‹ L'accouchement dans l'artChapitre 8 sur 14 · CAMPE · texte numérisé non relu

CAMPE

Fig. 5

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La tribu nomade vient de faire halte ; tandis que les chefs de la bande — ce qui se reconnaît à la rapière qu'ils portent au flanc — se reposent en jouant aux cartes, les subalternes vaquent aux soins du ménage, Une vieille écrase sur ses ongles les poux qu'elle recherche sur une tête embroussaillée; celui-ci égorge un mouton; celles-là plument des volailles, qu'un grand gars s’efforce d'embrocher, pendant que d’autres femmes écument la marmite ou font tourner devant un feu ardent une immense broche chargée de victuailles, que les jeunes moutards semblent déjà manger des yeux.

Parmi ces scènes multiples croquées sur le vif, deux personnages doivent fixer notre attention : un homme et une femme.

L'homme, abrité contre un arbre, s’est accroupi, et relevant ses vêtements pour mettre à nu sa région lombo-sacrée, achève de dépouiller le vieil homme. Sa main droite, sous l’action du grand dorsal, — scaltor ani — promène dans la rainure interfessière le papier dont elle est armée, ainsi que l’indique Rabelais au chapitre x de son livre Ier, C’est là une contribution nouvelle à l'étude des Actes naturels dans l'Art, sur lesquels j'ai appelé l'attention des lecteurs de la Chronique (année 1905, p. 541).

La femme, également adossée contre un arbre, soutenue vers le haut du corps par deux compagnes, est en gésine. Ses jambes sont demi-écartées, sa jupe est relevée au-dessus du genou, pour permettre à l'Esculape de la troupe de cueillir à son arrivée le petit bohémien.

La scène est évidemment trop petite pour être analysée en détail; néanmoins, dans son ensemble, l'attitude n’est pas trop mauvaise, bien que la position assise à terre, c'est-à-dire le bassin trop bas, ne soit guère obstétricale.

On remarquera aussi que Callot, qui n'a pas craint de dessiner la nudité du côté pile de l’homme, a reculé devant celle du côté face de la femme. Comme nous l’indiquions au début de ce travail, c'est une des plus grandes difficultés qui ont dà retenir les artistes.

Evidemment aussi réaliste, mais infiniment moins artistique, est la gravure d'ABRAHAM BossE : Le lit de misère (fig. 6).

Abraham Bosse, né à Tours en 1602, fut professeur de perspective à l'Académie des Beaux-Arts, et mourut en 1676. Elève de Callot, 1l semble, dans cette reproduction, en avoir imité la manière, par sa science du détail et de la vérité; mais il brille moins par la science de la composition, qui est tout à fait insuffisante.

Nous sommes ici dans un riche intérieur, et Abraham Bosse s’est complu à en analyser le détail C'est, du reste, la partie la mieux traitée. Dans une immense cheminée, ornée de consoles artistement sculptées, pétille un feu de bois reposant sur des chenets de luxe; sur les murs, dont la tapisserie est reproduite minutieusement, figurent côte à côte deux tableaux religieux ; au fond, une fenêtre élégante laisse tafniser le jour à travers des vitraux bourgeois ; enfin, sur la droite, le lit préparé pour l’accouchée est surplombé d’un riche baldaquin, tandis que dans la ruelle, est une tapisserie qui représente un cavalier.

Les détails spéciaux à l'accouchement sont traités avec un soin également méticuleux. C’est d’abord le lit de misère lui-même, dont les tréteaux rustiques contrastent avec la richesse de l’ameublement, et rappellent, en effet, ce fameux lit, aujourd'hui délaissé, mais que je me souviens d'avoir vu quelquefois au début de ma pratique médicale.

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