‹ L'Accord paríait: Comédie en 3 actesChapitre 20 sur 34 · ALBERTE, MAURICE, ACHILLE · texte numérisé non relu

ALBERTE, MAURICE, ACHILLE

ALBBftTE. — Le concierge m'a dit que les Thouvelin sont là,

Maurice. — Oui, je les ai vus par la fenêtre,.. Ils sont dans le jardin.

Albertb. — Eh'bien, laisse-les... On les aura assez sur le dos.

Achille. — Mes enfants, je vais téléphoner par

Albertb. — Il y avait longtemps!

Maurice. ~ Xd. Moi, je vais prendre la voiture pour la mener jusqu'à l'usine, parce qu'il y a un petit bruit que je ne m'explique pas,,. Je veux en Bvoii- le cœur net.

Achille. — C'est ça. di son.)

Maurice. — C'est curieux, ce que ce garçon a pu clianger depuis quelques jours... Je l'aime mieux comme ça... Tu sais qu'il devenait embêtant!... On peut le dire maintenant... Quand noua avoua parlé de lui la semaine dernière, toi et moi, l'idée qu'il nous embêtait, nous osions» à peine nous l'avouer... et maintenant, grâce à ce changement qui s'est produit dans son humeur, il est très agréable. Et pourtant il ne vient pas aussi souvent... II a dfi avoir à son insu une crise de foie.., et ça lui a passé... Tu sais qu'il y a des maladies dont on s'aperçoit à peine, qui vous incommodent d'une façon indéfinissable et qui guMssent tout à coup... On se figure qu'on est de mauvaise humeur, c'est que l'on est malade... Tout^à coup, on est de meilleure humeur, c'est qu'on est guéri... Je suis sijr que s'il avait été de cette humeur-là toute sa vie, il n'aurait jamais cessé de te plairef

Albertb. — C'est possible!

Maurice. — Au fond, i! n'y a rien de tel que la santé. Moi, je croîs que je suis un homme appréciable... C'est parce que je suis sain... tu ne me tromperas jamais, parce que je me porte bien.

Alberte. — Oh ! comme il est sûr de lui !

Maurice. — Et je suis mi petit peu sûr de foi. -Alberte. — Tu peux!

Maurice. — Le voilà.

AcHiLLK, eturatjt. — Alors tu vas à l'usineT

e connaît mieux.

nsi jadis f

Maurice, — ilais oui. Je reviendi-ai tout de Kiiîte. A moins que je sois obligé de lais-seï' lu voilure làbas. Alore, dans ee cas, je reviendrai en laxi...

Achille. — Comme le temps est l'émis an beau, tu peux faire ouvrir la voiture.

Machice. — Non, il fait encore nu peu de veut... Ce n'est pas que je crai^e l'air, .rien ne me fait peur... A tout à l'heure, mes enfants.

ACHILLE, ALBKBTE

Achille. — Alberte! chère petite Alberte!

AijBEBTE. — Attention ! il vient à peine de sorlir... Tu ne fais pas assez attention. Ainsi, j'ai toujours peur que tu me tatoies devant lui... Il faudra dire un de ces jours: « C'est trop bétel recommençons à nous tutoyer. » Alors, ce sera admis. Quand on se dit tantôt ii tu », tantôt n vous », c'est effrayant ce qu'on risque de se couper.

Achille. — Petite Alberte ! Sais-tu qu'avec tes allures frivoles, tu es pleine de sens pratique et de sagesse. Je ne m'en serais jamais douté. Il me semble qne c'est maintenant seulement qu' se connaître.

Alberte, — Oui, c'est vrai... on s

Achille, — Si on s'était connu aï

Alberte, — Eh blenf •

Achille, — Eh bien, peut-être rien de ce qui est arrivé ne serait arrivé.

Alberte. — Peut-être!

Achille. — Tu n'as pas l'air de le regretter.

Alberte. — Venx-tu que je sois franche î Je ne rejette rien. Au fond, le destin fait bien ce qu'il fait. Il me semble que j'aûne nûeus t'avoir comme amant que comme mari.

Achille. — C'est assez flatteur.

Albehte. — Je ne sais pas si c'est flatteur, mais c'est vrai. Maurice est résolu, sûr de Ini; c'est le type du mari. Toi, tu es tracassé, tourmenté. C'est très fatigant de faire vie commune avec un individu aussi agité que toi... et d'autre pai*!, ce ne serait pas agréable de passer les heures... les heures intéressantes de l'existence avec un homme aussi calme, aussi pondéré que mon mari... Je dis: ce serait, car, naturellement, depuis que Maurice m'a épousée, il n'y a plus pour lui ni pour moi d'heures intéressantes.

Achille. — Oh! une femme dit toujours ça à son amant.

Alberte, — Est-ce que ce n'élait pas vrai quand tu étais mon marif

Achille. — Si, après tout.

