‹ L'Académie francaise, 1629-1793Chapitre 29 sur 47 · III. — CHAMFORT · texte numérisé non relu

III. — CHAMFORT

S'il eût été possible que Nicolas, dit Chamfort ou Champfort, car il hésita au nom qu'il se donnerait et comme lui, jusqu'au dernier jour, on différa sur l'orthographe du nom qu'il avait pris ; s'il eût été possible que Chamfort fît une carrière politique, ce n'eut été qu'à la suite de Mirabeau; mais que d'hommes Mirabeau eût alors traînés à sa suite et comme il est peu croyable qu'il n'eût point, comme on disait alors et comme on fait toujours, coupé sa queue? D'ailleurs, on ne voit pas bien Chamfort, avec son caractère et ses habitudes d'esprit, occupant un emploi public où il fallût fournir un travail régulier, et prendre de& résolutions efficaces. Il est vrai qu'en temps de Révolution, on n'est point si difficile et que Chamfort avait rendu à la cause les plus signalés services.

Ce qui importe le plus aux partis politiques, c'est de trouver un mot d'ordre, de condenser un programme en une phrase brève, qui paraisse compréhensible à tous et qui serve de cri de guerre. A l'usage de la bourgeoisie qui aspirait à

renverser tout ce qui n'était point elle, Chamfort avait imaginé cette formule qu'il avait fournie à l'abbé Sieyès : « Qu'est-ce que le Tiers-État ? — Tout. — Qu'a-t-il? — Rien. » Pour les professeurs d'anarchie qui auraient mission de détruire les aristocrates en les ruinant et aussi en les massacrant : « Guerre aux châteaux, paix aux chaumières ! » Par là il fit brûler encore plus de maisons nobles qu'il n'en avait utilement visité — et pourtant!... Rappelez-vous l'influence, sur la politique contemporaine, de ces devises : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi ! » ou « Le gouvernement des Curés ». Chamfort s'en fit une spécialité: d'autres fournissaient le Fidèle Berger et les marchands de bonbons, lui les boucliers.

Privé de Mirabeau, dont la trempe d'âme lui rappelait la sienne, il se jeta à la tête des Girondins, dont la naïveté provinciale et bourgeoise devait s'aiïbler réellement à recruter un homme de tant d'esprit et qui avait eu tant de succès. « Champfort, écrit Mme Roland, homme de lettres, répandu dans le monde, familier chez les gens de l'ancien régime, lié avec les hommes à talents qui ont figuré dans la Révolution, a connu la Cour et la Ville, les intrigues et les caractères, la politique et son espèce, mieux que son siècle même. » S'il fit penser à MmL' Roland qu'il sût tout cela, ce n'est point déjà qu'il connût si mal son siècle.

Faut-il croire pourtant qu'il fût à ce point

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optimiste que, « partageant l'extrême confiance qu'avaient les philosophes acteurs dans le nouvel état de choses, il ne pût croire à l'ascendant de quelques mauvaises tètes et au bouleversement qu'elles seraient capables de produire: « Vous portez les choses à l'extrême, disait-il quelquefois à Mme Roland, parce que, placée au centre du mouvement, vous croyez à une grande étendue d'action ; elle vous paraît vive et vous la jugez redoutable; ces gens-là se perdent par leurs propres excès, ils ne feront point rétrograder 1rs lumières de dix-huit siècles. »

Ainsi donc elle le prit pour un naïf, pour un philosophe à la belle âme, l'homme qui, exaspéré contre la société et contre ceux qui l'avaient flétri de leurs bienfaits, ne pouvait leur pardonner leur naissance, leur richesse et leur bonté. « Voulezvous bien, disait-il à Marmontel, qu'on vous fasse des révolutions à l'eau de rose? » L'ancien secrétaire du prince de Condé et de Madame Elisabeth, l'homme qui, dédiant à la Reine Mustapha et Zéangir, lui adressait les plus étonnantes actions de grâces sur « son indulgente approbation » et la pension qui l'avait suivie, ce même homme écrivait à un ami, le 11 août 1792: g J'ai fait, ce matin, le tour de la statue renversée de Louis XV, de Louis XIV, à la place Vendôme, à la place des Victoires. C'était mon jour de visite aux rois détrônés et les médecins philosophes disent que c'est un exercice très salutaire. Vous serez sûre-

