PATES
Voici un bien pittoresque témoignage de l'opposition aux interventionnistes : il s’agit d’un passage d’une longue diatribe écrite en 1587 par GERVAIS DE LA TOUSCHE (cité par WIT- KOWSKI : « Accoucheurs et Sages-Femmes célèbres », Steinheil Edit., p. 295) gentilhomme poictevin, « contre la maudiste et perverse impéricie des femmes que l’on appelie saiges femmes ou belles mères, lesquelles par leur ignorance font journellement périr une infinité de femmes et d'enfants à l’enfantement ».
Le rôle de l’accoucheuse doit pour cet auteur se borner à peu de choses, et toute confiance doit être gardée à la Provi-. dence « laquelle est fournie de fil et d’esguille, pour satisfaire à vostre nécessité, sans aide de personne ».
« Or estant donc venûes à la maison de la travaillante, tant la saige ou saiges femmes que ses bonnes voisines et amies, toute chacun d'elles prendra peine de la traitter et accomoder de boire et de manger, selon qu’elle en aura le moyen, affin qu’elle ait meiileur courage pour soutenir les assaux et angoisses qui lui seront livrées à son enfantement. Et en ce faisant, partie d'elles, prendront garde à luy accomoder une couschette auprès du feu, sur laquelle elles la couscheront et accomoderont bien chaudement, tout à plat et de son long, partie sur le costé droit et partie sur le dos, en ployant un peu le corps et les genoux, comme elle sentira très bien que la nature le veut et demande. Et en ceste sorte, tant la travaillante que la sage-femme et les voisines assistantes auront patience que la dame Nature, gouvernante de toutes choses, ait fait son opération, et ne penseront point qu'elle ait nullement affaire de leur ayde ni secours. Et quand elle aura mis l'enfant hors du ventre de sa mère, sans destourbier, comme elle fait pour tous les autres animaux de la terre, ce sera la fin de sa charge en cest endroict, et le commencement de la charge de la sage-femme. Assavoir de prendre et recevoir l'enfant, alors qu’il commencera à sortir de sa chambre; lui supportant le corps jusques adce qu’il soit