BASES DE L’ACCORD SOCIAL
La sociologie étant à l’ordre du jour, un grand nombre de systèmes sont éclos depuis une centaine d’années. Aujourd’hui tout le monde proclame la nécessité des réformes sociales ; c’est un lieu commun qui trouve sa place dans tous les programmes politiques, dans toutes les déclarations ministérielles.
Les conceptions des réformateurs modernes se réclament de l’utopie, de l’empirisme ou de la science. Nous venons d’envisager les dangers de l’utopie qui est à la base de l’évolution artificielle. Il est facile de constater que toute solution empirique favorise le développement de l’utopie, ou ne fait qu’en retarder l’avènement.
Un seul système tout récent nous paraît procéder de la méthode expérimentale d’évolution spontanée que nous avons caractérisée dans notre
avant-propos. Son fondateur est M. Firmin Bacconnier. Penseur, écrivain et orateur, M. Bacconnier est un chef d’école dont le prosélytisme ardent a su rallier à sa cause toute une pléiade de jeunes disciples recrutés dans la classe ouvrière, empressés à propager dans les milieux prolétaires le nouvel évangile social.
Quand un conflit s’élève entre deux individus ou entre deux nations, deux solutions sont en présence, l’une belliqueuse : le duel ou la guerre, l’autre pacifique : la négociation ou l’arbitrage.
Ce qui est vrai pour les querelles entre les individus ou entre les nations, peut l’être aussi pour les différends entre ces catégories d’individus qu’on appelle les classes.
Faire l’économie d’une guerre, c’est-à-dire d’une Révolution Sociale, voilà ce que nous propose Firmin Bacconnier avec sa doctrine de « l’Accord Social ».
L’investigation du fondateur de cette école, qui ne néglige d’ailleurs rien du passé, commence au jour où la loi Le Chapelier a aboli le régime corporatif, le 14 juin 1791. C’est à cette date mémorable qu’apparaît dans l’histoire de France une figure nouvelle, celle du prolétaire. La Révolution a anéanti le droit d’association que la monarchie avait organisé pour les ouvriers sous la forme des corporations ; elle a, sous prétexte
d’affranchir le travailleur, proclamé l’isolement de l’individu, elle l’a laissé libre et, par le fait, l’a mis à la merci de tous les exploiteurs, elle l’a réduit à accepter toutes les servitudes. Le monde ancien a connu l’esclavage et le servage. Le monde nouveau subit le prolétariat, créé en vertu de la conception la plus chimérique qui soit sortie du cerveau d’un philosophe : le retour à l’état de nature, préconisé par Jean- Jacques Rousseau.
Suivons maintenant le prolétaire dans les grandes étapes de son histoire, depuis cent-vingt ans. Nous verrons comment il a tenté d’améliorer sa situation en vertu de l’évolution naturelle ascendante, vers la conquête d’une situation meilleure. II franchit trois étapes principales : l’Etat lui reconnaît successivement le droit de grève (27 mai 1864), le droit syndical (21 mars 1884), puis un complément de ce droit par la loi sur les associations (1er juillet 1901). D’autre part, les syndicats se sont accordé le droit de se fédérer et la Confédération Générale du Travail a été créée.
Dans ces résultats acquis intervient aussi, cela n’est pas niable, l’action des théoriciens, exploiteurs de la crédulité et de l’ignorance du prolétariat, qui forment l’état-major du parti socialiste unifié. Mais l’avènement du collectivisme, qu’il soit réalisé par la Révolution Sociale ou par l’Eta-
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tisme, n’est qu’une conception d’évolution artificielle et la plus dangereuse des utopies.
Tandis que des politiciens sans scrupules, détournent le mouvement syndicaliste de ses voies naturelles, l’Ecole de l’Accord Social, animée d’un amour sincère pour le monde du travail, armée de la méthode expérimentale, nous enseigne les leçons de l’histoire. Bacconnier et ses disciples s’attaquent corps à corps au collectivisme dans leurs écrits et dans leurs conférences. Ils démontrent aux ouvriers que les Révolutions se font au profit de ceux qui les organisent et non des travailleurs qui en sont les instruments et en demeurent les victimes. La transformation sociale annoncée par les collectivistes dupera une fois de plus le prolétaire et n’aura d’autre résultat que l’avènement d’une nouvelle classe de dirigeants intermédiaires entre les détenteurs du capital mobilier et les salariés.
En constatant que dans le passé, la lutte des classes a été abolie par la corporation, M. Bacconnier a été amené à chercher si la corporation peut s’adapter aux besoins de l’heure présente. Et voilà que l’observation des faits sociaux, les plus récents, lui révèle que l’évolution spontanée, naturelle, du syndicalisme, aboutit sur des points chaque jour plus nombreux à une entente entre syndicats patronaux et syndicats ouvriers.
Cette entente, dont les manifestations sporadiques sont si intéressantes à étudier, c’est la conception idéale et réaliste tout à la fois, bien nationale et bien française vers laquelle aspire le monde des producteurs : c’est l’Accord Social, réalisé par l’Association corporative.