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ment de leur avis. » De là, il s'est rendu aux Tuileries. « La foule, dit-il, inondait les appartements teints du sang de ses frères et de ses amis et percés de coups de canon renvoyés en réponse à ceux qui les . avaient massacrés la surveille. Les conversations étaient analogues à ces tristes objets. A la vérité, je n'ai pas entendu prononcer le nom du Roi ni celui de la Reine; mais, en revanche, on y parlait beaucoup de Charles IX et de Catherine de Médicis. »

En vérité, au moins ceux-là, Charles IX et Catherine, savaient tailler et on ne les eût point pris comme lièvres au gîte. Mais Chamfort est du côté des vainqueurs et cet homme, accablé de sinécures et de pensions, s'indigne, sait-on de quoi ? « Pour moi, écrit-il, le peu de badauderie qui me reste m'a engagé à lire quelques mots écrits sous un pied du cheval de Louis XIV. Que croiriez-vous que j'y ai trouvé? Le nom de Girardon, qui avait caché là son immortalité. Cela ne vous parait-il pas l'emblème de la protection intéressée, accordée aux beaux-arts par un despote orgueilleux, et en même temps de la modeste bêtise d'un artiste, homme de génie, qui se croit honoré de travailler à la gloire d'un tyran ? Plus j'étudie l'homme, plus je vois que je n'y vois rien. »

Ainsi tout est bien, au gré de Chamfort surtout les massacres, qui lui semblent parfaitement justifiés : « Comme il arrive, dit-il, quand le pouvoir exécutif force la souveraineté à recourir au pouvoir révolutionnaire. »

Cet homme de lettres, ce journaliste, ce philosophe, ce libéral, a d'ailleurs, en matière de liberté et de confraternité, des idées qu'il convient de citer: « Vous voyez, écrit-il à son ami, que, sans être gai, je ne suis pas précisément triste. Ce n'esl pas que le calme soit rétabli et que le peuple n'ait, encore cette nuit, pourchassé les aristocrates, entre autres les journalistes de leur bord. Mais il faut savoir prendre son parti sur les contre-temps de cette espèce. »

Que dites-vous des contre-temps et qu'en dira Suleau qu'on vient de tuer ?

Au surplus, ce ne sont point seulement les massacres du 10 août qui reçoivent son approbation et ses louanges. Chamfort avait commencé à fournir le texte explicatif de ces Tableaux de la Révolution qui demeurent le plus précieux témoignage des artistes contemporains sur leur époque: il a écrit sur vingt-six événements un texte justifiant les meurtres, les vols, les brigandages, et tous les crimes commis durant la première période de la Révolution : « Nous avons, écrit-il, dès le commencement de cet ouvrage, présenté la Révolution sous l'aspect d'une guerre sans trêve, d'un combat à mort entre des maîtres et des esclaves. C'est, en elïet, à quoi se réduisait cette grande question. Mais, par malheur, ces maîtres et ces esclaves étaient confondus sous le nom générique de Français, et voilà ce qui faisait illusion au peuple. De plus, il voyait dans les différentes classes de ses

oppresseurs, un grand nombre d'hommes ennemis du gouvernement ; et, dès lors, le peuple était porté à les croire ses amis.

