CHAPITRE II
Établissement de T Académie royale. — Création d'une compagnie rivale, TAcadémie de Saint-Luc. — Transaction et jonction des deux Académies.
M. Martin de Charmois^ conseiller d'État^ autrefois secrétaire de M. le maréchal deSchomberg pendant son ambassade à Rome, avait rapporté d'Italie un amour passionné des beaux-arts ; on dit même que pour son plaisir il s'exerçait à sculpter et à peindre. Lebrun le prit pour confideiTt^ Taniraa^ réchauffa contre les entreprises des jurés; lui rappela les exercices qu'ils avaient ensemble admirés pendant leur séjour à Rome, dans Tancienne Acadéaiie de Saint-Luc; vanta les grands services que celte école, selon lui, avait rendus à la peinture italienne, et insista sur la nécessité de transplanter en France quelque institution de ce genre. Une grande école ouverte à la jeunesse, remplaçant les petits ateliers que tenait en particulier chaque maître, une association de professeurs conduisant et surveillant Técole; les disciples et les maîtres étroitement unis et presque assis sur les mêmes bancs; TAcadémie de Saint-Luc, en un mol, à quelques variantes près.
tel était le plan de Lebrun. Il le mit sur le papier^ le soumit à M. (le Charmoie^ et. lui demanda d'appeler comme en consultation les deux frères Testelin, ses intimes amis^ deux autres peintres^ Juste d'Ëgmont et Michel Corneille^ et un sculpteur déjà célèbre^ Jacques Sarrazin.
M. de Charmois les fît venir, les écouta^ se pénétra de leurs idées, et finit par se convaincre qu'il en était lui-même à peu près Finvenleur. Devenu le patron du nouveau plan d'académie, il ne se contenta pas de composer une savante requête où tous les griefs de ses clients, tous les méfaits de la maîtrise étaient longuement énumérés, il eut soin de communiquer son travail en grande confidence aux principaux membres du conseil d'État, leur demandant avis, s'assurant de leur approbation; puis, quand ses batteries furent ainsi dressées, il obtint d'être admis à déposer lui-même sa requête aux pieds du trône. Lecture en fut donnée devant la reine dans le conseil de régence tenu au Palais-Royal, le 20 janvier 4648.
Ceux qui connaissent cette pièce, conservée aux archives de l'École des beaux-arts, doivent tenir en singulière estime la patience de la reine et de ses conseillers *. On perdrait aujourd'hui la plus juste des