II. — LE CHANCELIER
L'Académie, revêtue d'une personnalité, produisait des actes dont elle avait à affirmer l'authenticité et à prévenir la contrefaçon; elle ne le pouvait faire que par le scellement des parchemins et des papiers énonçant lesdits actes. Sans doute n'était-il point question qu'elle reçût un sceau de majesté ; sans doute ne pensait-on pas qu'elle accomplit à chaque fois qu'elle ordonnerait l'apposition de son sceau, l'opération politique, sociale, mais aussi magique consistant au dédoublement, si l'on peut dire, de la personnalité du donneur d'ordres. Celui-ci, en apposant ou faisant en sa présence apposer sur la cire sa propre image, avait soin et pratique d'insérer dans la cire chaude un de ses cheveux ou un poil de sa barbe, ou d'y enfoncer un de ses doigts, et, par là. physiquement, se dédoublait dans la figure qui était sa représentation. Rois assis sceptre en main et couronne en tète sur leurs trônes qu'entourent les pavillons royaux ; grands feudataires, armés, casqués, bardés de fer, en selle sur leurs destriers pareillement défendus ; dames à califourchon sur leurs palefrois, portant sur le poing l'oiseau de fauconnerie, tous sont
là en personne physique attestant leur volonté. Évêques et barons, abbés et chevaliers, gagnent peu à peu leur sceau qui demeure jusqu'à nos jours l'obligatoire et essentielle affirmation que l'ordre émane de celui qualifié pour le donner. Sans le Cachet à l'encre grasse, que vaut la signature du chef, du préfet ou du maire? — Cen«est, si l'on peut dire, la formule exécutoire à laquelle nul de ceux qui sont soumis à cette autorité ou qui y ont affaire ne pensera à se soustraire, et c'est là, si l'on y veut penser, la plus extraordinaire survivance des temps où, sacbant peu ou point écrire, le chef apposait sur les ordres qu'il émettait un signe dont seul il possédait la matrice, et dont seul il disposait.
Le revers du sceau ou contre-sceau apportait une nouvelle affirmation du donneur d'ordres, puisqu'il "consistait le plus souvent en ses armoiries, lesquelles étaient encore et sont aussi bien sa représentation que l'est son efligie.
L'Académie dut donc posséder un sceau et un contre-sceau : ce droit lui fut formellement concédé par un article spécial des Lettres patentes de sa fondation, données par le roi Louis le Juste, au mois de janvier l'an de grâce mil six cent trentecinq et de son règne le vingt-cinquième. Et cet article est ainsi : « Voulons aussi que ladite Académie ait un sceau avec telle marque et inscription qu'il plaira à notre dit cousin (le cardinal-duc de Richelieu) pour sceller tous les actes qui émaneront