‹ L'Acné décalvanteChapitre 5 sur 11 · DÉFINITION. — HISTORIQUE · texte numérisé non relu

DÉFINITION. — HISTORIQUE

L’acné décalvante est une maladie du cuir chevelu caractérisée par le développerhent, simultané ou successif, d'éléments acnéiques groupés ou dissiminés ou même isolés, évoluant selon le mode de l'acné dit pilaire, mâis présentant cette particularité de produire des plaques d’alopécie, plus ou moins larges dans une première période, et s'agrandissant progressivement.

Il est à remarquer que l’alopécie une fois établie, poursuit sa marche sans présenter nécessairement une succession d'éléments acnéiques en rapport avec la chute des cheveux. Les malades constatent alors souvent l'apparition de boutonsisolés se succédant souvent à de longs intervalles, mais certains points qui en sont indemnes se dénudent aussi. |

L’acné décalvante est rarement observée, ses signes objectifs, difficiles à bien distinguer, ont été jusqu’à ce jour attribués à d'autres dermatoses plus communes ; aussi n'est-il pas étonnant qu’elle n’ait point été décrite. Bien plus, nous avons parcouru dans les ouvrages spéclaux français, anglais et allemands, que possède la faculté de médecine, les chapitres ou articles de journaux pouvant se rapporter de près ou de loin à notre sujet, nous avons recherché dans les divers articles « Alo-

HT Let

pécie », « Pelade », « Acné », « Favus », si des cas d’acné décalvante n’y auraient pas été confondus, et, malgré les recherches les plus minutieuses, nous ne pourrions affirmer qu'une seule observation en ait été prise.

Jusqu'à Willan et Bateman, les descriptions des dermatologistes sont assez vagues, il est donc impossible de démêler si la maladie qui nous occupe a été observée. Bateman dans son article « Porrigo decalvans » (1) s’exprime en ces termes : « Il peut exister, quoique le fait ne soit point prouvé, une éruption de petites pustules autour des racines des cheveux. Ces pustules ne subsistent que peu de temps, elles se manifestent dès le commencement et ne donnent issue à aucun fluide ». Nous ne saurions dire au juste ce que Bateman a voulu entendre par cette restriction : « quoique le fait ne soit pas prouvé ». Fait-il allusion à l'opinion d’autres auteurs qu’il ne cite pas, ou bien à des cas observés par lui, mais qu’il n’est pas sûr de pouvoir rattacher légitimement à la pelade, ou bien encore exprime-t-il sous cette forme dubitative, les allégations de certains de ses malades ? C’est ce que nous ne saurions décider. Quoi qu’il en soit, il nous paraît vraisemblable que cet auteur a observé quelques cas, peu nombreux, d’alopécies présentant des analogies avec celle de la pelade, mais précédées de pustules dans une première période. Ces alopécies pourraient bien être des cas d’acné décalvante que Bateman a fait entrer dans le cadre dela pelade en en faisant une variété rare et même douteuse.

(1) BATEMAN. « Traité pratique des maladies de là peau, traduit par Guillaume BERTRAND. Montpellier, 1820, article « Porrigo decalvans », « pelade », p. 22.

DAtR. 2

Dans le cours de notre travail on trouvera la description de ces papules sèches ou pustuleuses du début, disparaissant souvent à la seconde période.

Rayer relate dans son traité l'observation dont nous avons extrait le passage suivant : «... sur le cuir chevelu ces lamelles sont plus petites, he comme furfuracées à la partie supérieure et postérieure de la tête. Les cheveux sont tombés à la lpartie latérale gauche du sinciput, dans une étendue égale à celle de la paume de la main. Enfin, sur aucun des points de la face et du cuir chevelu, on ne distingue de pustules, papules ou vésicules » (1). Il est possible que la malade de Rayer ait été ohservée à la deuxième période de l'acné décalvante, période pendant laquelle les pustules font très . souvent défaut. Nous ne saurions toutefois l’affirmer.

Baudelocque écrit dans la Revue médicale française et étrangère : « J'ai souvent vu les pustules dont parle M. Rayer, mais dans aucun cas je n'ai observé le favus consécutivement à leur rupture. Je crois que les pustules appartiennent à une maladie autre que la teigne faveuse : quelquefois elles la compliquent, on en trouve un plus ou moins grand nombre au voisinage des croûtes, mais je ne les ai jamais vues se recouvrir de favus » (2). Ces réflexions de Baudelocque prouvent qu'il avait observé des alopécies consécutives à des éléments pustuleux et distinctes du favus. Quelles étaient ces alopécies ? Il ne

(1) RayER. Traité des maladies de la peau. Paris, 1835, vol. III, p. 705.

