MAURICE, ALBERTE, ACHILLE
Achille. — Qu'est-ce qui vous arriveî Maurice. — Une chose très grave... Figure-toi qu'on nous a vus nous embrasser...
Achille, après un Eitence. — Vous Êtes bien embê-
Maurice. — Qu'est-ce que tu veux!... On ne pouvait pas se douter... c'est quelqu'un qui est passé dans la pièce du fond... Je ne sais pas qui... un moment, j'avais espéré que c'était toi.
Achille. — J'étais au téléphone.
Maurice. — Ce n'était pas les Thouvelin. Ils étaient sortis.
Alberte. — C'était peut-être !a femme d« chambre 1
Achille. — Non... Je l'ai entendue au premier élage... Oh! ça ne peut être que Clément... Il a dû venir traîner par ici... soi-disant pour venir prendre des papiers avant de s'en aller... C'est Clément, les papiers ne sont plus là. C'est Clément.
Alberte. — Oh! Clément!... mais c'est l'homme le plus bavard de Paris, l'être le plus malfaisant, le plus venimeux, c'est la rosserie en personne»..
Achille, — OuL., Il représente le jugement du monde.
Mal'rice. — En tout cas, il y a quelqu'un qui nous a vus... Et, surtout si c'est Clément, notre affaire est sûre... Ça se saura... Qu'est-ce que vous voulez... ce que nous avons voulu éviter se réalisera: ça se saura, (Silence.) Ça ne sert à rien de se faire de la bile; il faut prendre des résolutions, puisque cet événement crée pour nous un état de choses nouveau...
Alberte. — Mais quelles résolutionsî
Maurice. — Ecoute, Achille, le jour où je me suis aperçu que j'aimais ta femme, je t'en ai prévenu loyalenent...
Achille. — Très loyalement...
Alberte, — A ce moment, je me suis aperça que j'aimais aussi Maurice, et immédiatement, je te l'ai avoué.
AcHUiia. — Ah ! oui... immédiatement... Tu n'as pas att«nâa,
Maubicb, — Alors, à ce moment-là, nous avons fait nne espèce de divorce amiable... nous avions l'idée d'éviter le scandale, nous voulions aussi, peutêtre, ménager ton vieil oncle, qui vivait encore...
Achille. — C'est peut-être aussi par paresse...
Maurice. — Ecoute... il ne faut pas être plus sévère pour nous que de raison... C'est pent-être aussi parce que nous avions des motifs un peu plus chic... nous avions horreur des choses et des gens de la chicane, nous ne voulions pas les introduire dans notre vie intime... il nous semblait...
Achille. — Oui, il nous semblait que nous aWons le droit d'agir à notre guise, entre nous, que nous n'avions à rendre de comptes à qni qae ce soit, du moment que nous ne faisions de tort à personne... Peut-être avon^-nous fait ce qui se fera carrément àxûB un demi-siècle...
Maurice. — Nous nous sommes passés de la procédure... nous avons décidé que ta compagne devenait ma compagne, que, elle et toi, voua ne seriez plus que des camarades...
Achille. — De très bons eamarades,^ Dignizea by V
yCjOogle
L'ILLUSTRATION THEATRALE
Maubice. — Comme noua vivons «lans un .temps et paâ dacB un antre, il a bien falln faire des conceenons, il a fallu cacher notre pacte; au fond, sauver les apparences pour ne pas nous faire tort, pour ne pas aller contre la morale. Mais, anjourdliai, nous nous trouvons en présence d'une situation modifiée: le monde ne savait pas; il sait maintenant... ou il va savoir... nous devenons des êtres immoraux... il ne faut pas.
Achille, — Il ne faut pas.
AiiBERTE. — Il ne faut pas.
Maubice. — Autrement nous nous diminuons.,, toi, tu deviens le mari trompé... Qti'esl-ce que tu veux que je te diseT
AcHiUiE. — Je ne tiens pas à ce qne ta me dises antre chose...
Maitbice. — Alberte devient, elle, la femme adult«n...
Alberte, bicMéc. — Ohl Maurice!
Maobice. — Il ne faut pas que cela soit. Maintenant, le moment est venu de nous mettre en règle avec la société... du moment qu'elle est au courant... J'étais, en fait, Je véritable mari de ta femme, il faut, désormais, que je le sois en droit... Les événements nous poussent d'une façon irrésistible au divorce... Vous allez divorcer... J'épouserai Alberte... Qu'est-ce qu'il t'en semble, Achillel
AcHniE. — Il me semble...
Il regarde Albcrle.
ÀLBBBm. — Eh bien, oui,., que veuz-tu faire d'autre f
Madsice. — Noua allons prendre nos dispositions... (A Aibertf.) Il faut que vous voyiez un avoué, sans retard... Il vous dira probablement de quitter le domidle conjugal et d'aller vous installer chez un de vos parents...
AlBEETE, à Achille. — Tu CTOlsf... VoOS CfOyeRÎ,..
Tu crois!,.
Achille. — Je le crois.
Maurice. — Evidemment, c'est un déran^ment...
Alberte. — C'est un dérangement.
Actnr.LE. — C'est un dérangement.
Maurice. — Mais il me semble que c'est une solution inévitable... Du reste, an fond, tout cela n'est que de simple formalité.,. Vous irez habiter chez votre tante,.. J'irai vous y rendre vi.tite... Achille, également, vous rendra visite à sa guLse. J'ai des amis au Palais, qui activeront la procédure, et cela ne trunera pas... Une fois mariés, nous l'ecevrous Achille comme vous aviez l'amabilité de me recevoir... Rien n'interdit au mari divorcé de revenir voir sa femme.
Achille, (aibiemeni. — Le divorce est une institution de trop fraîche date pour qu'il y ait, à cet ^rd, des usages établis...
Maurice, — En somme, il n'y aura rien de changé entre nous... nous serons simplement en règje avec l'opinion... Eh bien, Achille, ce n'est pas ton avisT Tu ne dis rien...
Achille. — Mais si... mais si... Je suis absolument de ton avis... Il n'y aura rien de changé entre nous... Tout ce que tu dis là est éridemment logique, et inévitable...
Maurice. — Mais il y a pourtant quelque chose qui t'embête, disT
Achille, — Rien, rien...
Maurice, — Mais encore...
Achille. — Alberte T Est-ce que tu crois que je vais être obligé de le dire ce soir aux ThouvelinT
Alberte. ■ — Oh! on peut attendre Et demain.
Achille. — Mais ce qu'il y a d'ennuyeux c'est de dîner au restaurant avec eux... Ils ont organistsa pour notre anniversaire de mariage. Eh bien, ce n'est peut-être pas le jour de fêter notre anniversaire de mariage... nous venons de passer par des événements graves et imprévus... et il me serait difficile de cacher mon état d'esprit et ma préoccupation...
Maurice. — Eh bien, c'est Ir&a simple, il n'y a qu'à supprimer la petite fête... nous prétexterons un dîner d'affaires au dernier moment.
Alberte, — - Un dîner d'affaires au dernier mo-
Maurice. — Puisqu'ils repassent ici, il sera facile de les prévenir. Ils iront dîner de leur côté, puis nous irons dans un restaurant quelconque. (A Achille.) Ça te va»
Achille, — Oui, ça me va.
Maurice. — Demain matin, je viendrai ici de bonne heure avec un de mes amis, qui est principal clerc d'avoué... Je vais d'ailleurs tâcher d'aller le voir tout de suite... (ii «rrc la main d'Achille.) Eh bien, à tout à l'heure, au revoir, mon vieux... (A Albene.) Au revoir, Alberte!
Il fort. Un «iknce.