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nombre; mais tous vendaient une foule d'objets où la peinture et la sculpture entraient comme accessoires. Ils jetaient feu et flamme et se disaient ruinés si le roi consentait aux articles : aussi ce fut pour les maîtres un rude assaut que d'emporter la signature royale; elle leur fut accordée en avril 1622 : il y avait plus de trois ans qu'ils avaient déposé leur requête.
Mais après la signature du roi tout n'était pas fini : il fallait faire passer les lettres au parlement. Or c'est là que la lutte allait recommencer aussi vive que jamais; elle dura dix-sept ans^ c'est tout dire. La sentence définitive qui vérifia, entérina et homologua ces fameux articles est de 1639.
La maîtrise, après son succès, ne goûta pas un long repos. Elle respira pendant trois nu quatre ans. Ses adversaires, encore meurtris, usaient sans doute de prudence; du moins pendant ce temps il n'est plus guère question, d'actions judiciaires sérieuses et répétées. Mais ce n'est qu'une trêve. Un nouveau règne, une régence, un certain goût do nouveautés et de cabales qui se répandaient dans Paris, les approches de la Fronde, en un mot, ne promettaient pas des jours sereins à la maîtrise. Soit que le danger lui apparût et qu^elle pensât s'en garantir à grand renfort d^audace, soi que la tête lui eût tourné depuis son dernier triomphe, on la vil tout à coup, vers 1646, reprendre l'offensive
et afficher des prétentions bien autrement hautaines qu'en 1619. Cette fois encore c'était aux brevelaires qu'elle s'attaquait, mais à tous sans exception; elle ne distinguait plus : brevets réels , brevets de comptaisance^ elle voulait tout détruire^ ne respectant pas plus les titres sérieux, émanés de volontés augustes^ que les fraudes et les fictions. Au roi seul et à la reine elle reconnaissait le droit d'avoir dans leurs maisons des peintres et des sculpteurs^ et encore elle en limitait le nombre. Le roi devait en avoir quatre ou six tout au plus, la reine pas davantage ; pour les princes^ ils devaienl s'en passer. Les privilèges, ainsi réduits quant au nombre, devaient encore subir un autre genre de restrictions : défense était faite aux peintres et sculp^ leurs du roi et de la reine de travailler pour les particuliers, même pour les églises^ pour qui que ce fût enfin autre que Leurs Majestés^ sous peine de confiscation de leurs œuvres^ de 500 livres d'amende et au besoin de punitions. exemplaires. La maîtrise ajoutait que tous ses membres étaient prêts à travailler dans les maisons du roi et de la reine, toutes et qtmntes fois il plairait à Leurs Majestés de le leur commander.
A voir cette irrévérence, on sent que la Fronde n'est pas loin. Ce n'était plus cette fois, comme en 1619, devant le roi en son conseil, sous forme d'humble requête, que les jurés produisaient ce beau plan ; c'était
devant des magistrats à qui Toccasion de faire niche à la cour ne pouvait pas déplaire, devant la chambre des requêtes du parlement de Paris. L'afifaire s'était d'abord engagée au Châtêlet. Deux peintres à brevet, les sieurs Levêque et Bellol, saisis par les jurés, avaient, pour leur défense, excipé de leur privilège. Le Châtelet le trouvant en règle, reconnaissant la réalité du brevet et s'inclinant devant le droit royal, avait, sans difficulté, infirmé la saisie. C'est en appel de cette sentence que les jurés présentaient à la cour, le 7 février 4646, la requête dont nous venons de donner la substance.
Ces conclusions outrecuidantes firent scandale, comme on doit penser; mais, chose qui semble plus étonnainte encore que la requête, elle fut admise au. parlement. Après une procédure des plus chargées, après de longs détours de chicane, un arrêt intervint en août 4647, arrêt de règlement, qui assignait tous ceux qui, à titre quelconque, prenaient qualité de peintre ou de sculpteur du roi ou de la reine, les sommait de venir en cour déduire leurs raisons et moyens, pour être ordonné ce qu'il appartiendrait, etc., etc. C'était un avant faire droit, mais qui tranchait d'avance la question.