(2) BAUDELOCQUE. Sur la teigne faveuse, in Revue médic. franc. et étrangère. Paris, 1831, 1er vol., 27-49.

DUT NE les nomme pas, probablement parce que les cas soumis à son observation étaient trop rares et n'avaient pas suffisamment attiré son attention.

Cazenave est d'avis que: « si le favus a cessé depuis longtemps, on peut être embarrassé devant ces cicatrices qui entourent une éruption dont les caractères ne sont pas ceux du favus, et cela d'autant mieux qu’on ne peut compter sur les renseignements du malade : développement de quelques pustules, ete... » (1). Il suffisait donc à Cazenave, et à beaucoup de ses contemporains d’ailleurs, de trouver dans les antécédents d’un malade l'existence de quelques pustules dans le cuir chevelu, pour porter le diagnostie rétrospectif de favus. Les alopécies consécutives à l'acné décalvante devaient donc souvent être attribuées au favus.

Hébra paraît avoir eu la notion de l'acné décalvante : « cest ainsi, écrit cet auteur, que dans la description des dilatations folliculaires qui constituent le sycosis et l'acné, nous avons déjà apprécié le phénomène de la perte des cheveux, que l’on observe dans ces deux maladies... Les cheveux tombent de follicules isolés ou de petits groupes de follicules, dans l'acné, le sycosis, la variole, les syphilides papulo-pustuleuses » (?).

Enfin, c'est dans la thèse de Courrèges, faite dans le service de notre excellent maître M. Lailler qu'il est fait mention pour la première fois d'une façon positive de l'acné décalvante. Au chapitre « Diagnostic » Courrèges

(1) CAZENAVE. Maladies du cuir chevelu. Paris, 1850. (2) Hégra. Traité des maladies de la peau. Paris, 1874, vol. IT, p.319.

ER ee

écrit : « L'acné pilaris produit quelquefois sur le cuir chevelu et sur d’autres régions velues, une dénudation par plaques qui pourraitêtre prise pour de la pelade achromateuse déprimée ; mais, dans cette variété, la dénudation a été précédée de groupes pustuleux, elle est consécutive, tandis qu’elle est primitive dans la pelade » (1). Courrèges avait appris, dans le service de M. Lailler, à reconnaître l'acné décalvante.

Depuis que M. Lailler à la suite d'observations répétées, a eu la conception nette de cette affection, une quinzaine de cas à peine lui ont été soumis. Ces malades n'ayant fréquenté que la consultation externe, leurs observations n’ont pas été prises ; aussi, ne pourronsnousreproduire que les deux que nous avons prises nousmême dans le service, pendant notre année d’externat. Depuis cette époque, M. Quinquaud à communiqué à la Société médicale des hôpitaux, un cas d’alopécie assez voisin de l’affection qui nous occupe ; de plus, au cours d'une communication à la réunion clinique hebdomadaire de l'hôpital St-Louis, cet auteur a fait mention de cas paraissant analogues à ceux que nous avons observés (?).

Plus récemment encore, M. Besnier a communiqué à la réunion clinique de l'hôpital St-Louis une observation absolument comparable aux nôtres. M. Besnier donne provisoirement à cette maladie, le nom d”’ « alopécie cicatricielleinnominée » ;ilenadéjaobservé plusieurs cas (3).

(1) CourRÈGES. Thèse de Paris, 1874.

(2) QuiNQUAUD. Réunion clinique du 13 décembre 1888. Ann. de dermatologie, 1889, no 2.

(3) BESNIER. Réunion clinique du 20 décembre 1888. Ann. de dermaltologie, 1889, no 2.

RQ D PER

Étiologie.

Dans nos deux observations, rien de bien net au point de vue étiologique. Le père de notre première malade avait des douleurs vagues de rhumatisme. Le père de la seconde était sujet à l’acné, la mère avait été atteinte de rhumatisme. En somme, l'affection n’est pas plus nettement héréditaire que l'acné vulgaire, mais paraît surtout atteindre les enfants de rhumatisants. Toutefois, sur 16 malades environ, observés par M. Laiïller, il n’y avait qu'un seul homme. Les deux observations quenous avons prises nous-même sont celles de deux femmes; une sœur de notre première malade aurait été atteinte de la même affection. Nous sommes donc autorisés à penser que le sexe féminin est particulièrement exposé à cette dermatose. Nos deux malades ont été atteintes en bas âge (de 5 à 7 ans); toutes les deux ont des antécédents de scrofule dans la première enfance, et de l'acné sur le corps.

Description clinique.

