CHAPITRE XI
ElfCEINTR DR DIANE BRAUROHIA.
L'enceinte consacrée à Diane Braiironia est bornée, au nord, par la muraille qui vient d'être décrite, à l'ouest par le mur pélasgique, au sud par le mur de Cimon, à l'est par une quatrième muraille semblable à celle du nord; c'est-à-dire que le rocher, tant qu'il existe, est taillé perpendiculairement; lorsqu'il cesse, des assises reposent sur sa surface aplanie comme sur un soubassement, et s'élèvent jusqu'à la hauteur voulue. Quelques-unes sont encore à leur ancienne place.
On monte au plateau sur lequel était le temple par huit marches très-douces, également taillées dans le rocher et bordées par une haie de statues
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et de stèles, dont les traces sont profondément creusées, selon l'ordinaire. Pausanias n*ûidiquant aucune divison, il est difficile de deviner le moment précis où il quitte la voie principale pour monter au temple. Cependant, après avoir parié . de Minerve Hygiée et de la pierre de Silène, il suspend sa description pour raconter je ne sais quelle horrible fable concernant les Satyres; puis il reprend en ces termes ^ :
<c Voici ce que j*ai encore observé dans l'Acroc( pôle d'Athènes : un enfant en bronze tenant le a vase d'eau lustrale. C'est l'ouvrage de Lycius, fils «de Myron. Myron lui-même a faitPersée qui' <c vient de couper la tète à Méduse. »
Je remarque d'abord que ces deux statues, d'une même école^ représentant ^ toutes deux des personnages qui portent quelque chose à la main, semblent se faire pendant, et se prêter, par conséquent, à la décoration des deux côtés d'une entrée. En outre, je prendrai à M. Ulrichs une considération ^ très-ingénieuse et en même temps très-juste : c'est que le vase d'eau lustrale que tenait la statue de Lycius n'était pas un ornement
' Kai ^Xa Iv t9) 'AxporoXei OeaaafiitvcKoTSa. AuxCou tou Mupcuvoc yaXxouv inXBa 8< to icept^^vn^piov l^ei, xal Mupoivoç flftpaéa to iç M^Souaav ipfw tl^a^itÂvoy, {Att,y XX 111.)
'Cité par M. Raoul-Rochette (Journ. des Sav.^ déc. idSi, pag. 74'i).
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sans objet, mais qu'il devait être placé sur le seuil d'un sanctuaire pour que chacun s'y purifiât ' en passant. C'est ainsi que, dans nos temples modernes, le vase qui contient l'eau bénite est souvent soutenu par un ange. Seulement M. Ulrichs place la statue à l'entrée de TAcropoie, qui n^est qu'un vaste sanctuaire; el je voudrais la placer à la porte de l'enceinte consacrée à Diane. Car Pausanias ne la signale qu'après s'être avancé dans l'intérieur et avoir rencontré déjà un certain nombre de statues. Au contraire, à peine Tat-il nommée, ainsi que le Persée qui lui sert de pendant, qu'il se trouve en face du temple de Diane.
« On appelle la déesse Brauronia ^, » dit*il, «c du dème de Brauron ^, où se trouve l'antique
' Voy, Lys. adv, AndroUy 255 ; Eurip., Herc, fur,, 928, 9JÎ0; Athen., IX, 409.
' Tt) Oeô) 8^ loTiv ^Tco Bpaupwvoç Srifjiou to éfvofxa xai xb ip^^oilov ^^avov l<rcivlv BpaupSîvt 'ApxsfXK, mç Xt^ouvi/, -^ Taupocvi. (XXIII.)
Iphigénie et Oreste avaient débarqué à Brauron, selon la tradition, et laissé la statue de Diane aux habitants. Les Lacédémoniens prétendaient le contraire et montraient chez, eux la véritable Diane apportée par Iphigénie. ( Paus., Lacy XVL )
^ L'existence du temple de Diane Brauronia a une assez grande importance historique. Elle prouve que la religion, que le culte local des dèmes, était admis par les Athéniens et représenté dans TAcropole.
