SONT ET
Dur le reste de la tête, on remarque çà et là, sur la région temporale et la limite du front par exemple, un enduit sébacé assez épais, adhérent, sous la forme de petits points noirs que l’on détache avec l’ongle. Certains follicules sont agrandis à leur embouchure , mais la véritable séborrhée généralisée du cuir chevelu n'existait pas chez nos malades. Le pityriasis est habituel et beaucoup de cheveux sont entourés à leur base d’une squame en bobèche.
À aucune période on ne découvre, sur les plaques d'alopécie ou sur leurs limites, ce fin duvet si particulier à la période de réparation de la pelade. Les parties dénudées le sont d’une façon définitive.
« Les cheveux ne présentent pas de caractères vraiment spéciaux; à l'examen direct ils n’ont aucune lésion autre que les lésions irritatives communes : perte d’adhérence, gaine vitreuse, ou des lésions athrepsiques : racine effilée en pointe ou coudée ; au niveau des points en état irritatif, beaucoup de cheveux cadavérisés, simplement implantés comme des corps étrangers. À l’examen histologique, pratiqué par M. Jacquet : racine légèrement dépigmentée ; quelques cheveux ont des renflements moniliformes ; aucun n’est fracturé dans sa continuité ni dans son extrémité libre. Nuls microphytes autres que les banals » (1). Les examens que nous avons faits nous-même ont donné des résultats négatifs.
® Toutefois, M. Quinquaud a trouvé, dans une forme de folliculite très voisine de l'acné décalvante, un micro-
(1) BESNIER. Loc. cit.
LPS SE
coque disposé en chainettes (1). Mais, comme nous aurons l’occasion de le dire au chapitre « Diagnostic », la maladie décrite par M. Quinquaud diffère par plusieurs caractères importants de l'acné décalvante.
Sur le reste du corps, des éléments acnéiques plus ou moins nombreux occupent les régions habituelles.
Quand le cuir chevelu est le siège de démangeaisons, elles sont plus marquées en été ; dans cette saison d'ailleurs les éléments éruptifs se montrent plus nombreux.
Enfin, chez nos deux malades, il y a eu de là phthiriase rebelle dans la jeunesse ; le fait n'a, pensons-nous, pas d'importance.
Marche.
La marche de l'acné décalvante est lente et progressive. L'élément acnéique en marque le début, puis l’alopécie survient et s’étend, par l'accroissement des plaques déjà existantes ou la production de nouvelles plaques. Ces dernières sont précédées ou non de boutons d’acné.
La durée de cette évolution est très longue et pour ainsi dire illimitée, si nous nous en rapportons à nos observations. La maladie débute vers la fin de la première enfance et poursuit sa marche d’une façon lente mais constante, s'élendant peu à peu mais ne rétrocédant jamais. Les cheveux ne repoussent plus sur les parties dénudées, à peine peut-on espérer l’état stationnaire. Chez l’une de nos malades, âgée de 27 ans, l’alopécie avait été décou-
(1) QuiNQuAUD. Loc. cit.
ne M ee
verte par sa mère 10 ans auparavant; c'était alors une plaque du diamètre d’une pièce de 5 francs en argent ; actuellement, elle est grande comme la paume de la main. Chez cette malade, les boutons se montrent en plus grande abondance pendant l'été. En somme, nous ne saurlons assigner de durée précise à cette affection, ne l'ayant jamais vue s'arrêter dans sa marche. Nos deux malades ont prétendu que, sous l'influence d'un traitement de trois mois par des lavages à l’eau de Panama et l'application d’une solution excitante, la chute des cheveuxavait cessé ; mais nous n'avons pu les observer assez longtemps pour en avoirla conviction. Nous ne connaissons pas non plus de cas d’alopécie totale du cuirchevelu. |
Diagnostic.
L’acné décalvante, sans doute à cause de sa rareté, n’a pas encore sa place dans le cadre nosologique.
Les cas observés sont confondus avec diverses maladies du cuir chevelu ; aussi nous sommes-nous attaché à distinguer ses caractères de ceux des autres alopécies. C’est là le principal intérêt de notre travail.
Keigne tondante. — Chez une de nos malades, le diagnostic « teigne tondante » avait été porté, mais il est à peine besoin de signaler la possibilité de cette erreur. Rien de commun entreles deux affections, même au début. Dans quelques cas cependant, après l'évolution de nombreux éléments acnéiques, 1l peut rester unétat squa-
meux assez marqué du cuir chevelu; mais les squames régulières, épaisses, d'un blanc mat, imbriquées et sans papules sous-jacentes de la tondante, non modifiée par le traitement, sont trop caractéristiques pour quelesdeux états puissent être confondus.
