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AVANTAGES DE L’ASSOCIATION CORPORATIVE

A. — Pour V Ouvrier

Demandez à un ouvrier quels sont ses desiderata. Il vous répondra invariablement qu’il voudrait trois choses : un salaire -fixe ; être assuré contre le chômage ; un abri en cas de vieillesse et d’infirmité. Au résumé, la question ouvrière est une question de sécurité. « Il n’est pas, écrivait Rastiat, de besoin plus impérieux chez l’homme que celui de la confiance dans un avenir qui offre quelque fixité. Ce qui trouble les ouvriers, ce n’est pas tant la modicité des salaires que leur incertitude, et si les hommes, qui sont arrivés à la fortune, voulaient faire un retour sur eux-mêmes, en voyant avec quelle ardeur ils aiment la sécurité, ils auraient peut-être un peu plus d’indulgence pour les classes qui ont toujours le chômage en perspective. »

Les socialistes affirment que le collectivisme assurerait à la classe ouvrière cette sécurité qui lui manque. Voyons ce qu’il faut en penser. Le collectivisme suppose l’expropriation totale des individus et la mise en valeur par l’Etat des richesses sociales. Il en résulte donc que dans le système collectiviste, l’individu est livré à da merci de l’Etat, tout comme un fonctionnaire ou un pensionné de l’Assistance publique. C’est là une sécurité à la fois 'précaire et sans dignité. L’Accord Social la repousse.

Certains conservateurs préconisent la participation aux bénéfices et la participation au capital. L’Accord Social ne rejette ni l’un ni l’autre de ces systèmes, qui peuvent donner d’excellents fruits dans certaines industries, mais il ne saurait les considérer comme un principe absolu fournissant des remèdes suffisants et universels.

Ainsi, la participation aux bénéfices est, dans la plupart des cas, une ironie décevante. Dans son « Précis d’ Economie politique », M. Leroy- Beaulieu établit que « la participation aux bénéfices n’ajoute aux salaires, sauf dans trois ou quatre cas très exceptionnels, qu’un appoint en général assez faible : dans certaines maisons, 15 ou 20 francs par ouvrier et par an, dans d’autres maisons 30 ou 40 francs, rarement 60 ou 70 et très exceptionnellement une centaine de francs ».

Une majoration de cent francs par an ! (chiffre des entreprises les plus prospères), croit-on vraiment que cela puisse suffire à assurer la sécurité du travailleur ? Et remarquons que toutes les entreprises ne réussissent point. Au Conseil supérieur du Travail (séance du 10 décembre 1893), M. Denis Poulot déclarait que sur 100 maisons qui se fondent, 75 s’écroulent.

Nous ne considérons donc pas comme une panacée la 'participation aux bénéfices. Et la participation au capital préconisée par les Jaunes ne vaut pas mieux. Elle consiste à permettre à l’ouvrier d’acquérir une parcelle du capital industriel. « Quand, disent les Jaunes, dans une usine qui occupe 500 ouvriers, 100 seulement posséderont une action de 100 francs, il y aura quelque chose de changé. Et d’abord 100 propriétaires nouveaux. » L’Accord Social répond que ce système n’est applicable que dans la très grande industrie, et que le problème de sécurité se pose également pour les ouvriers de la petite industrie, pour les serviteurs, pour les travailleurs agricoles, pour les fonctionnaires.

D’autre part, même pour les travailleurs de la grande industrie, Y actionnariat ouvrier n’est pas une solution. Une action, dix actions, vingt actions de 100 francs dans une entreprise ! La perspective peut séduire. En réalité, c’est bien peu de

chose, et, si l’entreprise dépérit, que deviendra notre ouvrier-capitaliste? L’insécurité de l’existence n’est point résolue pour lui. Or, c’est là toute la question.

Ce problème de la sécurité ouvrière, l’Association corporative le solutionne. Elle confère à l’ouvrier une double propriété :

Premièrement, une propriété morale sur le métier, analogue à ce privilège qui fait l’avocat propriétaire de sa fonction ou l’officier propriétaire de son grade ;

Deuxièmement, le droit au patrimoine corporatif, c’est-à-dire à cette caisse commune destinée à parer aux accidents de la vie et à procurer le pain des vieux jours.

Peut être s’étonnera-t-on qu’il ne soit pas question ici de propriété individuelle. Mais l’Accord Social estime que la propriété individuelle doit être conquise par l’ouvrier lui-même. En le dotant du cadre corporatif, à l’abri duquel il peut déployer toutes ses facultés, ses énergies et ses audaces, la société a rempli toutes ses obligations. Au travailleur de s’élever toujours plus haut, mais par sa seule initiative, par la vertu de son propre effort.

B. — Pour le patron

Nos industriels ont à faire face à deux ordres de difficultés : d’abord les violences ouvrières, qui s’exercent sous la forme de grève ou de sabotage ; ensuite les vexations de l’Etat qui, par le moyen des lois sociales, les accable de charges excessives. On conviendra que cette atmosphère de malveillance et d’émeute est peu propre à exalter le génie industriel. Aussi la France est-elle un pays où la production se développe insuffisamment et souvent se désorganise. L’Association corporative ayant pour but de donner à l’ouvrier les satisfactions légitimes qu’il réclame et remplissant les fonctions usurpées aujourd’hui par l’Etat, débarrassera le patronat de soucis qui le paralysent et restituera à l’industrie la confiance et la sécurité qui lui manquent.