St94 LACROPOLE i) ATHÈNES.
« image de bois qui vint, à ce qu'on rapporte, de « Tau ride. »
Le temple n'existe plus, et le sol véritable de l'Acropole n'a pas encore été assez dégagé pour qu'on en marque la place avec certitude. Voici cependant quelques indications.
Le niveau de l'enceinte n'est point partout égal; la partie occidentale, la plus voisine des Propylées, va sensiblement en pente; le rocher brut y apparaît çà et là; on n'y découvre aucune substruction d'édifice. Ce n'est point de ce côté évidemment qu'il faut diriger ses recherches. I^ partie orientale, au contraire, présente une surface exactement aplanie. Le rocher est taillé sur une longueur d'au moins vingt-cinq pas. C'est à cette plate-forme que conduit immédiatement l'escalier de huit marches. Aujourd'hui, elle est coupée par deux murs à hauteur d'appui dans lesquels sont encastrés, comme les éléments d'une mosaïque, tous les caissons ^ qui proviennent, soit des Propylées, soit des différents temples. Cet étalage assez malheureusement situé n'empêche point cependant de reconnaître que la surface du rocher ne conserve aucune trace de la préparation qu'exige l'assiette d'un édifice. Mais
' On voit encore, au fond de la plupart des caissons, les étoiles et les palmettes qui les décoraient; la peinture a disparu, mais le tracé est resté.
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plus loin , lorsque cesse le petit musée, on aperçoit une large rainure^ dans laquelle s'ajuste bientôt un rang d'assises de tuf, qui se dirige vers le midi. D'autres pierres semblables sont dispersées aux environs: les restes de constructions modernes et les terres qui recouvrent en cet endroit le sol antique, empêchent d'en voir davantage. Mais s'il est impossible, avec si peu de données, de restaurer le plan du temple, elles suffisent pour en indiquer l'emplacement. Il était, si je ne me trompe, voisin du mur de Cimon, et occupait l'angle sud-est de la grande enceinte.
Un autre point, plus intéressant encore, serait de découvrir, parmi les fragments entassés vers la région occidentale de l'Acropole, quelques restes du temple de Diane. Il n'a pu être si complètement anéanti qu'un seul chapiteau, un seul tambour de colonne, ne soit deipeuré gisant à terre.
J'ai toujours été frappé de l'existence de huit fragments de colonnes ioniques, dont le travail et le style annoncent encore une belle époque de l'art. Il y en a trois auprès du mur pélasgique, deux auprès du plateau du temple, trois autres un peu plus haut, vers le Parthénon. Leur longueur est, en moyenne, d'un mètre quarante-cinq centimètres. Leur diamètre est semblable, en tenant compte toutefois de Yentasis qui le fait varier de
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cinquante-cinq à cinquante*sept centimètres, et ce n'est pas la preuve ia moins concluante de leur noble origine que le renflement du galbe. En supposant que les colonnes eussent, selon ia règle assez vague de l'ionique , huit diamètres et demi ou neuf diamètres avec la base et le chapiteau, elles arrivent à un peu plus de cinq mètres, ce qui n'excède nullement la proportion d'un petit temple.
D'autre part, si Ton examine attentivement une série de chapiteaux ioniques entassés sur le mur oriental du péribole de Diane, on en remarquera deux, que font d'autant mieux ressortir la médiocrité ou la barbarie des autres. Ils ressemblent aux chapiteaux de l'Erechthéion , sans avoir la même élégance dans les courbes, la même pureté de moulures, la même finesse de sentiment. Le tailloir est ornéd'un rang d'oves; le tore est formé également par un entrelacs; les coussinets portent des rangs de perles : mais le travail du marbre est moins parfait. La laideur du tailloir ' est de quatre-vingt-deux centimètres, proportion en rapport, si j'en crois encore la règle, avec le diamètre des colonnes dont je parlais il y a un instant; un peu plus forte cependant que la proportion de l'Erechthéion.
' Au-dessus de ces chapiteaux sont déposés, en outre, des morceaux de volutes brisées.