En possession de cet arrêt, les jurés n'eurent rien de si pressé que de le signifier à tous lés brevetaires, même à ceux qui, étant logés au Louvre ou dans d'autres maisons royales, pouvaient passer pour domestiques et
commensaux du roi. Ils ne firent qu'une exception; il y eut un privilégié chez qui leur huissier ne vint pas. C'était un peintre de vingt-huit ans, récemment revenu de Rome et travaillant alors au Louvre^ par ordre de la reine: ce peintre était Charles Lebrun. D'où vient que les jurés lui faisaient cette grâce ? Cherchaient-ils à le ménager? Redoutaient-ils, comme on le supposa, sa naissante faveur et son crédit déjà puissant; ou bien n'était-ce, comme ils le prétendirent, qu'un échange et un retour de politesse à propos d'un présent que ce jeune homme leur avait fait?
Il était vrai qu'avant d'aller à Rome, Lebrun leur avait donné, pour la chapelle de leur confrérie, sise en l'église du Saint-Sépulcre de la rue Saint-Denis^ un tableau de sa main. Il ne faut pas s'en étonner. Lebrun était fils de maître ; la maîtrise avait été pour lui presque une autre famille; et comme à peine enfant il faisait déjà preuve de merveilleuses facultés, comme on l'avait vu dessiner, peindre, composer avant qu'il eût treize ans, aux applaudissements de la cour, du chancelier et même du cardinal, on comprend quelle joie c'eiit été pour la communauté si ce prodige eût bien voulu n'en pas sortir. On l'entoura de prévenan- > ces, on l'accabla d'adulations; ce fut en vain. Le jeune homme avait son parti pris ; il fallait à son ambition un thé&tre un peu moins modeste que la boutique de son ,
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père. Le sentiment de sa force, ses relations^ ses amitiés^ ses compagnons d^étude, Fatelier de Vouet, où par deux fois il fit un long séjour, tout l'avait enrôlé dans les rangs des indépendants; mais, circonspect et modéré^ ne brûlant jamais ses vaisseaux^ voulant peutêtre aussi ne pas blesser son père^ il avait entouré ses refus d'égards et de déférence. De là ce tableau offert de bonne gràce^ mais sans engagement d'entrer dans la maîtrise^ et, au contraire, comme un moyen poli de se dispenser d'en faire partie.
Si les jurés s'étaient flattés qu'en lui épargnant l'ennui de leurs assignations ils se ménageaient son appui ou sa neutralité, leur espoir fut bientôt déçu. L'appât était trop grossier pour qu'il s'y laissât prendre, l'exception trop publique pour n'être pas offensante. Ils le forçaient en quelque sorte à leur faire plus rudement la guerre que s'ils l'avaient traité tout simplement comme les autres.
Ce n'était pas là leur seul mécompte. En croyant faire un coup de force, ils n'avaient réussi qu'à rallier leurs ennemis. Jusqu'alors entre les brevetaires et les indépendants la guerre était ardente; en un instant la paix fut faite. Résister en commun, faire tète à la tyrannie, tel fut le mot de ralliement. On se vit, on s'entendit, des pourparlers s'établirent. Pas un des artistes assignés n'eut seulement l'idée de comparaître au parle-
ment ; nul ne songea pour sa défense à suivre les voies légales; illeur fallait d'autres moyens : n'espérant rien de la justice^ ils convoitaient un coup d'État. Mais à qui s'adresser. Tous les yeux se tournaient vers Lebrun. Seul; malgré sa jeunesse^ il était dans son art assez considérable pour porter la parole et se poser en chef des deux camps coalisés : il avait ses entrées chez le chancelier et même chez la régente^ mais ce n'était pas assez; à lui seul il ne sufGsait pas; il fallait^ pour conduire l'affaire, un autre patron qu'un artiste, un véritable homme de cour; c'était à un tel personnage qu'était réservé l'honneur de devenir l'âme du complot.