‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 24 sur 138 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

sienSy traitée nou pas comme une ville conquise, mais comme une patrie retrouvée. Jules César lui pardonna sa fidélité à Pompée ; Antoine, son adhésion au parti de Brutus et de Cassius ; Auguste, les bienfaits qu'elle avait reçus d'Antoine. Ce fut Néron', dont les constructions insensées furent la plus excusable folie, qui commença la dévastation. Après avoir dépeuplé Delphes et Olympie^ de leurs statues, il enleva la plupart de celles qui se trouvaient dans l'Acropole d'Athènes. Il est à remarquer cependant qu'il épargna les plus saintes et les plus célèbres, puisqu'elles s'y trouvaient encore au temps de Pau* sanias. Sécundus Cannas^, agent de l'empereur, avait probablement pour instructions de chercher le nombre plutôt que le mérite. Il fallait remplir la Maison dorée.

Comment disparurent toutes les autres sculptures détachées, depuis les Minerves colossales de Phidias jusqu'aux Grâces de Socrate, c'est ce que l'on ignore. Allèrent-elles orner Constantinople , que Théodose surtout embellit des dépouilles de

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* Il enleva de Delphes seulement cîuq cents statues de bronze. (Paus., P/toc., VII. )

^ Tacite, >^/î/î., XV, 45.

la Grèce? — Furent-elles détruites par le zèle des chrétiens ou par la fureur des barbares? Une tradition que rapporte Zosime' semble absoudre Alaric et ses Goths. Pendant qu'il assiégeait Athènes, la déesse Minerve, armée de son casque et de son bouclier, lui apparut menaçante, s'avançant à pas résolus sur les murs de sa forteresscT. EflVayé, il proposa la paix aux Athéniens, qui lui ouvrirent immédiatement leurs portes et le reçurent au milieu des fêtes et des festins. Quant aux chrétiens, s'ils brisèrent les statues et les images, si par obéissance aux édits des empereurs ils renversèrent la plupart des temples, ils sauvèrent au moins les plus beaux en en prenant possession. Au vii"" siècle TÉrechthéion et le Parthénon furent convertis en églises grecques consacrées, Tune à la Divine Sagesse^, dont Minerve était la personnification, l'autre à la Mère de Dieu ^. Ce fut en 63o que le Parthénon fut ruiné, restauré^,

' Fanelii, Aten. au,, p. 249.

^ 'Ayta Socpia.

^ ©eoToxoç.

4 On lisait, avant la révolution grecque, cette inscription sur le mur du sud :

X'AM€TAT0C6i)THPI0N€T0C€rKAI NIACeHONAOCOYTOCTHCAriAC

CO<t>IAC.

( Pittakis, Ane. Athèn,^ p. 387. )

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comme on disait dans ce temps-là. Se substituer aux croyances antiques et sanctifier les temples en en prenant possession ne suffisait pas à l'habile politique du christianisme. Il donnait le change aux vieux souvenirs populaires par la ressemblance des idées ou des noms. C'est ainsi que, dans les temples de Grèce, Apollon fHXio^] a été remplacé par saint Élie, Minerve par sainte Sophie ou par la Vierge, les Dioscures et Hercule par saint Georges et saint Michel. Il serait aisé de continuer ces curieux rapprochements et de montrer dans l'Église grecque ce mélange de nuances païennes.

Une fois sous la protection du christianisme, l'Acropole n'eut plus à craindre de nouvelles atteintes. Elle conserva non-seulement ses magnifiques monuments, mais les sculptures dont ils étaient ornés. Il fallut cependant ruiner l'intérieur des temples ' pour l'approprier aux besoins du nouveau culte. L'abside byzantine s'éleva sur les débris du pronaos du Parthénon, et l'entrée fut transportée de l'orient à l'occident. Les murs qui séparaient les différents sanctuaires de l'Érechthéion furent abattus. Les grandes parois du Parthénon furent décorées de peintures ; un nouveau

' Si Ton en croît un témoignage fort suspect, les architectes qui refirent le Parthénon s'ap[>elaient Eulogôs et ApoU lus. ( Voy, quelques pag. plus bas. )

pavement de marbre veiné, que Ton voit encore, couvrit le sol de rÉrechthëion. Les plafonds , les couvertures des temples , le système d^éclairage, tout fut changé. Nous devons nous estimer encore heureux d'avoir conservé à ce prix les édifices eux-mêmes et leurs beaulés extérieures.