Dans la forme la plus nette, quand le début de la maladie n’est pas masqué par de la gourme, il se développe d'abord sur le cuir chevelu, des éléments acnéiques avec leurs caractères habituels ; ils sont confluents ou disséminés, siègent les uns près du front, les autres der- rière les oreilles, d’autres enfin, et ce sont les plus nombreux, sur le sommet de la tête, aux environs du tourbillon. Chaque élément a une durée d’une quinzaine de jours environ, d’abord rouge et acuminé, 1l devient pustuleux ou s’affaisse peu à peu et se recouvre d’une pellicule que traversent un ou plusieurs cheveux. Quelquesuns de ces éléments sont surmontés d’une croûte jaunâtre découvrant, lorsqu'on l’enlève avec l’ongle, une petite exulcération recouverte de pus. En même temps, on peut observer des éléments acnéiques sur une autre région; sur le dos entre les deux omoplates, par exemple. Chez une de nos malades, cette éruption, contemporaine du début de l'affection du cuir chevelu, a laissé des cicatrices encore très visibles quatre ans et demi après.

Les éléments du‘cuir ehevelu ne diffèrent en somme pas essentiellement de l'acné pilaris classique observé et décrit par un grand nombre d'auteurs ; cependant l’éruption est en général, plus confluente et surtout plus en groupes.

L'évolution successive et à peu près continue de ces

éléments acnéiques, fort nets au premier stade de la maladie, dure plus ou moins longtemps; trois ou quatre mois par exemple, comme dans notre deuxième observation. Mais, dans une deuxième période, cen est qu'exceptionnellement qu'on peut observer l'acné proprement dite; elle n'apparaît que d’une façon intermittente, fugâce, et souvent fait défaut. Et néanmoins les cheveux n'en continuent pas moins à tomber en plus ou moins grande abondance; d’abord clairsemés sur certains points, ils découvrent bientôt de véritables plaques d'’alopécie. Sur ces plaques en voie d'évolution, on ne constate souvent autre chose qu'une desquamation épidermique plus ou moins ‘abondante ;la peau y est souvent plus rouge, dans quelques cas des démangeaisons assez vives provoquent du grattage et de petites exulcérations consécutives à la destruction d'éléments acnéiques. Ces diverses plaques d’alopécie, qu’elles se soient développées au niveau des groupes acnéiques ou en dehors d'eux, s'élargissent ensuite progressivement.

Dans d’autres cas, le début de la maladie est moins net et pour ainsi dire insaisissable, les premiers éléments étant masqués par la présence de la gourme, habituelle dans les antécédents de ces malades. Alors, au moment où, les croûtes commençant à disparaitre, le cuir chevelu tend à reprendre son aspect normal, on découvre sur le sommet de la tête en général (comme chez notre première malade), en avant du tourbillon, une plaque plus ou moins large (du diamètre d’une pièce de 5 francs en

-argent chez notre malade), sur laquelle les cheveux manquent complètement.

ae {0 nb.

Quel qu’ait été le mode de début, la plaque d'alopécie constituée est ce qu’on pourrait appeler la période d'état de la maladie; c'est alors que les malades viennent à l'hôpital. La principale plaque d’alopécie est plus ou moins étendue, siège en général sur le sommet de la tête; ses bords sont déchiquetés par des angles rentrants, là ou des cheveux ont encore résisté. La peau y est blanche, luisante, plus rarement mate et pigmentée, très lisse au toucher, atrophiée. Les orifices des follicules pileux ne sont plus visibles et souvent remplacés par de petites cicatrices blanchâtres. La peau peut être très finement chagrinée par de nombreuses élevures plus petites que des têtes d’épingles: au sommet de quelques-unes d’entre elles, siège une petite dépression punctiforme, dernier vestige de l’orifice d'un follicule pileux détruit.

Indépendamment de cette plaque principale, les autres parties du cuir chevelu ne sont pas indemnes. Les cheveux sont en général clairsemés, mais, même quand ils sont abondants, on trouve, disséminées sans ordre, des plaques plus petites sur lesquelles les cheveux manquent au centre et sont clairsemés à la périphérie. La région occipitale porte toujours une ou deux de ces petites plaques. Souvent, au dire des malades, elles ont commencé par un bouton qui a disparu au bout d’une quinzaine de jours; mais ce bouton d’acné du début n’est pas constant.

Autour des plaques les plus récentes et paraissant en voie d'évolution plus active, on peut arracher assez facilement un certain nombre de cheveux ; mais il y a loinde là à la facilité avec laquelle on les arrache par poignées, dans la pelade en voie de progression.

Page 1