» Parmi ces prétendus amis, les uns, convaincus de la nécessité d'un grand nombre de réformes plutôt que d'une révolution complète, voulaient, pour la nation, une certaine mesure de liberté dont ils espéraient se rendre les arbitres; d'autres, redoutant les violences de la Cour que, dès le commencement de la Révolution, ils avaient outragée, voulaient une Constitution ferme et stable qui les mît à l'abri de ses vengeances ; mais, en désirant cette Constitution, plus pour leur sûreté personnelle et pour le succès de leurs ambitions que par amour pour la liberté, ils comptaient sur la dépravation des mœurs publiques, qui corrompait la liberté dans sa source, la rendait illusoire en retenant le peuple clans une abjection servile à l'égard des grands propriétaires, c'est-à-dire, en général, des nobles. Le mépris pour le peuple, maladie incurable de la noblesse française, ne lui permettait pas d'admettre comme praticable, en France, une liberté fondée sur la seule base vraiment immuable, l'égalité absolue des citoyens.

» Telles étaient, à l'ouverture des États généraux et au commencement de l'Assemblée nationale, les dispositions de ceux qui se portaient pour amis du peuple, connus alors sous le nom de : minorité de la noblesse. »

Telle est l'opinion de ce Chamfort qui partout,

et surtout à l'Académie, affectait la particule et se donnait du de Chamfort; et pourquoi, au 4 août, cette noblesse a-t-elle subitement aboli les droits féodaux, renoncé à ses privilèges, admis l'égale répartition des impôts? C'est que « tous les nobles, de quelque parti qu'ils fussent, saisis dune égale terreur, avaient senti également la nécessité de désarmer la vengeance d'un peuple échappé tout à coup de ses chaînes ». Il n'y a pas là des sacrifices, tout au plus « il y a des actes d'équité qu'on a déshonorés en les appelant des sacrifices ». Ainsi jette-t-il toute la haine qu'il accumule, depuis qu'il est né, contre quiconque serait son supérieur par la naissance ; et pour tuer plus sûrement ceux qui l'ont nourri et dont il s'est fait le baladin, excellet-il à leur enlever jusqu'à la générosité de leur démence patriotique.

Et pourtant que pensait-on de lui chez ses nouveaux amis — chez ces Jacobins où il avait été s'inscrire, siéger, se faire élire membre du comité de correspondance ; même dans ce salon où la petite apprentie du quai de l'Horloge, Manon Phlipon, devenue la grande dame du régime, trônait entre ses amis, ses amants et ses complaisants — parmi lesquels M. Roland, son mari? C'est ellemême qui va le dire. « Est-ce que vous croyez Chamfort bien sincèrement patriote, me demandait un jour un homme sévère comme un Lacédémonien ? — Entendons-nous, lui répliquai-je ; Chamfort voit et juge bien ; il a une tête saine et ne se

méprend pas sur les principes ; il reconnaît et révère ceux de la liberté publique et du bonheur des hommes, et il ne les trahirait point; mais sacrifierait-il à leur triomphe son repos, ses goûts et sa vie, c'est une autre question ; alors, je crois qu'il calculerait. — Vous voyez donc bien que ce n'est pas un homme vertueux. — Mais il est vertueux comme Ninus était honnête et, dans la corruption qui nous ronge, vous seriez trop heureux d'avoir beaucoup de ces vertus-là. »

Ainsi, pour la vertueuse et républicaine Manon, Chamfort n'est qu'une pèche à quinze sous et ne saurait prétendre à mieux : n'empêche qu'on s'est hâté de faire de lui un des hauts fonctionnaires de la République. « Lorsque Roland fut rappelé au ministère, le 10 août, il fallut bien, écrit Mme Roland, changer le chef de la Bibliothèque nationale; c'était M. d'Ormesson, dont le nom effarouchait l'ancien régime et dont la médiocrité ne devait pas inspirer de regret. » Cette .appréciation est digne de l'étonnante fatuité de Manon ; elle ne manque point d'admirer que, pour remplacer Lefebvre d'Ormesson de Noyseau, Roland ait eu l'idée géniale de partager les fonctions de bibliothécaire entre deux personnes, ce qui est la forme habituelle à la République pour pratiquer des économies. « Quant au choix des personnes, dit-elle, il se fixa sur Chamfort, qu'il n'avait jamais vu, mais qui, comme homme de lettres et philosophe, était un de ceux de cette classe qui se fussent ouverte-

ment déclarés pour la Révolution, et sur Carra, employé déjà dans la Bibliothèque et dont le zèle extrême, sinon les talents semblait mériter cette récompense. »