Les Propylées, à leur tour, parurent aux ducs d'Athènes mériter d'être épargnés pour servir de base à leur palais. Les historiens rapportent que Neri di Accîajuoli, premier duc d'Athènes, qui mourut en 1 39*3, embellit sa capitale d'édifices somptueux ^ L'on ne s'expose guère à se tromper en supposant que ce fut lui qui gâta les Propylées : le premier soin d'un seigneur féodal, fondateur d'une dynastie, ne devait-il pas être dé se construire un château fort ? Neri fit donc découvrir l'aile septentrionale, élever sur ses murs de nouveaux étages, percer des portes et des fenêtres; on ajouta un escalier; l'étage supérieur fut décoré de peintures dont les traces se voient encore. L'aile méridionale, au contraire, fut démolie en partie, pour agrandir le chemin qu'on voulait faire passer devant le temple de la Victoire sans ailes;

' Applico raoimo suo pronto è grande non meno per ben ordinar H suoiStati che ad accresoere le magnificenze di qiiella capitale con sontuosi edificii è strade spa7.iose.

(Fanelii, Men. Àtt,, III, % 588.)

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sur les deux murs et les deux colonnes qui restèrent on éleva une haute tour. L'un ne peut savoir ce qu'il fit du grand vestibule : car^ lorsque l'Acropole eut été conquise par les Turcs, le vestibule fut couvert d'un dôme épais et devint un dépôt d'armes et de poudre'. En même temps les fortifications extérieures de l'Acropole subirent de nouveaux changements. Déjà les seigneurs d'Athènesy Francs ou Florentins, avaient restauré les murs anciens. Mais ils devinrent insuffisants lorsqu'on commença à se servir de l'artillerie dans les sièges. Après la prise d'Athènes par Mahomet II, on construisit, en avant des Propylées, un immense bastion, et les abords de la citadelle furent fermés par une suite de murailles et de portes. Les tours et les murs antiques furent ensevelis à quarante pieds sous terre.

Pour protéger contre le canon les Propylées, devenus la demeure de leur aga, les Turcs élevèrent des batteries^, surtout de ce côté de la forte-

' Fojr,y/he\er, trad. de la Haye, 1728, p. 127.

* Il est inutile de dire que pour ces constructions les Turcs employèrent tous les matériaux qu'ils avaient sous la main , pierres, marbres, bas-reliefs, fables d'inscriptions, statues même, comme l'avaient fait les chrétiens et les ducs d'Athènes. J'ai retrouvé sous terre dans le bastion et fait démolir un mur tout entier d'un mètre et demi d'épaisseur, formé des fragments du petit portique des Propylées.

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resse, le seul menacé, puisque la colline de Musée le commande ^

Ce fut alors également que le Parlhénon devint une mosquée, et qu'on éleva à l'angle sud-est le minaret dont il ne reste que la tour et l'escalier. Les peintures byzantines qui décoraient l'intérieur, les Turcs les blanchirent à la chaux m pour « faire voir leur esprit, » dit Wheler ^ dans sa naïve indignation. Cependant ils laissèrent au-dessus de l'autel une mosaïque qui représentait la sainte Vierge, « parce qu'ils disent^ qu'un Turc lui ayant (c tiré un coup de mousquet, la main lui sécha « sur-le-champ. »

L'Erechthéiou cessa aussi d'élre une église grecque et devint un harem ^ : on y logea les femmes du disdar-aga. Ce fut une nouvelle cause de dégradation , lorsqu'il fallut approprier l'édifice à des usages domestiques.

Tel fut l'état de l'Acropole jusqu'à la seconde moitié du xvii^ siècle. Les monuments, quoique gâtés en partie, restaient debout cependant; le Parthénon et TÉreclithéion, intacts à Textérieur et ornés d'une partie de leurs sculptures. Les Turcs, dans leur pieuse aversion pour les images,

' Du Pnyx même il peut être facilement attaqué.

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3 Ibid.

't Ibid. EtSpon, éd. de Lyon, 1678, t. Il, p. 169.

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