Alberte, rêwnsc. — En somme, je suis maintenant comme nne petite reine: j'ai un intendant sérieux qui me diri.ire et uu pa^ru iMijuiel que je domine.

Achille, — Je t'admire, m Vjmi ii,. .ivik.!- i.mi.i

dans !ïs bris.) Je t'admire de voir si clair en toi cl autour de toi... fît penser qu'à d'iiutres moments, (ii es nne pelile sauvage iniilxirdable... AUicrte riiérie!

Alberte. — Kli bien, il y a qu'où nous a encore surpris.

Achille. — Comraeiil, encoi-eî

Albepte. — C'est-ft-dire... je veux dire que c'est encore plus embêtant.

Achille. — Qui cela peut-il élreT

Albertk. — Oh ! Clément, parbleu !.,. Oh ! je suis impardonnable... le ciel me punit...

Achille, ■ — Voyons! voyons! ne t'énerve pas...

Alberte. — Jt m'élais juré que pei-soune ne m'embrasserait plu^ jamais dans ee salon. Qu'est-ce qui va se passer, maintenant î '

Achille. — Oui, qu'est-ce qui va se passer» II' me semble qu'il n;\ a qu'une solution; il faut prévenir loyalement Maurice...

Alberte. — Ah! uon, par exemple! je ne recom-

Achille. — Pourtant, à moi, vous m'avez avoué tous les deux...

Alberte. — Ce n'était pas la même chose.

Achille. — Pourquoi n'était-ce pas la même

Alberte, — Parce que toi, tu étais un autre homme, tu élais soupçonneux, tu te tourmentais, tu me tourmentais aussi. Je te sentais là inquiet, anxieux... C'était insupportable... Tu souffrais certainement plus d'un soupçon qne tu n'as souffert de la certitude.

Achille. — C'est ce que tu as compris admirablement! Tu m'as collé une bonne certitude pour me guérir de mes soupçons.

Alberte. — C'est ton caractère, que veux-tuf Tu passais ton temps à te rendre malheureux avec les choses qui pouvaient arriver. Une fois qu'elles arrîvaient,^ eh bien, tu avais épuisé ta douleur. Quand tu as été an courant, je ne dis pas que tu n'as plus été malheureux du tout, mais tu as été moins embêtant.

Achille. — Oui, une fois que j'ai su mon malheur, il a été plus supportable... pour vous deux tout au moins...

Alberte. — Nous avons peut-être eu tort de t'avouer. On ne doit j>as avouer ces cboses-là... un mari... un mari ne doit rien savoir.

Achille. — Alors tu crois qu'il vaut mieux ne rien dire à MauriceT

Alberte. — Certainement non! voyous! >raurice est un homme tranquille, jtarfaitement traiiquiile, pourquoi troubler sa tranquillité t 11 a eu lui-même nue confiance énorme. Tout à l'heure, il me disait encore que je ne le tromperais jamais parce qu'il a une bonne santé... c'est même ce qui s'appelle en avoir une de ssntél ï'ne révélation serait terrible pour lui. Je frémis lien que d'y penser... Ce serait un vi'rti COU]! d'assommoir...

.VciHLLK. — Mais enfin, qn'est-ce qui va se jiasser?,.. Ust-^-e que Ciment ne va rieu lui raconlerT

-Vi-BKRTK. — Non, non. Je ne vois pas du (mit «'Icmcnl allant le dire à Miiuriee. Il ne (r disait rien il toi. n'est-ce pasT Kt nn*'nii' s'il allait lui raTOutcr quelque chose, 9[aurici' no le ci'oirait pas. C'est un liommc qui ne iroit que ce qu'il voit.,. Eh bien, maintenant, c'est à noua ù ne pas nous faire voir. Que cef avertissement nous sen-e de leçon!

AniiLLE. — En tout cas, si Clément ne dit rien h Maurice, il va liavarder fout autour de nous.

Ai.berte. — F.h bien, et aprèsT La première fois qu'il nous a aur|iris...

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L'ILLUSTRATION THEATRALE

ACHILLE. — Pas nous.

Alberte. — C'est-à-dire qu'il lu'a siirpiise, nous avons eu peur de lui parce qu'il allait apprendre aux gens que tu étais un mari complaisant... Voilà ce que leii gens ne doivent pas savoir, voilà c« qui était jn'ave... eontraii-e à la morale... Tandis que cette fois-ci, qu'est-ce que tu veux qu'il leur apprenne, aux sensT Que j'ai trompé mon mnri, voilà tout!... Je ne suis pas la seule!

Achille. — Alors on Iîùpbc aJler les choses?

Albertk. — C'est ce qu'il y a de mieux à faire...

Achille. — Voilà le» Thouveliii qui viennent...

Alberte, — Je ne veux i)as les voir... -Vlloiis par là. (Ils soricin.)

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