‹ L'acrobate: comédie en un acte, en proseChapitre 10 sur 21 · SCÈNE IV. M · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. M

pas si je me trompe, mais il me semble que les hommes sans imagination... doivent être plus facilement braves que d'autres.

GASTON

Il y a toujours du mérite à êlre brave, avec ou sans imagination... Mon Dieu, ma chère cousine ! tant de qualités, unies à une belle fortune, expliquent votre choix à merveille. Mais ayez donc la bonté de me dire comment ce mariage s*est fait? Quand j'eus le chagrin de m'éloigner de vous pour suivre ma carrière, il n'était question de rien... vous ne connaissiez pas même M. de Solis... et un an à peine après mon départ, voilà celte nouvelle qui me tombe comme la foudre!

J.EANNE, riant avec effort.

Oh ! comme la foudre! (EUe se lève, s'approche du feu et se chauffe les pieds.)

GASTON, Tirtment.

Ahl permettez!

JEANNE, riant.

Non, non, je vous en prie... Mon Dieu, voici tout bonnement ce^ui s'est passé. M. de Solis avait voyagé quelque temps, après avoir quitté le service. II ne faisait que de s'insialler à Paris à l'époque de votre départ... Il plut à ma mère... elle l'agréa de suite.,. Moi, j'y mis un peu plus d'hésitation... j'attendis; je demandai du temps ; mais enfin... enfin, me trouvant suffisamment édifiée, je n'hésitai plus.

GASTON, debout, d'un ton tr&s-sérièux.

Dois-je vous jurer, ma cousine, que la première nouvelle de ce mariage m'est arrivée la veille du jour où il allait s'accomplir?

JEANNE, Ironiquement.

C'est trè.-vraisemblable. Mais je ne vous le demande pas, et je vous serai obligée de ne pas insister.

GASTON, arec vivacité.

Ah!- pardon !... que je ne me permette pas de reproches, c'est tout simple... mais que j^en reçoive, vraiment c'est un f»ju durl... Oh! je sais parfaitement qu'au moment où j'ai

quitté Paris, il n'y avait entre nous aucune promesse, aucun engagement formel... mais enfin, vous connaissiez mes sentiments... je croyais connaître les vôtres... Qu'allais-je faire à Florence? J'allais y faire un stage exigé par ma famille, qui est la vôtre... J'allais conquérir une situation qui m'autorisât à avouer mes espérances, à réclamer un jour le prix d'une affection... unique dans ma jeunesse... unique dans ma viel.

JEANNE

Vous oubliez vite nos conventions, Gaston, (Enepnsse à gauche,

et va 8!«s8eoir sur l'autre cannpé.)

GASTON

Nos conventions!... je ne les oublie pas... mais si elles m'engagent pour le présent et pour l'avenir, elles ne sauraient me forcer pourtant à renier, à calomnier mon passé!... Pouvezvous imaginer qu'en apprenant ce fatal mariage, j'aie pu, ce jour même, à cette heure môme, étouffer brusquement les sentiments dont mon cœur était rempli, dont mon existence était faite depuis tant d'années... les réduire tout à coup à un pur souvenir d'enfance, à une affection de parenté?... Mais je ne l'ai pas même essayé!... J'étais loin, Dieu merci... il n'y avait là aucune loi de convenance, de respect, ni d'honneur qui me contraignît... Eh bien! ce mariage, je le savais, et je n'y croyais pas... je ne voulais pas y croire !... Contre toute espérance, j'ai continué d'espérer. .. contre toute raison, j'ai continué d'aimer!

JEANNE, d'une voix rapide.

Gaston, souvenez-vous que maintenant vous êtes devant moi.

GASTON

Ah ! pourquoi suis-jo revenu !... celte triste folie était encore du bonheur auprès de ce que je devais trouver ici 1 J'ai trop compté sur mon courage... Aussi, à tout prix j'y suis résolu... et mes mesures sont déjà prises... je vais repartir !

JEANNE

Non... ne me privez pas de votre amitié, puisque je vous la demande.

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