Inutile d'insister sur cette manière de pourvoir ses partisans et d'en multiplier le nombre en multipliantles sinécures; mais qu'a dit Mme Roland que son vertueux époux n'avait jamais vu Ghamfort ? II lui écrivait pourtant cette lettre que Grille a conservée : « La direction de la Bibliothèque nationale est vacante, acceptez-la, mon ami, etcasez-vouslà,dans une place qui est selon vos goûts et que ma femme et moi nous vous envions. » Et, après des détails sur l'achèvement du catalogue, sur le transport de la Bibliothèque au Louvre, il lui dit : « Rêvezy et venez un soir souper avec moi, nous en causerons. Je suis le ministre de l'Argent et vous le ministre de l'Intelligence... Allons ! courage, ami, je compte sur vous comme sur moi-même. »

Écrire de ce ton à un homme qu'on ne vit jamais, n'est vraiment pas dans les habitudes et cette subite sympathie s'exerçant au point de dire à un homme « mon ami » montrerait trop quel peu de prix les Girondins eussent attaché à l'amitié.

Au moins, en donnant son amitié, Roland fut payé de retour, et Ghamfort prêta la sienne à Mm< Roland, tant qu'il crut que les Girondins resteraient les maîtres ; il était perpétuellement chez elle et c'était là qu'il passait ses heures de travail en faisant sa cour à la nouvelle souveraine :

« Beaucoup d'esprit, assez de moralité, les agréments de l'usage du monde et les ressources du cabinet rendaient pour moi, écrit Mrae Roland, la conversation de Chamfort également solide et piquante. D'abord je le trouvais trop causeur; je lui reprochais le superflu de discours et l'espèce de prépondérance que s'attribuaient assez communément nos gens de lettres; je l'aimais mieux en comité de cinq à six personnes bien assorties que dans une société de quinze auxquelles je devais faire honneur, mais définitivement je lui pardonnais de parler plus qu'un autre parce qu'il m'amusait davantage. »

Cette habitude que Chamfort avait prise ne semble pas avoir persisté même jusqu'à la chute de Roland, arrivée comme on sait le 14 mars 1793 : Manon écrit : « J'aurais continué de voir Chamfort avec plaisir, si les circonstances ne nous eussent éloignés. » Sans doute ne vint-il pas chez Roland, mais il fréquenta chez Garât, son successeur à l'Intérieur, et le jour où les Girondins tombèrent, pour échapper à la proscription, il les renia par une Lettre à ses concitoyens, où il avait greffé son apologie sur les plus formels mensonges. « Mes idées, disait-il, ont été en opposition avec les leurs sur presque toutes les questions importantes, comme la garde départementale, le jugement de Louis Capet, l'appel au peuple et plusieurs autres. » Il ne pouvait admettre qu'on confondit avec eux un patriote incorruptible, républicain

bien antérieurement à la République ; sans doute, et de telles lâcbetés seraient pour plaire aux bons citoyens, mais Cbamfort a de l'esprit, il en a beaucoup, et il est incapable de taire le mot qu'il a fait, et il en fait contre la Fraternité : « Sois mon frère ou je te tue; » il en fait contre Marat, contre Robespierre, contre les comités révolutionnaires. Il se croit encore au bon temps où ceux qui l'entretenaient riaient à ses épigrammes et se plaisaient à ses lazzis, il s'aperçut alors qu'il avait changé de maîtres. Dénoncé par un de ses subordonnés, nommé Tobiesen Duby, pour ses propos contrerévolutionnaires, il fut destitué, le 1(5 août 1793, par un arrêté du Comité de Sûreté générale, dont les termes valent d'être retenus :

« Le Comité de Sûreté générale, après avoir entendu la lecture des dénonciations faites contre les citoyens employés de la Bibliothèque nationale;

