OBSERVATION IX
Le 15 avril 1933 entre en salle, pour des troubles neuro-psychiques, la petite Janine R.., âgée de 21 mois.
Sa mère raconte que, le 29 mars, l’index droit se tuméfe, sans ‘aison aucune; la peau sus-jacente se fissure et en quelques jours la première phalange se détache, laissant une petite plaie. En même temps, ses pieds redeviennent plus rouges et plus gros et lapparition d’abondantes sueurs froides généralisées semblent favoriser la venue sur labdomen de gros éléments éruptlifs d'aspect inflammatoire.
Le médecin traitant prescrit : métavaccin, eau oxygénée et chlorure de calcium per os.
Malgré ce traitement, l’enfant ne va pas mieux, elle n’a plus
re
aucun appétit, grognon, insomnique, crie dès qu'on veut la toucher.
Les quatre doigts intacts de la main droite et tous ses doigts de la main gauche augmentent de volume et prennent une teinte cyanique. La peau se fissure à ce niveau entre les deux premièéres phalanges du médius droit. Craignant une mutilation de ces doigts, le D' M... nous amène l’enfant.
Nous la trouvons abattue, triste, maussade, couchée sur le dos, ses membres inférieurs fortement relevés, elle gratte sans arrêt ses pieds qui affleurent au visage. De temps en temps, elle pousse des cris et des gémissements.
Ses mains et ses pieds rouges attirent notre attention; lérythème est symétrique, de teinte uniforme, il est surtout net aux faces plantaire et palmaire, il cesse insensiblement à la cheville et au poignet, d’un rouge vif, tirant sur le violet.
Des lésions analogues sur le nez et les joues.
Peau lisse, tendue, comme dans les engelures.
L'index droit est amputé de sa dernière phalange et une fissure siège entre les deux dernières phalanges du médius droit du même côté.
Sueurs froides.
Entre les espaces interdigitaux, zones de macération avec effraction des téguments.
L'enfant n’a pas quitté son lit depuis le début de la maladie, elle ne peut demeurer assise, hypotonie musculaire,
Réflexes tendineux plus faibles que normalement.
Pas de signe de Babinski.
Pouls 120. Tension artérielle 16-12. Température 37°5.
Le traitement suivant est ainsi institué :
1° désinfection du nez et des oreilles avec de l’huile goménolée ;
2° deux grammes de chlorure de calcium pro die et per os;
3° badigeonnage des pieds et des mains avec une solution contenant du cristal violet et du bleu de méthylène;
4° une piqûre sous-cutanée quotidienne d’acécholine solulion (5 Cg.);
5° injection tous les deux jours d’hectine A AyÆcet7/2xec; 1 'ce:,-etc:.).
Les résultats sont bons; au début l’enfant arrache ses pansements, puis elle devient plus calme.
Au bout de quelques jours, l’enfant peut se tenir seule dans son lit.
Les plaies de ses doigts se cicatrisent et la coloration rouge violet des extrémités devient moins intense.
L’appétit, le sommeil reviennent, el l'enfant quitte la salle, améliorée et apyrétique, le 5 mai.
Elle a reçu pendant son séjour à l’hôpital 40 injections d’hectine et 19 d’acécholine.
Si nous ajoutons à ces faits ceux auxquels font allusion, dans la récente enquête de la Vie Médicale, les Docteurs BLECHMANN, NOBÉCOURT, ROCAZ, TERRIEN, etc…., nous pouvons conclure que lacétylcholine est un des rares médicaments dont lPaction soit réelle dans lacrodynie. Bornons-nous, en terminant cet exposé des faits, à citer celui auquel, au Congrès de Pédiatrie de 1938, a fait allusion le Professeur be Toni. Il signale que, dans un cas d’acrodynie à évolution maligne, il a obtenu un résultat {out à fait remarquable par des injections à hautes doses. C’est le seul cas d’acrodynie maligne qu'il ait observé et la guérison lui apparut être le fait dé lemploi de l’acétylcholine.
Enfin, le Docteur GourNay, chef de laboratoire du Professeur LEREBOULLET et médecin de lhôpital de Montfermeil, a, lui aussi, trois observations complètes avec guérison durable par lacétylcholine.
Il semble bien que, de l’ensemble des faits que j'ai
# pu ainsi rassembler, se dégage une conclusion positive, sans doute, comme le dit M. LEREBOULLET, la médication reste une médication symptomatique. La vasodilatation artériolaire qu’elle provoque explique son action dans