‹ L'Accouchement DirigéChapitre 8 sur 50 · COUP D'ŒIL HISTORIQUE SUR L'OBSTETRIQUE MEDICALE · texte numérisé non relu

COUP D'ŒIL HISTORIQUE SUR L'OBSTETRIQUE MEDICALE

Dès que l’évolution humaine fit des êtres capables de s’entr’aider, il se trouva des accoucheurs et des accoucheuses. L'acte de la parturition, par son caractère douloureux, et par les fréquentes complications plus ou moins graves qui l’accompagnent, a dû toujours frapper l'imagination des humains, et lorsque la femme des cavernes se trouvait en mal d’enfant, elle ne devait point manquer d’être assistée par une ou plusieurs « an-

ciennes », déjà mères et par ce fait jugées « expérimentées ».

Il va sans dire que l’aide apportée aux parturientes par leur sœurs devait se borner à peu de choses. Et cette abstention ne pouvait être que salutaire, si l’on considère le fatras de procé- . dés invraisemblables, grotesques et inutiles ou, ce qui est plus grave, dangereux, qui furent employés par les personnes chargées d'assister les femmes en couches, lorsque l’humanité se « civilisa » et développa son imagination. Une grande obscurité régna sur l’Obstétrique pendant des siècles et des siècles.

Dans l'Antiquité, où existait un art médical certain, les médecins et chirurgiens ignoraient à peu près tout de l’accouchement normal, tenus soigneusement à l'écart par les matrones qui, soutenues par les lois et les traditions, se réservaient le privilège d'assister les femmes en travail. On appelait les praticiens pour les grandes dystocies où, leur seul but étant de débarrasser la mère du fœtus, ils se mettaient en devoir de morceler l'enfant pour l’extraire et sauver parfois la femme. En dehors de ces cas ultimes, l'assistance offerte aux parturientes se bornait à peu de choses : peu de choses utiles s'entend,

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car la variété des invocations et des ingrédients n'avait d'égale que leur inefficacité. Lorsque le travail traînait, on appelait à l'aide les divinités « spécialisées » : Isis en Egypte, ILTHÉE en Grèce, LUCINE à Rome. En Chine on faisait enfiler à la femme des bas bénis par le DALAï LAMA, et on lui administrait « per os » un curieux médicament ocytocique qui consistait en pilules de papier sur lequel étaient écrites certaines formules magiques. Tout cela agrémenté d’infusions d’écorces de Grenades, de Fenugrec, de sternutatoires, d’escargots, de blanc d'œuf... Quelques médecins hasardaient parfois un conseil plus ou moins judicieux : SÉRANUS D'ÉPHÈSE recommandait les onctions du col avec des corps gras, AVICENNE les bains et les frictions sur l'abdomen. Les grands noms de la médecine antique n’ont guère laissé que des procédés opératoires et des instruments destinés à l'extraction artificielle du fœtus, le plus souvent par morcellement. Cette obscurité plana sur l’art obstétrical pendant un

millier d'années, grâce aux sages-femmes qui gardaient farou-

chement le privilège des accouchements.

Le moyen-Age foisonne des recettes abracadabrantes des sages-femmes et des dissertations indigestes des médecins. Une revue détaillée des nombreux procédés recommandés alors serait des plus pittoresques, mais dépasserait de loin le cadre de notre travail. Contentons-nous de quelques exempies curieux.

Par la bouche on faisait prendre de la rapure d'ivoire, ou, après avoir fait écrire par la parturiente le psaume « Miserere mei domine », on rinçait le papier avec de l’eau que la femme devait boire, ou bien on accrochait à son cou un parchemin provenant d’un veau, parchemin portant le « Dixit Dominus domino meo » et traversé d’un fil tissé par une fille vierge. La femme devait tenir un aimant saupoudré de corne de cheval ou d'âne, ou porter un collier d'ivoire et des amulettes bénies. La parturiente nantie de ces médications baroques, le travail était livré à lui-même, sous les yeux de la sage-femme agenouil-

lée et récitant des prières. Les quelques médecins qui écrivi- #

rent à ce sujet rapportent dévotement ces simagrées superstitieuses; tout au plus rencontre-t-on parfois dans leurs œuvres un conseil plus judicieux, onctions des parties molles, et même

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rupture artificielle des membranes. D'ailleurs, on n'appelait

guère les médecins qu’en dernier ressort, et, après avoir récité

tout le répertoire de prières et brûlé un certain nombre de cierges bénits, on livrait la femme à l’homme de l’art qui morcelait péniblement le fœtus, souvent au grand dominage de la mère. =

Ce n’est qu'à partir des premières années du xvi‘ siècle que se manifestèrent quelques progrès : c’est alors que l’'Obstétricie passe progressivement entre les mains des barbiers chirurgiens — ces ancêtres de la chirurgie moderne —. Nos courageux aînés qui eurent à lutter à la fois contre les matrones et contre les médecins, s’attachèrent à l'étude des accouchements comme ils avaient appris l’anatomie et la technique chirurgicale. L’observation sincère de la nature les amena à faire œuvre plus utile. Mais les progrès portèrent surtout sur l’Obstétrique opératoire;

on sut extraire des enfants vivants par version podalique et,

lorsque le morcellement était nécessaire, on le fit moins aveuglément et moins dangereusement pour la mère. Alors que les sages-femmes continuaient à mettre en œuvre leurs pratiques fantaisistes et leurs simagrées, et que les médecins officiels continuaient à disserter doctement, sur des sujets qu’ils ignoraient à peu près totalement, les membres de là corporaticn active et intelligente des barbiers-chirurgiens disséquaient des cadavres, s’exercaient à la médecine opératoire et observaient les phénomènes de l’Accouchement. Ils créèrent des techniques

et des instruments, et luttèrent contre les privilèges dangereux

des sages-femmes.

L'Obstétrique faisant de grands progrès dans le sens opéra-

toire, il y eut, comme il fallait s’y attendre, de nombreux ahus, certains praticiens particulièrement habiles se servant trop

volontiers des instruments.

D'autres accoucheurs luttèrent contre ces tendances inter-

-ventionnistes, et il se forma un parti d'hommes « sages » qui,

confiants dans l’œuvre tranquille de la Nature (HARVEY) jugeait qu'il ne faut « rien hâter par intervention prématurée », réaction salutaire pour lutter contre l'accroissement inquiétant du nombre des instruments destinés à extraire le fœtus par mor-

ceaux.

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