C.— CETTE ADDITION CONSTITUE-T-ELLE UNE TROMPERIE
À n’en pas douter. La denrée alimentaire n’est pas présentée dans son état naturel, et l’on est en droit de penser que si le fabricant a introduit un antiseptique à l’insu de l'acheteur, c’est pour déguiser l’infériorité de la qualité de sa marchandise. Elle n’est donc pas dans son état normal et a subi une modification qui lui enlève une partie de sa valeur marchande, les commerçants le savent bien, puisqu'ils s’abstiennent d'indiquer à leur clientèle que leur produit, le beurre par exemple, a été conservé grâce à un antiseptique. Si l'acheteur était prévenu de la présence de ces corps, il est bien évident que son choix se porterait sur des produits purs ou qu’il en demanderait un moindre prix. Les beurres boratés ne présentent aucun goût spécial et c’est la raison pour laquelle la confusion est possible.
L’addition du chlorure de sodium au beurre doit être indiquée à l’acheteur, pourquoi celle de l’acide borique et du borate de soude ne le serait-elle pas ?
On a donc pensé obliger l'industriel à indiquer sur l’étiquette la nature et le pourcentage de l’antiseptique utilisé, mais ce n’est qu’un pis-aller. Ces marchandises pourront être acquises par les restaurants et les consommateurs n’en seront pas avertis. D’autre part, certaines personnes ne voyant que l'intérêt pécuniaire, n’attacheront aucune importance à l’avis donné.
E. Grasset 5