Sous l'influence d'applications irritantes, il peut se développer chez les teigneux des pustules en grand nombre ; mais, dans ce casencore, ladistinction est facile. Les pustules de la dermite sont plus petites, bien moins dures que celles de l'acné, la suppuration y est très hâtive. L'évolution est aussi tout autre ; dans une éruption acnéique, chaque élément se développe pour ainsi dire isolément, dans la dermite il se fait une poussée d’ensemble qui marche plus rapidement. à
S'il restait encore des doutes, l'examen microscopique des cheveux et des squames éclairerait.
Toutefois, longtemps après la guérison de certaines tondantes exceptionnelles, ayant déterminé une alopécie circonscrite définitive, il sera difficile de se prononcer. Dans les deux cas le cuir chevelu est à nu, sans orifices folliculaires, parsemé de petites cicatrices blanchâtres, les cheveux qui entourent la plaque n’ont plus de caractères spécifiques. Est-on en présence d’une alopécie suite de tondante guérie, ou d'une acné décalvante stationnaire ? On n'aura que la ressource des commémoraüfs, et parmi ces derniers, celui du traitement de la tondante par les substances irritantes, en particulier par l'huile de croton tiglium. |
Pelade. — La pelade, comme l'acné décalvante, dé-
nude le cuir chevelu par larges plaques, dans sa forme
commune ; mais l’évolution et les caractères objectifs
sont tout différents.
Dans la pelade, marche rapide, en quelque sorte aiguë ou subaiguë, divisée en 3 périodes:
1° Chute abondante de cheveux disséminée ou par plaques. Souvent chute concomitante de poils dans une autre partie du corps.
2° Apparition de plaques d’alopécie s’agrandissant peu à peu.
3° Dans un dernier stade, pas absolument constant, réapparition des cheveux sur les parties dénudées.
Or, l’évolution est bien plus lente dans l'acné décalvante et la 3° période fait défaut.
D'ailleurs, par l'examen des signes objectifs, on est bien vite fixé. Au début de la pelade, on n’observe pas le moindre élément éruptif, pas la moindre sécrétion, quelquefois même pas de démangeaisons. Les plaques d’alopécie sont remarquablement lisses, luisantes, pâles. ou légèrement rosées, circulaires, entourées de cheveux cédant à la moindre traction (à leur période de développement ou d'état). Les plaques de l’acné décalvante sont plutôt blanc mat, couvertes quelquefois de squames, de croûtes desséchées, de papules ou de pustules, jusqu’au mornént où les cicatrices seront définitivement organisées, les follicules et les glandes étant détruits ; alors la peau peut être lisse. Les cheveux résistent davantage
. à la traction.
Enfin, le 3° stade de la pelade est encore bien plus caractéristique ; le fin duvet des cheveux naïssants lui est
EN fa
tout à fait particulier, et doit, quand on l’observe, trancher la question. Rien de semblable dans l'acné, dont les plaques dénudées le sont irrévocablement.
Favus. — Le favus peut présenter des difficultés de diagnostic plus explicables. Il est probable que la confusion se fait souvent.
Les auteurs anciens, qui n'avaient pas de la naturé de la teigne faveuse une idée bien nette, ne séparaient pas les deux affections. Willan et Bateman eux-mêmes, professent que la pustule se trouve au début de toutes les espèces de « porrigo ». [Is prenaient donc souvent le godet naissant pour la pustule, et réciproquement.
Hardy fait remarquer avec raison que, siles pustules peuvent se montrer, comme phénomène surajoutéet concomitant, au début du favus, le godet seul en est l'élément spécifique (1). -
Il ya donc lieu de distinguer les pustules de l'acné décalvante du godet de favus naissant. Déjà, à la simple inspection, la rougeur circinée, régulière, des plaques érythémateuses du début du favus, seront distinguées de larougeur diffuse, entourant dans quelques cas une ou plusieurs pustules d’acné récente. Bientôt les éléments se caractérisent. Dans l'acné, c’est une papule rouge, indurée, portant, à son degréle plusavancé, un point aune à son sommet, indice de sa transformation en pustule ; un, pus Jaune, plus ou moins épais, s’en échappe lorsqu'on. pique la pellicule qui l’emprisonnaiït. Dans le favus, si
(1) HarDy. Article Favus. Dict. de méd. et de chirur. prat, ti XIV. | |