciens étaient des Français royalistes et catholiques, il ne resta plus que la fête de Saint-Louis, le solennel service célébré le 25 août dans la chapelle du Louvre, où s'empressait quiconque, à Paris,, avait le goût de la musique et de l'éloquence religieuses. Pour les motets, ils étaient dus à la composition du maître de musique de l'Académie, lequel recevait du Roi 300 livres à cette occasion. Ce fut Oudot, de 1684 à 1693, du Bousset en 1725, d'Ornel ensuite, Rebel de 1742 à 1759, Berton de 1760 à 1782, et parfois s'intercala quelque étranger, Pratti en 1776, ou Piccini en 1784 ; mais le morceau d'éloquence était réglé parla tradition : il devait consister uniquement dans le panégyrique de saint Louis et, durant plus d'un grand siècle,
de 1677 à 1785, tout ce qui dans l'Église, séculier ou régulier, aspirait à faire consacrer son talent pour la chaire, s'empressait à solliciter de prononcer ce discours. Il n'est point un nom fameux qui manque à la liste et s'il s'en rencontre d'obscurs, c'est que notre ignorance est grande.
L'Académie avait tenu la main à ce que le plus possible de ses membres assistassent régulièrement à cette cérémonie, « la fête la plus solennelle de la Compagnie ». Le nombre des Académiciens présents à la messe, le 25 août 1760, n'ayant été que de onze, « et le public n'ayant témoigné que trop ouvertement combien il était scandalisé de voir un si petit nombre d'Académiciens tant à la chapelle qu'à l'assemblée », il fut arrêté d'une voix unanime (il est vrai qu'on était neuf en séance) que, « huit jours avant la Saint-Louis, tous les Académiciens résidant à Paris et à Versailles seraient avertis de se trouver le matin a la messe et l'aprèsmidi à l'Assemblée, et que personne ne pourrait se dispenser de ce devoir sans un empêchement légitime tel que la maladie ou les affaires du Roi ».
Cela réussit assez d'abord : on fut dix-neuf en 1761, seize en 1762, quinze en 1763, dix-neuf en 1764, dix-sept en 1765, mais il parut à Messieurs ainsi assemblés qu'entendre toujours le panégyrique de saint Louis était fastidieux et, le 13 janvier 1784, étant réunis, au nombre de vingt-sept, pour remplir la place de feu l'abbé Arnaud, ils
arrêtèrent qu'à l'avenir on laisserait au prédicateur de la Saint-Louis la liberté de faire le panégyrique de saint Louis ou de faire un sermon de morale chrétienne avec mention ou sans mention du saint.
Ainsi se trouvarompue, sans plus de cérémonie, la tradition séculaire. On ne se pressa pas davantage à la messe où Messieurs étaient quatorze en 1785, treize en 1786, onze en 1787, quatorze en 1788, huit en 1790! En 1791, il n'y eut plus de Saint-Louis; il y eut la Saint-Voltaire. Le 3 juillet, l'Académie prit sa part à la célébration des fêtes antiques que l'Assemblée nationale, le Directoire et la Municipalité de Paris avaient décrétées en l'honneur de M. de Voltaire, et là, comme pour les services, il fallut que ce nom parût pour abroger la longue suite des traditions académiques, cette union à la royauté d'une Compagnie dont la destination était de la louer et de la servir, de répandre sa gloire en une langue qu'elle avait imposée au monde civilisé.
De même qu'à la monarchie, l'Académie était attachée à la religion catholique par des liens tels que, l'une et l'autre étant abrogées en France, elle ne pouvait manquer de l'être aussi, quitte à ressusciter sous une forme nouvelle, au jour et à l'heure marqués où la France retrouverait les institutions nécessaires à sa vie intellectuelle, sociale et morale.