Et que l’on ne suppose point que la création du patrimoine corporatif imposera au patronat des charges insupportables. Les industriels contraints aujourd’hui de consacrer aux assurances pour leurs ouvriers des sommes considérables, devront encore faire les frais de la loi des retraites. Ils seraient, en régime corporatif, libérés de cette obligation. L’Association corporative remplira, en effet, le rôle exercé présentement par les Compa-

gnies et par l’Etat. Sans doute les chefs d’industrie auront des sacrifices à s’imposer. Mais quelle merveilleuse prime d’assurance contre la grève et le sabotage que leur contribution au patrimoine ! Le lien moral entre les deux facteurs de la production sera rétabli et la paix sociale restaurée dans le monde du travail.

G. — Pour le métier

Revenons à ce qui a été dit sur le mode de constitution du patrimoine. L’Accord Social veut le faire participer à la prospérité de l’industrie, de sorte qu’il se formerait au moyen d’un impôt sur le produit brut : tant par tonne sortie d’une usine, par exemple. Il en résulte que le patrimoine deviendra d’autant plus considérable que la production sera plus intense, que l’industrie, par conséquent, prospérera davantage. L’Association corporative sera riche si l’industrie réussit ; pauvre si elle périclite. Cette méthode a l’avantage de stimuler le zèle de l’ouvrier, puisqu’elle le met à l’abri de l’insécurité ; d’enrichir le patron, qui puise dans l’intensité de la production un accroissement de ses bénéfices ; enfin, de sauvegarder pleinement les intérêts du métier, puisque sa prospérité est la condition même d’un patrimoine important.

D. — Pour la Société

L’Association corporative, parce que propriétaire, apparaît comme la plus précieuse garantie de la paix sociale. Ce n’est généralement pas chez les propriétaires que se recrute l’armée de la révolution. L’Accord Social aime à citer l’exemple des travailleurs du Centre qui viennent tenter fortune à Paris. Ils sont socialistes, collectivistes, révolutionnaires. Par contre, ils ont de sérieuses qualités de labeur et d’épargne. Aussi beaucoup d’entre eux parviennent-ils à constituer en peu d’années un petit capital. Ils se retirent alors dans leur province, y achètent une propriété, et, chose digne de remarque, ces ardents révolutionnaires deviennent passionnément conservateurs.

Ce phénomène, qui n’est pas rare, mérite réflexion. Il donne l’explication des surprenants progrès du socialisme et de l’anarchie, et il fournit aussi l’infaillible moyen de solutionner la question ouvrière. Or, le seul moyen de rendre l’ouvrier conservateur, c’est de lui donner quelque chose à conserver.

Ce qui est vrai pour l’individu, s’applique également à ces Sociétés historiques que sont les Nations, les Patries.

Il y a un antipatriotisme ouvrier. Sa nature et

ses conditions nous sont connues. Une enquête ré' cente du Mouvement socialiste nous les a révélées.

On demandait aux chefs de l’action syndicale leur avis sur l’idée de patrie : « Les ouvriers ontils une patrie et peuvent-ils être patriotes ? A quoi correspond l’idée de patrie ? »

Trente-six réponses ont été publiées, et une seule, celle du secrétaire de la « Fédération des Travailleurs du Livre » est favorable au patriotisme. Encore a-t-il été désavoué par des membres de sa Fédération. Les trente-cinq autres, émanant pour la plupart de syndicats ouvriers, se montrent résolument hostiles au principe de la patrie.

« Qu’est-ce que la patrie ? écrit le secrétaire-adjoint de la Bourse du Travail de Rouen. C’est la « terre où nous vivons », c’est le « patrimoine que nous ont légué nos ancêtres », nous enseignet-on à l’école (même laïque). Or, si c’est là la patrie, quel est le travailleur qui possède quelque chose qu’il puisse dire à lui ; en est-il un qui possède un lopin de terre, une pièce d’or qui soit réellement à lui ? »

Le correspondant de la « Fédération des Syndicats de peinture » et celui de la « Confédération du Travail » s’expriment à peu près dans les mêmes termes. Pour eux, l’idée de patrie est intimement liée à l’idée de propriété. Et comme la plupart des ouvriers ne possèdent rien, il en ré-

suite qu’ils ne peuvent s’imaginer avoir une patrie.

(( La patrie, dit à son tour le secrétaire de la « Confédération générale du Travail », est l’ensemble des traditions, le patrimoine d’un peuple, elle est une portion du sol sur notre planète, elle est le lieu où l’on vit, en assurant à notre être les satisfactions nécessaires. Or, les traditions morales de notre pays et son patrimoine m’échappent faute de pouvoir les saisir et les comprendre ; la moindre parcelle du sol ne m’appartient pas, et la vie qui m’y est faite est loin de réunir les satisfactions indispensables. Je suis étranger à tout ce qui constitue le rayonnement moral de notre nation, je ne possède rien... Donc, rien de ce qui, pour certains, forme une patrie, n’existe pour moi. Je ne peux pas être patriote. »

Evidemment, ces réponses ne sauraient refléter la pensée de la classe ouvrière tout entière ; elles n’expriment exactement que l’opinion de la Confédération Générale du Travail. Il n’en est pas moins vrai qu’elles révèlent un état d’esprit très inquiétant, qui pénètre de plus en plus la masse du prolétariat. A ce titre, comme le déclarait le directeur du Mouvement Socialiste, « cette enquête prend la valeur d’un document ouvrier authentique ».

Ce que nous apprend cette enquête, c’est que,

pour le prolétaire , Vidée de Patrie est formellement attachée à l’idée de propriété. Et nous devons en conclure que la propriété est la sauvegarde de la sécurité nationale.

Or, c’est à cet objet que répond notre Association corporative. En faisant le prolétaire moderne propriétaire de son métier et du patrimoine corporatif, elle lui crée un intérêt certain à aimer, à défendre et a servir le pays ; par là même, le travailleur est arraché à sa condition de prolétaire et cesse d’être antipatriote.

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