CH\PITRE I
Pisistrate', Isagoras* commencèrent par se saisir de l'Acropole, lorsqu'ils voulurent se faire tyrans de leur patrie, toas trois, il est vrai, avec un succès bien difTérent. Lorsqu'au contraire Xerxès en fit (e siège ^, Minerve chercha en vain à fléchir par ses prières < Jupiter vengeur de fhospita-» Hté.
LMncendie d'Athènes par Xerxès est un de ces Faits sur lesquels glisse l'histoire, parce que de plus grands événements absorbent son attention.
L'Acropole en flammes ne fait qu'éclairer la flotte immobile àSalamine, et Ton oublie quelques pierres menacées et quelques vieillards superstitieux, pour ne penser qu'à l'avenir d'un peuple et d'une * civilisation qui va se décider dans peu d'heures.
Il y a cependant aussi de la grandeur dans cette confiance inébranlable aux paroles ambiguës d'un oracle^ et dans ce dévouement inutile qui s'ensevelit sous les ruines de la patrie.
F^a ville était restée déserte : les guerriers étaient
' Hérod., I, 59.
• Hérod., V, 7a; Paus., Elid,, II, 8.
3Hérod,,V, 65 et7a;Vin, 5i.
4 Où Suvatttt notXXà<; A{' 'OXu(jLittov i\\kémfshfi\ AivoojaIvt) icoXXoî(Ti X^yoïç xat (jLr,Tt$i icuxvt).
(Omcle cité par Hérod., VII, 141.)
MOUVOV ^TCOpdTjTOV TtXlleiv. (Ibîd.)
36 L ACROI>OLE D'ATHÈNES.
sur les vaisseaux, les femmes et les enfanls à Saiamitie' ou à Trézène; Minerve elle-même était remontée au ciel ^, et le serpent familier avait disparu du sanctuaire. Seuls , les ministres des autels, quelques pauvres gens que la misère avait empêchés de fuir d'Athènes, et les citoyens qui croyaient avoir mieux compris Toracle, s'étaient enfermés dans la citadelle et l'avaient fortifiée à la hâte avec des pieux et des planches^, profitant des oliviers sauvages^ qui l'entouraient alors d'une défense uatu relie ^
Le premier assaut repoussé, les Perses s'établissent en tumulte sur l'Aréopage, à moins d'une portée de trait, et lancent des flèches et des étoupes enflammées contre la palissade. Les Athéniens, déçus dans leur pieuse confiance et réduits aux dernières extrémités, résistaient cependant, et repoussaient toutes les propositions que leur faisaient les fils de Pisistrate. Chaque fois que les barbares s'approchaient des portes , ils roulaient sur eux des pierres énormes. Xerxès désespérait déjà de les réduire.
'Hérod, VIII, 41.
> Ibido 5i.
^ 4>paSd[(Aevot t^v 'AxpoicoXtv Ûupviffi re xat (uXoktu (Ibid.) 4 EU '^v 'AxpoiroXtv Allouai xaTaç eoy^^v xoTtvoK tots tcuxvoÎ^ xaTO(ire<ppaYP^^^^* (Sopal. ad Hcrmog,
CHAPITOE 1. n
Enfin 9 on découvrit' en avant de TAcropole, derrière les portes et la montée, une entrée qui n'était point gardée, tant l'on pensait peu que personne pût jamais escalader par là. C'était dans le temple d'Agraiile un passage souterrain dont les bords étaient très-escarpés et à pic. Dès que les Athéniens voient les Perses sur l'Acropole, les uns se précipitent du haut du mur et se tuent, les autres se réfugient dans le temple. Ils y sont massacrés, le temple est livré au pillage % et l'Acropole entière devient la proie des flammes.
Mardonius, mattre à son tour d'Athènes^, acheva d'anéantir ce que Xerxès n'avait pu que détruire. « Il ne laissa debout ni une muraill^de (c la ville ^ , ni une maison, ni un temple. » Aujourd'hui même, en fouillant l'Acropole, on trouve des fragments des anciens temples, des marbres brisés, des pierres noircies, des charbons, des vases de terre cuite et de bronze, témoins d'une
poioi... 'E[JLirpoa6e 2v irpb t^ç 'AxpoiroXioç , ^TCtoOc Bt tcov iruXecuv xo(t tYJç dv^Sou... }caT& To tpbv Tvic 'AY^aupou... (Hérod., VIII, 53.)
"EdoBoç,.* Ce passage existe encore, et de la grotte d'Agraule conduit au plateau supérieur. (Voy. plus bas, ch. V.)
* To tp^ ffuXxiŒavts^ ivé7cp7)aav TcSaav t^v l^xpoitoXtv...
(Hérod., ibid,)
3 Diod., XI, a3.
4 Kal et xoo xt op6ov ?!v tSv tti/iwf ^ Ttov ohcf\^énw ^ tuv ipcîiiv, irdlvTff xaTdiéaX^v xai q\j^(iû<xol^, (Hérod., IX, i3.)
9é L'ACROPOLE i>*ÀTfiÈN£S.
clévastalioti dont vingt<|ual;re siècles n'oot pu faille disparaiire les traces.
Quand les Athéniens vainqueurs rentrèrent dans leur pays^ la ville et TAcropole n'étaient plus c|u*un monceau de ruines. Mai& Tolivier sacré du temple d*Érechtlvée, brûlé jusqu'au pied, avait repoussé d'une coudée la première nuit ' : image de la rapidité avec laquelle un peuple dans tout l'élan de sa jeunesse et de son génie allait réparer ses désastres. La fortune semblait avoir rasé une ville entière, œuvre inégale de temps encore grossiers^ pour qu'elle se relevât brillante, une et immortelle au plus beau siècle de l'art.
'ftérod., Vin, 55.