CHAPITRE III. . -M
encore aujourd'hui aux caraclères de nombreuses inscriptions.
Mais la décadence et les malheurs du peuple athénien exposèrent les monuments à de fréquents outrages. La chute des croyances leur enlevait en même temps le caractère sacré, le près* tige, qui, à défaut de la force, eût pu les faire respecter.
Lacharès, avec Taide de Cassandre, s'était emparé du pouvoir. Ce fut de tous les tyrans^ le plus inhumain et le plus impie. Assiégé par Démétrius, fils d'Antigone, il s'enfuit en Béotie, emportant les boucliers d'or^ qui ornaient la frise du Parthénon, et tout Tor de la statue de Minerve. Ce furent même les immenses richesses qu'on lui supposait qui le firent assassiner à Coronée.
La bassesse des Athéniens réservait cependant à la déesse une insulte plus sacrilège encore. Non contents de décerner les honneurs divins à Démétrius^, ils firent broder son poi:lrait et cdui de son père sur le péplum sacré avec ceux de Jupiter et de Minerve. On remarqua que, le jour de la procession des Panathénées, un ouragan déchira
' Tupavvwv Sv Ta^iiev x6xt Iç àvOpiAirouç {xolXtora dvi^fjLcpov xai èç TO 61ÎOV «çei8iaT«Tov. (Pans., Mt.^ XXV.) - Ibid.
' Plut., Fie de Démétr.
56 LACROPOLE D'ATHÈNES.
le voile en deux^ Mais quand l'opisthodome du Parthénon fut assigné pour demeure à Dëmétrius, quand le temple de la vierge, « sa sœur ainëe, » disait-il, retentit de ses bruyantes orgies^ avec Lamia et ses autres courtisanes, les dieux méprisés se turent, et Ton ne croyait même plus à leur vengeance. Minerve Poliade, la déesse de Cécrops et d*Érechthée, n'obtenait pas plus de respect. Pendant le siège d'Athènes par Sylla et la famine qui en fut la suite, le tyran Arislion laissait éteindre la lampe immortelle', et, quand la grande prétresse lui demandait du blé pour un sacrifice, il lui envoyait du poivre.
Athènes fut ménagée longtemps par les Romains, qui venaient dès leur jeunesse y puiser l'amour des arls et des lettres. — « Accordons aux a morts la grâce des vivants, » — disait Sylla en arrêtant le pillage, mais en faisant démanteler la ville et l'entrée de la citadelle^. H exprimait ce que pensèrent longtemps les Romains. Même quand toute la Grèce était dépouillée de ses chefs-d'œuvre, Athènes inviolable gardait les
" Plut., Vie de DéméU
^ Ibid, C'est ce qui faisait dire au poëte comique Philippides:
'O T^v 'AxpoiroXiv iravSoxelov ônoXotéùv,
Kai T^ç Ixaipaç û^fi^tc^ii^ t9) IlapOévb). -
3 Plut., Fie de Sylla.
^ Voy. le chap. suivant.