‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 26 sur 138 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La même ignorance se remarque chez les deux Grecs auxquels Martin Kraus % professeur à Tûbingen, demanda, en i S^S, des renseignements sur Athènes. Théodore Zigomalas appelle le Pârthénon Panthéon^ et Siméon Kavasila le croit le Temple du Dieu inconnu. — C'était également le temple du Dieu inconnu en 162 1, lorsque l'ambassadeur de France à Constantinopie, M. Deshayes, passa par Athènes.

Neuf ans après qu'Athènes eut été prise par les Turcs, en i/i65, elle fut visitée par un architecte italien ', nommé Francesco Zambetti^ qui dessina sur parchemin quelques-unes de ses antiquités. Cornelio Magni vit , il y a deux siècles , ces originaux à Rome dans la bibliothèque du palais Barberini, et il cite particulièrement la Tour des Vent^}. C'est, en effet, parmi les diflerents croquis, le seul reconnaissable^;de tous les

> Miiit, Crusius, i. Vil, Epist. 10 et 18, cité par Leake, p. 89.

» Voy. Cornelio Magni (Parme, 1688), p. 46.

^ Nom moderne de la clepsydre d'Andronicus Cyrrhesfes.

4 Je n'étais plus à Rome lorsque j'appris, par l'ouvrage de Cornelio Magni, l'existence de ces dessins ; mais, à ma prière, M. André, arehitecte de l'Académie de Rome, a Ixien voulu en prendre connaissance. C'est de lui que je tiens ces renseignements. Comme M. André a vu lui-même et étudié les ruines d'Athènes, il était plus à même que personne de juger les dessins de Zambetti.

autres, aucun n'a trait aux monuments de F Acropole. Lorsqu'on songe à l'immense service que les éludes d'un architecte instruit et sérieux eus* sent pu rendre alors à la science , on est tenté de vouer au mépris le nom du malheureux qui ne nous a légué que des déceptions. Mais on doit, par justice, supposer que l'entrée de la citadelle, si difficilement accordée plus tard, lui fut interdite par les Turcs, plus défiants après une con* quête récente, plus fanatiques au moment (i464) de leui*s guerres contre la chrétienté. Précisément un an auparavant, les Vénitiens avaient fait une descente au Pirée et pillé la ville.

Pendant le seizième siècle et la première moitié du dix-septième, je ne sache pas qu'aucune relation de voyage, aucun renseignement nous soit parvenu sur Athènes; et cependant le temps approchait où une suite d'accidents inouïs allait détruire en une seconde des œuvres que vingt siècles et tant de barbares n'avaient fait qu'effleurer et qui étaient construites pour durer éternellement.

En i656, la veille d'une grande fête que les Turcs voulaient pieusement célébrer ', l'aga Isouf eut l'idée de ruiner à coups de canon l'église de Saint-Dimitri, qui se trouvait dans la plaine, au pied du Muséion. Il fit disposer en batterie deux ou

' Wheler, p. 127, ia8; Spon, II, p. 141 • «Il y a vingt ans,» disent-ils tous les deux en 1676.

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trois pièces et commanda à ses soldats d'être prêts le lendemain dès l'aurore. II demeurait sous le dôme qu'on avait construit au-dessus du grand vestibule des Propylées; les Propylées eux-mêmes servaient de magasin à poudre et de dépôt «c d'armes à la turque, » dit Wheler. Pendant la nuit, le tonnerre mit le feu aux poudres et l'aga sauta avec toute sa famille, a excepté une de ses « filles qui se sauva et £|ui s'est mariée depuis à <K un Turc d'Athènes. Le lendemain on trouva des « flèches , des arcs , des boucliers jusqu'à une « lieue au delà par la campagne; mais on n'a eu « aucune nouvelle de l'aga depuis ce temps-là. a Les Grecs célèbrent tous les ans une fête à ce « sujet'. »

Cependant, grâce à l'admirable construction des monuments grecs, la plus grande partie des Propylées résista à l'explosion. La couverture du vestibule fut emportée ; les tuiles, les caissons de marbre lancés au loin; la plupart des architraves de marbre, longues de vingt pieds, furent seulement soulevées par la force de la poudre et jetées à terre où elles se brisèrent; deux colonnes ioniques furent détruites; les autres restaient, ainsi que la façade et son fronton^. Mais la destruction,

«Wheler, p. ia8.

* Wheler, ibid.y et Fanelli, Men, Att.^ la planche gravée

une fois commencée, continua lentement par la main des hommes.

Comme si ce premier malheur eût été un avertissement de mieux étudier les ruines qui allaient peut-<étre disparaître, les voyageurs qui arrivèrent les années suivantes décrivirent avec quelque soin les antiquités de l'Acropole. S'ils ont plus d'éru* dilion que de goût, et si cette érudition supér^ ficielle tombe dans de fréquentes erreurs, leurs ouvrages ont cela de précieux, qu'ils nous ont conservé des'détails qui ont disparu dans la suite. On sait gré en outre à quelques-uns d'une admiration sincère qui n'allait pas cependant, devant les figures mutilées du Parthénon, jusqu'aux lar* mes, comme le pourrait faire croire Cornelio Magni% si on ne connaissait l'exagération familière aux Italiens. Lui-même avoue du reste, avec une modestie qui est parfaitement fondée, que son ignorance le met à l'abri de ces vives émotions. Ce fut en 1674 qti'il visita Athènes* — La même année, une prétendue relation de voyage

qui correspond à la p. 3o8,et où l'on voit le fronlou occidenul des Pi^opylées.

■ ... Invitano gli occhi aile lagnme di clie invaghito di cosi eccellenti nianifatture nutre un animo tutto veuerabondo per la loro perfezioiie ed antichità. — lo per me coimo più d*ignoranza che d'erudizione sono esente di cjueste passioni. [Parme ^ 1Ô88, p. 6a.)

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