‹ L'Académie francaise, 1629-1793Chapitre 6 sur 47 · CONTRE-SCEAU DE L'ACADEMIE PORTANT SA DEVISE A L'IMMORTALITÉ · texte numérisé non relu

CONTRE-SCEAU DE L'ACADEMIE PORTANT SA DEVISE A L'IMMORTALITÉ

il 'elle : » c'est-à-dire en particulier les brevets et autres pièces justifiant la personnalité des membres de la Compagnie et donnant ouverture aux privilèges qui leur seraient concédés par le Roi.

Et il est dit à l'article II des statuts et règlements donnés par le cardinal de Richelieu à l'Académie, au mois de février 1037 : « L'Académie aura un sceau duquel seront scellés en cire bleue tous les actes qui s'expédieront par son ordre, dans lequel la figure de Monseigneur le cardinal-duc de Richelieu sera gravée avec ces mots à l'entour : Armani»

CARDINAL-DUC DE RlCHELIEU, PROTECTEUR DE l'AcABÉ-

mie française établie l'an 1635, et un contre-sceau où sera représentée une couronne de lauriers, avec ce mot : A l'Immortalité. Desquels sceaux l'empreinte ne pourra jamais être changée, pour quelque occasion que ce s'oit. »

Le sceau, tel qu'il nous est parvenu, est admirable : il représente le buste du cardinal-duc. La tête si aristocratique et si intelligente est coiffée de la calotte ; sous la large collerette est passé le ruban du Saint-Esprit dont la croix descend sur la mozette cardinalice. En exergue on lit : A R M. CARDINAL DE RICHELIEU. PROTECTEUR DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE. Il a été gravé en 1635 par un homme alors presque à ses débuts, Jean Varin, qui placé comme page vers 1615, chez le comte de Rochefort, y avait si vite développé son goût et son talent qu'il était devenu l'un des plus habiles sculpteurs de son époque et le premier des

graveurs en médailles en un temps où l'on excellait en France à cet art admirable. On assure que la gravure du sceau de l'Académie valut à Jean

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Varin la charge de garde général des Monnaies de France, et par la suite celle de conducteur général des Monnaies et de graveur général des Pointons, créées tout exprès pour lui. Sous Louis XIV il fut des premiers membres de l'Académie de

peinture et le Roi couronna sa carrière en le nommant intendant des bâtiments de la Couronne. C'était un grand artiste qui fit souche d'une lignée de graveurs, parmi lesquels il y en eut de tout à fait remarquables.

Un officier particulier ayant le titre de Chancelier fut chargé de garder le sceau et le contre-sceau et de sceller des brevets et autres pièces délivrées par l'Académie. Comme le Directeur, et de la même façon que lui, il fut désigné par le sort, d'abord pour deux mois, puis pour trois. Il n'avait droit de sceller qu'en cire bleue ; la verte étant réservée au Roi pour tous les arrêts, la jaune pour toutes les expéditions ordinaires, la rouge pour ce qui regardait le Dauphiné et la Provence, et la blanche pour ce qui regardait le Saint-Esprit, mais c'était alors le chancelier de l'Ordre qui scellait et non le chancelier de France. De fait il ne restait que le bleu.

Le sceau et le contre-sceau avaient, on ne sait pourquoi, été mis aux mains de Conrart, premier secrétaire perpétuel ; il s'agissait de les en retirer pour les remettre au Chancelier, lequel était Perrault, depuis la fin de février 1672; aussi est-il inscrit au registre sous la date du 25 juillet: «M. Perrault a fait rapport à la Compagnie que, suivant ses ordres, il avait vu plusieurs fois M. Conrart, lequel lui avait remis entre les mains... le sceau de l'Académie, mais lui avait dit que le contre-scel

s'était égaré, sur quoi il a assuré la Compagnie qu'il prendrait le soin d'en faire un, dont elle lui a rendu grâces. » Qu'advint-il ensuite et faut-il penser que Conrart avait repris et remporté chez lui les sceaux qu'on eut fort grandpeine, après sa mort, à reprendre de son neveu '? Aussi le 4 mai 1676, l'Académie résolut que ses sceaux seraient rapportés dans les armoires pour y demeurer avec ses papiers, sans que celui qui serait chancelier pût les emporter chez lui, « mais serait ohligé de sceller dans le lieu où s'assemble l'Académie. »

Ces fonctions ne paraissaient point absorbantes et l'on serait embarrassé à trouver des tenues du sceau faites par le Chancelier de l'Académie, mais cet officier était désigné pour servir en d'autres occasions; d'abord, en l'absence du Directeur, il présidait toutes assemblées tant ordinaires qu'extraordinaires, le suppléant en toutes choses, portant la parole au nom de la Compagnie, menant ses députa tions et haranguant le souverain, les princes et les ministres. Selon une décision du 22 février 1754, « à défaut du Directeur, sous le directorat duquel le décès d'un Académicien avait été porté au registre, c'était lui qui devait faire toujours la réception du successeur en quelque temps que cette opération se fît. » Par une décision de 1761, confirmative des décisions antérieures il fut arrêté que, en toute assemblée publique, il

serait placé à la droite du Directeur. De même, était-il en possession, depuis 1717, de disposer pour les séances publiques d'une des deux tribunes que le duc d'Antin, en sa qualité de directeur général des Bâtiments du Roi, avait fait élever dans la salle des assemblées de l'Académie ; mais on avait mis en question si, lorsqu'il était absent, il en aurait la disposition pour la séance de la Saint- Louis et ce point fut résolu en faveur du Chancelier actuel du trimestre. Lorsque, en 1785, l'Académie eut prié le comte d'Angiviller, directeur des Bâtiments, de compléter l'œuvre du duc d'Antin et d'ordonner sous les tribunes du Directeur et du Chancelier deux petites tribunes nouvelles, elle offrit l'une de ces deux tribunes au directeur des Bâtiments, et elle arrêta que, pour la seconde, elle serait, aux réceptions, à la disposition du Chancelier, au cas où le Directeur actuel ne serait pas remplacé par un autre qui prononcerait le discours et que, à la Saint-Louis, elleserait réservée aux personnes couronnées.

Pour d'autres attributions, fonctions ou privilèges particuliers qu'aurait eus le Chancelier, on n'en voit guère, hormis qu'il payait dix livres, puis douze, pour chaque service d'Académicien qu'on faisait aux Cordeliers. 11 ne les paie môme plus à présent : il ne scelle point les brevets et serait sans doute fort embarrassé de le faire.

Et, de même, peut-il être parfois embarrassé, à

présent que s'est introduit l'usage que le dernier académicien reçu exerce, durant le trimestre qui suit sa réception, les fonctions de Chancelier. Ainsi peut-il être appelé à suppléer ou à remplacer le Directeur pour recevoir un nouveau membre ou prononcer le discours sur les prix de vertu. Sans doute, l'épreuve est intéressante et est-il peu croyable que, malgré son inexpérience; celui qui a obtenu les suffrages de l'Académie ne s'en tire à sa gloire et bien mieux que des vétérans, mais elle est délicate et certains l'ont trouvée embarrassante : il n'en faut pas moins respecter une règle qui a fourni récemment des occasions de débuts qu'on ne saurait soubaiter plus brillants, plus émouvants et plus décisifs.

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