CHAPITRE IV
« Encoreaujourd'hui,on peut juger avecquelie hâte (c les murs ont été bâtis; car on a employé comme a matériaux des pierres de toute espèce, sans plan a arrêté, mais selon que chacun les^apportait. Un (c grand nombre de stèles funéraires et de pierres « sculptées y sont enclavées. »
Les tombeaux et les monuments de la plaine servirent à bâtir les murs de la ville, et les temples de TAcropole même à bâtir ceux de l'Acropole.
a Ceux des Grecs, » dit Pausanias, « qui corn- « battirent contre les Perses, ne voulurent pas « relever les temples que les barbares avaient « brûlés, afin que ce spectacle entretint éternelle- « ment la haine. C'est pour cela que le temple de « JuDon sur la route de Phalère, et celui de Cérès « à Phalère même, subsistent encore de mon « temps à demi brûlés\ »
Mais ces ruines, transportées sur l'enceinte de la citadellei à la place même où les Perses l'avaient escaladée, dominant la ville et exposées sans cesse à tous les i*egards, n'excitaient-elles pas plus vivement encore les sentiments d'indignation et de haine nationale?
yÂ\ àvtoravai a(p(9iv e^o^ev^ dXXoc é; tov ^avra &TroXei7rea6«t ;(povov Toû l/Oouç &itop.vi{jAQtTa xa\ xouSs 6?vfxa ol ts vcot ttjç "Hpoi^ inX 6^ TT) ^Xepixvi xoi\ ol inX 4^aX7)p^ t^ç Ai{(jLy)Tpoc xa) xst* If^è txi 7j|xixauT0i (iivouai. (P/iond,, XXXV. )
Le mur de Thémistocle existe donc aujourd'hui eu partie, immobile sur les rochers de Cécrops, les Longs rochers' comme on les appelait autrefois. Quoiqu'il ait été réparé, recrépi, on distingue aisément ce qui est antique de ce qui est moderne, sans être étonné par l'irrégularité des matériaux , puisque l'histoire nous en donne l'explication. Il y a cependant des morceaux qui ont été entièrement refaits à une époque postérieure, et avec un soin , une perfection qui fait avec le reste un contraste frappant. Â l'intérieur de la citadelle, auprès de la façade orientale de i'Érechthéion, et plus à l'est, derrière les casemates turques, on voit des murs d'un admirable appareil : les pierres ont cette dimension modérée qui est encore la force et qui touche cependant à l'élégance; leur grain net et serré a permis de les tailler avec autant de précision que le marbre ; les joints sont presque invisibles, et sur les côtés de chaque assise court une bande en creux qui donne à la surface une légère saillie, réminiscence du puissant bossage qu'aimaient les âges plus reculés.
■ 'Axoue To(vuv oT^Oa Kexpoiriaç itlrpaç
Q(xMo^^v dIvTpovy âç Maxpdi^ xixXi^9X0(jLev.
(Eurip., lorty 936. ) ...'Ev8a tcpoo^^^ouç ir^xpaç Maxp^ç xotXoCffi YÎjç dfvaxTSç 'AtOCSo;.
(Ibid., II.)
CHAPITKE IV. 99
$ III. — Murs de Conoo et de Valérien.
Enfin le mur qui protégeait le côté occidenlal , c'est-à-dire l'entrée même de l'Acropole, était encore un problème il y a une année. La forme de cette partie de la citadelle, la série d'angles rentrants qui amènent le mur septentrional jusqu'audessous du piédestal d'Agrippa, la direction du mur de Cimon, dont il est facile de supposer le prolongement, le plan si clair et la façade si ouverte des Propylées, leur disposition si peu favorable à la défense et à la guerre, en un mot toutes les données topographiques m'avaient fait croii*e, contrairement aux idées généralement reçues, qu'en bas du seul côté accessible de la citadelle, devaient se trouver et son entrée principale et les fortifications qui défendaient l'entrée. Mais ces constructions existaient-elles encore? à quelle distance au-dessous des Propylées ?à quelle profondeur étaient-elles ensevelies? Ces questions ne pouvaient être éclaircies que par des fouilles. On sait l'histoire de ces fouilles '; en voici les résultats.
