‹ L'Acide Borique et le Borate de Soude Action Physio-Pathologique - Utilisation Comme Antiseptique AlimentaireChapitre 32 sur 45 · À. — L’ACIDE BORIQUE ET LE BORATE DE SOUDE SONT-ILS TOXIQUES · texte numérisé non relu

À. — L’ACIDE BORIQUE ET LE BORATE DE SOUDE SONT-ILS TOXIQUES

Définir le mot toxique, n’est pas chose aisée. Si l’on: reprend la formule de Claude Bernard, la plupart des antiseptiques sont des poisons, puisqu'il appelle poison, toute substance qui en raison de sa composition chimique ou physique, ne saurait pénétrer dans l'organisme et y séjourner sans causer de désordres (Brouardel) (17).

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Selon Fabre (33), «on a beaucoup trop tendance à considérer comme toxique une substance susceptible de provoquer des accidents d’une gravité manifeste peu de temps après son emploi ».

Ces définitions admises, on peut dire que ces deux corps sont toxiques. Pour Barthe (4), les intoxications ne sont pas douteuses, même à la suite d'absorption de petites quantités, lorsque l’élimination est gênée.

Evidemment, même si leur usage se généralisait dans l’industrie alimentaire, 1es doses ingérées seraient, pour nombre d’organismes, insuffisantes pour produire des troubles immédiats, mais nous avons vu que de petites

. doses, fréquemment répétées, pouvaient entraîner des accidents, que l’on a rattachés soit à l’idiosyncrasie, soit à l'intolérance. On ne peut que reprendre une comparaison de Brouardel (17), un verre d’alcool n’a aucune action toxique, cependant la répétition quotidienne de petites quantités amène l’intoxication éthylique. Les signes de l’éthylisme ne se rencontrent pas seulement que chez les buveurs invétérés, encore chez des personnes, peut-être prédisposées, mais qui ne consomment cependant que des

quantités d’alcool relativement modérées.

L'usage médical de l’acide borique et du borate de soude, sans être aussi général qu'autrefois, est toutefois relativement fréquent, et cependant, les accidents qu'ils déterminent sont rares. Puisqu’il en est ainsi dira-t-on, pourquoi ne pas autoriser leur emploi dans l’alimentation ? Ils sont ordonnés aux malades, a fortiori, les gens en bonne santé peuvent en absorber sans danger pour leur organisme.

A cette manière de voir, on peut objecter que les malades sont sous la surveillance étroite du médecin et que, par conséquent celui-ci peut arrêter l’usage du médicament en cas d’intolérance. En outre, la médication n'est que temporaire. Au contraire, si ces produits entraient dans l'alimentation quotidienne, c’est devant une absorption

permanente que l’on se trouverait. Que les organismes soient forts ou débiles, il n’en devraient pas moins ingérer le conservateur : les enfants, les vieillards, les rénaux, malgré leur susceptibilité respective seraient néanmoins contraints d’en absorber.

Si vraiment, dit-on encore, l’acide borique est toxique quand is est utilisé en petites quantités, pourquoi ne citet-on pas des cas d’intolérance dus à l’ingestion d’aliments boratés ? ;

Et d’abord, il est toujours très difficile de faire le diagnostic des maladies d’origine alimentaire. « Combien de temps n’a-t-il pas fallu, on pourrait presque compter par siècles, pour découvrir la nature de la colique du Poitou et de Normandie, de l’ergotisme, du lathyrisme, de la pellagre, de la trichinose et de la plupart des maladies dues à l'alimentation » (Vallin}) (106). Une preuve en est encore fournie par une intoxication massive constatée en Angleterre en 1900, dont l’origine restée quelques temps méconnue était due à l’ingestion de bières contenant de l’arsenic. Et cependant la toxicité de l’arsenic est tellement grande, ses symptômes si classiques qu'ils ne peuvent passer complètement inaperçus. Mais que penser de ces produits chimiques tels que l’acide salicylique, l'acide borique, dont les effets physiologiques sont moins bruyants et que l’on cherche par tous les moyens à faire pénétrer dans la consommation journalière (Bordas) (11). Si lon ajoute que l’acide borique détermine en général des accidents cutanés polymorphes, on doit reconnaître que devant une dermatose par exemple, on ne pensera qu’exceptionnellement à incriminer l’ingestion prolongée d’un aliment boraté et l’on ne songera pas à rechercher le bore dans les urines.

Outre ces accidents cutanés, d’autres inconvénients ne pourront-ils pas être reconnus dans l'avenir ? Des corps en apparence inoffensifs peuvent se montrer nocifs. Selon Martel (62), Rost en 1929, en Allemagne, constate que des

rats blancs qui, chaque jour, reçoivent de très faibles doses de sels de potassium, peuvent présenter après plusieurs générations des accidents circulatoires graves (thrombose, gangrène des extrémités). Il a surtout incriminé le nitrate de potassium, corps rentrant dans la composition des saumures.

