CHAPITRE HI
Les coalitions de producteurs.
Il nous a semblé impossible d’omettre, dans cette étude, les diverses formes d'ententes entre producteurs. Elles peuvent, croyons-nous, se ramener à deux {ÿpes : soit au cartell allemand, soit au trust américain.
Les résultats du libre jeu de la concurrence dont les économistes de l'école classique attendirent tant de bien, qui devait équilibrer les offres de la production et les demandes de la consommation, furent très souvent désastreux. Les principaux inconvénients de la concurrence furent la surproduction et l'avilissement des prix. Pour remédier à cet état de choses, les concurrents se groupèrent pour maintenir l'équilibre entre la production et la consommation, et pour produire dans les meilleures conditions possibles, tant dans l'intérêt du consommateur que dans le leur.
« Mais pour atteindre ce résultat, chaque concurrent devra abandonner entre les mains de la collectivité une portion importante de la direction commerciale de son affaire. Ce ne sera plus l'individu, ce sera la collectivité qui déterminera le quantum de sa production et le taux de ses prix de vente. Il restera indépendant au point de vue industriel proprement dit; il extraira sa houille, fabri-
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quera sa fonte, son acier ou ses étoffes par les procédés qu'il voudra, mais il confiera à d’autres qu'à lui-même le soin de les vendre ou acceptera du moins de les vendre dans des conditions étroitement déterminées. Dans la mesure Où la direction commerciale lui échappera pour être remise, en même temps que celle d'autres entreprises concurrentes, entre les mains d’un organisme central, il y aura concentration commerciale. » (De Rousiers. Les Syndicats industriels de producteurs, p. 5.)
N'est-ce pas là le meilleur moyen d’obvier aux conséquences de la concurrence anarchique dont le libre jeu rend l'industrie instable, multiplie les crises et élimine brutalement les faibles ? (1). Les producteurs s'engageront désormais à ne pas vendre au-dessous d’un certain prix, à ne pas fabriquer au delà de certaines limites, et à observer certaines conventions. L'union des commerçants fera leur force. C’est avec juste raison que l’'économiste allemand Brentano à dit que le cartell a été un produit de la nécessité. Le cartell, le pool et comptoir sont les véritables types d'entente industrielle, en vue de réagir contre les excès de la concurrence.
Le cartell est réellement basé sur une communauté d'intérêt:; il est reconnu et encouragé par la loi, parfois rendu même obligatoire par l'Etat. Le trust, au contraire, est vraiment l'arme d’offensive et d'accaparement, IT a été combattu par la législation américaine. Il peut constituer un danger publie el un Elat dans un Etat. Si la création de cartells nous paraît intéressante, nous n'en dirons pas
autant de la formation des trusts.
(1) V. Roger Thisse, nole dans Pand. fr. pér., 1900. 2. 33,
Capdeville 7