Scène III
ALBEBTE, ACHILLE, LES THOUVELIN
Irma. — Voua, déjàT Oh! mais, c'est merveilleux! Avec ces autos, il n'y a vraiment plus de distance.
Achille. — Oh! plus de distance!
Thoovelin. — Oh ! mais, voilà des fleurs ma^ifiques,.. En quel honneur!
Alberte, — C'est noti-e anniversaire de mariage.
Thoovelih. — Oh! comment n'ai- je pas su eelaî
Irua, bu i Thouniin. — Mais, je te l'avais dit.
Tbouvelin lui fait signe <1c M tai».
Alberte. — Et c'est I>el et bien noli* 8ei)tièin6 anniversaire.
Thouvelin. — Vous avez bien compté, voyons, il n'y a pas sept ans que vous êtes mariés...
Achille. — Nous nous sommes mariés en 3904, vous n'avez qu'à compter.
Thouvelin. — 1904 et sept... 19J1.,. Iflll moins sept.,. 1904.
Achille. — Oh! vous aurez beau les retourner dans tous les sens...
Thocveldj. — Eh bien, dites donc, si vous voulez avoir des enfanta, il faudrait peut-être vous- en occuper.
Alberte. — Je ne dirai lias qu'on n'a jamais pensé qu'à ça, mais je crois qu'on a fait ce qu'on a pn... Maintenant, nous pouvons y renoncer. ^ ^
Irma. — A qui la faute t
Albekte. — Oh ! les prévisions sont plutôt contre moi; aucune de mes sceurs n'a eu d'enfant, tandis que les frères d'Achille ont reproduit comme des esturgeons.
Achille. — Vous avez à parler, vous qui faites les malins! Vous vous êtes contentés d'un rejeton... Et en combien d'années de mariageT Ditesf Dix ou douze ans!
Irua.— Eh! là! Ehl là!
Achille. — J'ai été trop loinT
Thouvelin, — Quatorze ans!
Irma. — Mais, est-ce qu'on te demande de préciser, à toiî
Alberte. — ^ Mais quel âge a votre petit garçon ?
Irua. — Huit ans bientôt.
Achille. — Eh bien, alors, vous ne l'avez pas eu tout de suite.., les professeurs de procréation,,,
Thouvelin. — Oh ! je vous demande pardon, il y en avait eu un avant,,, seulement, celui-là est resté en roule.
Achille. — Il ne compte pas, celui-là.
Thouvelin, — 11 compte pour moi. Mais il vaut mieux ne pas parlei- de ça, ça fait de la peine à IiTna, bien qu'elle ne l'ait pas connu... Pauvre petit garçon... ou pauvre petite fille!
Alberte. — C'est égal, en dehors de ce passetemps, qui consiste à vous offrir un enfant tous les huit Bns,*vous ne devez guère vous amuser à Ville^ neuve-sur- Saône.
Irua. — Eh bien, Guillaume a son musée.
Achille, — Je me suis toujours demandé ce qu'un conservateur de musée pouvait faire dans un musée... Les visiteurs, eux... ils ont quelquefois d&< choses à regarder, mais un conseryateurt
Thouvelin. — Mon vieux, je travaille quinze heures par jour,
Achille. — Vous êtes fonctionnaire, et vous«travaillez quinze heures par jour...
Thouvelin. — Je travaille à mes collections d'insectes,
Achille, — Ah! bien, ça n'a pas te moindre rapport avec vos fonctions,
Thouvelin, — Je vous demande pardon. Quand j'ai été nommé au musée de Villeneuve, les vieux meubles de ce château historique étaient en proie à des quantités d'insectes invisibles,.. J'ai dû m'occuper de cela et étudier de près ces insectes pour trouver le moyen de les détniire.
Achille. — Et vous voua y êtes tellement intéressé, à ces petites bêtes, que, maintenant, vous les entretenez.
Thouvelin. — Je ne vais pas jusque-là...
Achille, — Je vous demande pardon si je regarde llieure,.. Oh! j'ai tout de même le temps... Il faut que j'aille voir un client cet après-midi. Vous me permettez de signer quelques pièces T
Thouvelin. — Et nous, n'oublions pas notre visite à la tante Emilie,
Achille. — Oh ! il y a bien deux ans que je n'ai été la voir, ta tante Emilie.
Thouvelin, — Vraiment?
Achille. — Mais oui. On ne voit qne les parents qui habitent à quelques centaines de lieues. Ceux qu'on a sous la main, on est tranquille, on n'a pas à penser à eux,
Irma. — Vous voyei surtout vos amîsf Alberte. — Pas cnonnément... En dehors de
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Maurice Maiin, qui vient à peu prèa tous les jours, nous n'avons pas d'amis iatimes.
Ibua. — M. Marin est garçonf
Alberte. — Oui.
Thouvelin. — Et je suis sûr qu'il ne se-mariera jamais.
Irua. — Qu'en sais- tu, Guillaumef-Il est encore jeune.
Albebte. — II- a trente-sept- ans.
Thooveun. — Trente-sept ansî Tiens! Je ne le croyais pas plus âgé qu'Achille. Et vous n'avez encore que trente-trois, trente-quatre ans, vousT
Achille. — Trente-denx.
Thouvklin. — Je pensais que vous étiez camarades de lycée, M. Marin et vous!
Alberte. — Ils se sont connus à l'école de Droit. Quelques années plus tard, ils se sont retrouvés dans la même compagnie d'assurances... Achille était à la vie, et-Maurice Marin aux accidents.
Thouveun. — Chacun son goût I
Ai^EKTE. — Depuis, ils ont pris chacun une agence.
Irma. — C'est un très bonami pour vous, M. Marin?
Alberte. — Oh! un ami excellent.
Thouvelin, — A Villeneuve, nous avons beaucoup de relations, mais, des vrais amis, nous n'en avons pas... Que voulez- vous, les ménages que l'on pourrait fréquenter sont si ennuyeux. Quant ans célibataires... m se mit.)
Alberte. — Les célibataires t
Thouvelin. — Eli bien, oui, à Villeneuve, on a moins de liberté qu'à Paris, On pourroit difficilement recevoir, d'une façon continue, un célibataire dans un ménage.
Alberte, — Comme noua, Maurice Marin t
Thouvelin, après un moment d'embarras qu'il surmoiitt.
— Oui, par exemple, comme vous. M, Marin. Oh 1 les gens de province ont une étroitesse d'esprit ! C'est absurde ! C'est idiot ! Mais, nous, avec notre indépendance, nous ne serons jamais les plus forts.
Alberte. — C'est un des avantages de Paiis, C'est peut-être pour cela que la pro^-ince se dépeuple... Vous permettez? Nous allons nous débarrasser de la poussière de la route.
THOtJVELiN. — Je vous en prie.