LA LIBERTÉ, FERMENT DE L’ASSOCIATION
La liberté d’association est un droit inviolable, îi n’appartient à aucun pouvoir d’en limiter l’exercice tant qu’il ne heurte aucun intérêt légitime. Et la liberté de s’associer implique la faculté de demeurer en dehors de toute association. La formule de l’Accord Social est donc : Association libre et non point Association obligatoire.
Objection : si l’association professionnelle n’est pas obligatoire, elle ne comprendra, comme à l’heure actuelle, qu’une minorité et ne saurait ainsi avoir la portée d’une réforme sociale.
Voilà qui n’est pas du tout démontré. Sait-on pourquoi, de nos jours, la proportion des syndiqués, en regard de la population laborieuse, est, dans certains métiers, si insignifiante ? Il y a à eela plusieurs raisons très faciles à discerner.
Tout d’abord une atmosphère de malveillance enveloppe le militant syndicaliste. Un certain nombre d’ateliers lui sont fermés. Cette hostilité du patronat empêche les ouvriers sages d’entrer dans les syndicats, ce qui, soit dit en passant, permet aux autres de s’en rendre maîtres.
Et puis pourquoi l’ouvrier raisonnable se syndiquerait-il ? Pour arracher au patronat des con- \ ditions de travail plus favorables ? Mais l’action des révolutionnaires obtient les améliorations pour lui. C’est un privilégié ; il recueille le fruit de l’effort de ses camarades sans courir comme eux les risques de la bataille.
L’obstacle au recrutement syndical, le voilà. Quant à l’esprit d’association, tout autour de nous atteste sa prodigieuse vitalité. Comprimé aujourd’hui par des contraintes à la fois morales, économiques et politiques, il sera, dans l’élasticité du cadre corporatif, servi par un stimulant de premier ordre, l’intérêt.
C’est l’intérêt qui pousse le petit employé à se faire inscrire dans une Société de secours ; c’est l’intérêt qui détermine le paysan, si individualiste pourtant, à faire partie du Syndicat agricole. Or, que sont les maigres satisfactions procurées par les Mutualités ou les Syndicats d’agriculteurs auprès des bienfaits incomparables représentés par le seul droit au patrimoine corporatif ?
Ensuite, il faut bien le dire, la liberté d’association aura des inconvénients, mais pour ceux-là seulement qui ne voudront pas en user. Le réfractaire ne trouvera à se placer nulle part ; son isolement équivaudra dans l’opinion à un brevet d’incapacité. Il n’aura ni sa possession d’état ni droit à un patrimoine. Nous ne plaindrons pas ce paria volontaire. Il ne tiendrait qu’à lui d’être libre ; il ne tiendrait qu’à lui de s’asseoir à la table du festin où le régime corporatif convie tous les travailleurs.
L’Accord Social a donc une entière confiance dans la liberté ; il a la conviction que l’intérêt est un moteur plus puissant que la contrainte pour associer les hommes.