A* Irente-six mètres en avant des Pi*opylées, à seize mètres au-dessous des degrés de leur soubassement, s'élèvent les véritables fortifications de
» Voy. dans les Archwes des Missions scientifiques les rapports adressés à M. le Ministre de Tinstruction publique.
TAcropole; car les Propylées, nous le verrons trois chapitres plus loin, n'ont aucun caractère militaire; c'est une magnifique décoration, rien de plus. Ces Fortifications forment une façade intérieure parallèle à la grande façade des Propylées, et à peine un peu plus large, car elle présente un développement de vingt-deux mètres. Cet espace a été divisé en trois parties égales : au milieu, un mur de marbre ^ percé d'une porte dorique exactement dans l'axe de la porte centrale des Propylées; à droite et à gauche, des tours carrées en pierre qui s'avancent pour défendre la porte, et dont la saillie est de cinq mètres vingt centimètres. Ce système de fortifications est trop familier à l'antiquité pour qu'il soit nécessaire de l'expliquer longuement, trop naturel pour qu'il soit besoin d'en démontrer les avantages. Importe de Messène en est un des beaux exemples, les tours étrusques de Pérouse un des plus curieux.
Le mur du milieu a été retrouvé dans toute sa hauteur, qui est de six mètres soixante-quatorze centimètres; sa largeur est de sept mètres vingt centimètres. Il est composé de marbres pris à différents monuments, mais disposés cependant avec une certaine régularité et un certain goût, qui parait inspiré par un modèle plus ancien. La parlie supérieure, qu'on peut appeler l'enla-
' f^oy, planche IV.
CHAPITRK IV. iOf
blemeni du mur, a deux mèlres cinquante-sept centimètres de hauteur. Ce sont^ en eflet, des entablements d'édiOces doriques , placés de la même manière que les débris du vieux Parthénon sur le mur de Thémistocle. lies architraves de marbre pentélique supportent une Frise en pierre de tuf; des métopes en marbre blanc ont été glissées dans les coulisses des triglyphes; ce sont des plaques sans traces de sculptures ni de couleurs. Au-dessus de la frise on a mis une corniche en marbre qui appartenait à un autre monument, car les mutules sont d'une proportion sensiblement plus petite et ne s'arrangent point avec les triglyphes.
Les couleurs ne se distinguaient point d'abord sur les marbres ensevelis depuis plus de quatre siècles; car les ti*aces des balles qui se sont aplaties sur le mur attestent qu'il a servi au moins jusqu'à l'invention des armes à feu. L'humidité de la terre a déposé comme tme mousse sur les. surfaces. Mais, si l'on enlève délicatement cetle croûte, on voit paraître le rouge et le bleu dans* toute leur vivacité : le bleu sur les mutules, le rouge sur les entre-mulules. Les triglyphes conservent aussi de la couleur bleue appliquée à nu sur la pierre; car la substance blanche et friable qui remplit Tinlérieur des parties brisées n'est que du salpêtre.
402 L'ACKOPOLE D'ATHÈNES.
Suit qu'on ail voulu élever le mur, soit qu'où ait senti qu'une corniche et un larmier couronnaient mal une simple épaisseur, on a ajouté un allique, composé d'une architrave et d'une petite corniche qui appartenait à l'intérieur d'un temple et terminait quelque mur de cella.
Du reste , une partie de *ces fragments porte écrite non-seulement leur origine mais leur date. La frise, par exemple, en pierre et en marbre^ ne le cède, quoique de proportion difTéreule, ni à la frise de l'ancien Parthénon, ni à la frise du temple d'Égine. Les triglyphes sont aussi courts; ils offrtnt les mêmes caractères archaïques, la même beauté, comme on peut s'en convaincre par l'examen des détails figurés sur la planchelV. Cette frise semble donc avoir appartenu à un des nombreux temples renversés par Xerxès.
Les architraves, au contraire, proviennent d'un monument chorégique élevé la première année de la iiS"* olympiade, en même temps que le monument de Thrasyllus. C'est ce que nous apprend l'inscription qu'elles portent gravée' :
' API^TlOAHMOYZYPETAI
nNANEOHKENNI KH^A^XOPHm
NK EKPOniAI PAI AnN[EAtAA^K
En]ANTAAEnN^I KYHN I O^HYAE
I A I ^MAEAPHNnPTI MOOEOYNE
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