» Considérant que les relations des savants étrangers avec la Bibliotbèque nationale commandent impérieusement de n'y placer que des patriotes prononcés qui ne laissent plus de doute dans l'esprit des étrangers sur le véritable esprit national ;

» Arrête que le ministre de l'Intérieur sera invité à nommer aux places de la Bibliotbèque nationale des citoyens dont le patriotisme soit éprouvé et les sentiments conformes à la Révolution du 31 mai dernier, qu'il ne laissera en place que le

citoyen Tobiesen Duby de tous ceux qui sont employés à la Bibliothèque nationale... »

Chamfort lut arrêté et fut incarcéré durant quelques jours aux Madelonnettes, en compagnie de Carra, de l'abbé Barthélémy, du neveu de celui-ci et de deux employés supérieurs de la Bibliothèque. Ses amis obtinrent qu'il retournât à la Bibliothèque, sous la surveillance d'un gendarme. La prison — cette prison qu'il ne jugeait point assez rigoureuse pour les aristocrates lorsqu'il rédigeait ses Tableaux de la Révolution — la prison lui inspira une telle horreur qu'il jura de n'y point revenir. Après un mois de quasi liberté, il apprit qu'il allait être emprisonné de nouveau. Au moment où l'on vient pour l'arrêter. « il passe dans son cabinet, s'y enferme, charge un pistolet, veut le tirer sur son front, se fracasse le haut du nez et s'enfonce l'œil droit. Étonné de vivre et résolu de mourir, il saisit un rasoir, essaie de se couper la gorge, y revient à plusieurs fois et se met en lambeaux toutes les chairs ; l'impuissance de sa main ne change rien aux résolutions de son âme ; il se porte plusieurs coups vers le cœur, et, commençant à défaillir, il tâche, par un dernier effort, de se couper les deux jarrets et de s'ouvrir toutes les veines. Enfin, vaincu par la douleur, il pousse un cri et se jette sur un siège où il reste presque sans vie. » A ce cri, sa gouvernante accourt ; la chambre s'emplit de gens empressés à le secourir et des

membres du Comité révolutionnaire qui venaient l'arrêter. Soudain, de cette mare de sang-, de ce paquet de chairs mutilées, une voix ferme s'élève et dicte cette déclaration : « Moi Roch-Nicolas Chamfort déclare avoir voulu mourir en homme libre, plutôt que d'être reconduit en esclave dans une maison d'arrêt, déclare que si, par violence, on s'obstinait à m'y traîner dans l'état où je suis, il me reste assez de force pour achever ce que j'ai commencé. Je suis un homme libre,, jamais on ne me fera rentrer vivant dans une prison. »

On ne tenait pas beaucoup à la tète de Chamfort ; sans quoi, l'on eût enfermé et guillotiné ce moribond — on l'a fait et on le fera à d'autres ; mais celui qui prétendait « épargner à l'Académie une mort naturelle » eut, sur des Girondins et de& Montagnards de sa connaissance, l'avantage de mourir dans son lit. Un mois après sa mutilation, il était guéri, en état de sortir, de quitter la bibliothèque et de déménager. On le laisse libre et il reçoit et voit ses amis, mais, dit-il à l'un d'eux : « Je me trouve plus vivace que jamais; c'est bien dommage que je ne me soucie plus de vivre. » Ses plaies se sont fermées trop tôt; une humeur dartreuse à laquelle il fut toujours sujet et qui, semblet-il explique son caractère, n'a plus d'issue; il perd le sommeil et l'appétit; il faudrait une opération qui est tardive. Il meurt le 13 avril 1794. On dit que trois amis, Sieyès, Van Praet et Ginguené, l'accompagnèrent au cimetière : c'est beau-

coup. L'Académie, qui, selon son vœu, était morte l'année d'avant, n'eut point à envoyer de députation, ni à faire célébrer pour le repos de son âme le traditionnel service interrompu depuis la mort de M. de Voltaire.

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