Les principaux colorants utilisés dans l'alimentation sont pour la plupart dérivés du goudron de houille et, il y a quelques années encore, les hygiénistes n’ont vu aucun inconvénient à cet usage. On les emploie pour colorer le beurre, la margarine, certains fromages, les pâtes alimentaires, des enveloppes de saucisses et saucissons, dans la pâtisserie et la confiserie. Or, il est maintenant établi que beaucoup d’entre eux ont des propriétés cancérigènes très connues, ou sont très suspects, en raison de leur structure chimique. C’est ainsi que le jaune de beurre (diméthylamino-azo-benzène), donne au laboratoire 100 p. 100 de cancers digestifs chez le rat. Les doses ingérées dans l’alimentation courante sont évidemment très inférieures à celles utilisées expérimentalement pour provoquer le cancer, mais il n’est pas démontré que l’action cancérigène dépende étroitement des doses employées. C’est pourquoi, le Congrès de Cancérologie de Liège tenu en 1939, a émis le vœu que soit réglementée plus sévèrement l’utilisation des colorants dans l’alimentation, la parfumerie et en thérapeutique (Roussy) (93).

Le mélange d’acide borique et de borate de soude ajouté au beurre, même dans les proportions tolérées n’est pas sans provoquer des modifications physico-chimiques de ce produit. En modifiant le pH habituel du beurre i diminue son aptitude au «roussissement » celle-ci disparaît même complètement quand la dose du mélange dépasse 3 p. 1000 (Fouassier) (37). C’est ainsi qu'une des propriétés du beurre, partois recherchée, disparaît par le boratage.

Que dire des vitamines ? Jusqu'ici il n’est pas démontré

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que ces corps aient une action quelconque sur les vitamines. Mais que réservent les recherches futures ? D’après Delavelle (29), Madame Randoin écrit qu’il se peut que l’acide borique n’ait pas une très forte action destructrice sur la vitamine À, mais qu'elle ne saurait l’affirmer, de son côté Merck n'exclut pas la possibilité d’une altération biologique, sinon d’une destruction.

Les cliniciens ont reconnu depuis longtemps que les produits manipulés de charcuterie, les salaisons, les produits fumés, etc. étaient mal tolérés par certains organismes, notamment par les hépatiques. À quoi tient ce fait ? Le chlorure de sodium, corps pourtant indipensable à la vie, modifie-t-il la composition du tissu musculaire au point de provoquer des troubles digestifs ?

Cette simple remarque montre une fois de plus combien l’on doit être prudent avant d’affirmer l’innocuité des conservateurs alimentaires, même les plus anodins en apparence. Il nous semble donc qu'il est impossible de n’attribuer à l’acide borique et au borate de soude aucune action toxique et de laisser toute liberté à leur introduction dans l'alimentation. On a limité à 5 p. 1000 la quantité d’acide borique additionnée au beurre ; si l’on admet, pour des temps normaux à 40 g. la consommation quotidienne du beurre, on obtient une ingestion journalière de 0 g. 20 d’acide borique. Peut-on affirmer que cette quantité, absorbée journellement n’a aucun effet nuisible sur le consommateur même normal et à plus forte raison chez les enfants, les vieillards et les débiles ? I] n’est pas possible de fixer une dose toxique maximum car elle dépend avant toute chose de la susceptibilité de chacun. En outre, si ce produit est admis pour le beurre, pourquoi ne pas le tolérer dans la conservation de la viande, dans la préparation des poissons salés et des différentes salaisons ? Dans ce cas, ii n’est pas possible de faire le total quotidien qui pourrait être absorbé par une même personne.

Un argument présenté par les partisans des antiseptiques alimentaires est le suivant : « la dose introduite rend-elle le produit dangereux pour le consommateur ? » Ce qu'il faut considérer c’est la consommation permanente et continue de produits étrangers à l'organisme, la répétition constante des ingestions. Harrington (42) a calculé que l'addition du borax et de l’acide borique au lait, à la crème, aux salaisons et produits de charcuterie divers permettait en 1904, à un Américain du Nord, l’ingestion quotidienne de 7 g. d'acide borique ou de borax.

Il peut sembler à priori, que lors du dessalage pratiqué sur les salaisons boriquées, ces corps sont éliminés. Il n’en est rien. D’après ce même auteur, Heinze lave pendant douze heures une pièce de viande contenant 1, 16 p. 100 d'acide borique, à l’issue de ce lavage la quantité retrouvée

est encore de 0,93 p. 100 ; Beythien et Hempel, après lavage à l’eau courante, pendant douze heures, d’un morceau de . viande contenant 1, 12 p. 100 d’acide borique en décèlent

encore 0, 69 p. 100.

© Du point de vue strictement médical, il apparaît que l'usage d’aliments conservés par l’acide borique et le borate de soude peut entraîner des troubles pour la santé de l'individu et qu'il est à décons-iller formellement. L'emploi d’agents chimiques conservateurs a été nous l'avons vu condamné par les Sociétés Savantes, ainsi que par de nombreux congrès dont le Congrès de Médecine de Paris 1900 et le Congrès d Hygiène de Paris, 1900 (20) (21).

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