CHAPITRE lY. i
nés elle-même^ Sylla pouvait-il épargner ce dangereux refuge?
Les fortificationsrestèrentà terre jusqu'au règne de Valërien. C'est du moins ce que nous apprennent Zozime* et Zonaras*. Quand Rome était maîtresse du monde, la Grèce n'avait pas de guerre à craindre, et des murs n'eussent servi qu'à favoriser des rébellions. Ce ne fut qu'à l'approche des barbares, quand les premières invasions des Goths émurent l'Orient, que Valérien envoya aux Athéniens l'ordre de relever leurs murs. Ils le firent avec la précipitation que commandait le danger^.
SuXXac TQUTO $icf Ottpcv, i\uadtn^ cppovTt^o^. ( Zoz., éd. Bekkefy liv. I, ch. 29. )
* Elç $co< $i TOtfouTOv licavTQtç iceptioTTiffav , &ç 'AOt^vaCouc oixoiofi^oai TO teTxoç t9)ç- iauTÛv tcoXscik, xa6T)pY)[iivov ix twv tou SùXXa ;^povu)v. (Zonar., XII, ch. 23. )
^ Vers le deuxième siècle après J. C, un certain Flavius Septiinius Marcellinus^vo^. Bœckh, G. 1. G. n^ 5ai) restaura à ses frais les portes de l'Acropole. Ce ne peut être seulement la porte méridionale, Tunique entrée de TAcropole , d'après le système de M. Leake. Ce ne peut être la porte occidentale nouvellement découverte, comme le croit un des rédacteurs de la Repue archéologique d'Athènes (Inscr. publiées en i85a, a* cahier; voy. l'annexe de M. Eustratiades ). Il eût fallu, pour rétablir les portes, rétablir auparavant les murs démolis par Sylla. Je crois plutôt que Marcellinus 6t restaurer les cinq portes des Propylées. Nous verrons plus loin que leur
iOS L'ACROPOLE D'ATHÈNES.
En même temps, ils rétablirent les tours qui flanquent la porte à droite et à gauche. Les Romains les avaient seulement rasées à neuf ou dix pieds au-dessus du sol : elles n'étaient plus en effet qu'un débris inutile, surtout quand la façade qu'elles défendaient était complétenient renvei*sée. Au lieu de les reconstruire, les Grecs préférèrent enlever la terre qui cachait leurs fondations. Ils reprirent ces fondations en sous-œuvre jusqu'au rocher, sur lequel elles reposent aujourd'hui; et chaque tour grandit ainsi du double, non parce qu'on relevait au-dessus du sol, mais parce que le sol s'abaissait au-dessous d'elle. De sorte que nous avons aujourd'hui l'œuvre de deux époques bien différentes : la partie inférieure a été remaniée au temps de Valérien : la partie supérieure est restée intacte et remonte aux beaux siècles de l'art.
Avant de signaler un fait aussi remarqual)le, j'ai dû réfléchir mûrement et fortifier mon témoignage par l'autorité d'hommes spéciaux. Deux architectes de l'Académie de France à Rome, MM. Lebouteux et Louvet, récemment arrivés à Athènes, ont eu l'obligeance de se joindre à moi pour étudier cette question. Nous avons Ionchambranles étaient primitivement en bronze, et non en marbre. Le bronze fut enlevé à une époque qui nous est inconnue; Marcellinus les fit peut-être remplacer par les chambranles de marbre dont une partie existe encore aujourd'hui.
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guement et à différentes reprises examiné chaque pierre, chaque joint, chaque scellement.
Une mine pratiquée pendant le siège de 18211 a ébranlé et déchiré toute cette partie de FAcropole. iMais ce qui a gâté la beauté tle l'architecture nous a permis d'en pénétrer le secret. Une pierre brisée, un joint écarté, laissent découvrir dans l'intérieur des murs les scellements de fer en forme de double T, le plomb qui les lie, le trou précis et profond où ils ont été glissés. Tel est le caractère de perfection que les Grecs ont su donner aux plus petits détails, qu'il est aussi facile de distinguer l'époque d'un scellement que celle d'un monument. Tous les scellements que la main ou le regard saisissent dans les parties que la poudre a en tr'ou vertes, le cèdent à peine à ceux du Parthénon et des Propylées. T^s faces intérieures des assises sont préparées avec le même soin , ravalées de manière à ne laisser en saillie qu'un léger encadrement. Ijà pression ne pouvant, par conséquent, s'exercer que sur les bords, on obtenait des joints d'une exactitude remarquable. Je ne dis rien de la beauté du travail extérieur qui frappe l'observateur le moins attentif. L'agencemenl des pierres d^angle (on le reconnaît facilement en pénétrant dans la tour méridionale) est conforme aux règles les plus sévères de l'art. Enfin, les murs ont, comme les cellae des temples anciens
et les tours de MesseDe, leur socle en saillie, leur soubasseineDty dont la hauteur est le double de la hauteur des assises : sur le premier rang d'assises court une bande en creux qui le distingue du soubassement. Tous ces traits si caractéristiques ne permettent pas de douter que les tours ne soient un travail grec et Fœuvre d'une belle époque. L'histoire pourra ensuite hésiter sur la date précise. Entre Périclès et Sylla, on ne trouve cependant d'autre destructeur que Lysandre, d'autre restaurateur que Conon'. Mais le problème n'en sera pas moins résolu, et l'entrée fortifiée de l'Acropole, cette façade au bas des Propylées, les tours qui la protègent, ne peuvent plus être l'invention d'un architecte de la décadence : c'est tout au moins le plan de Mnésiclès.
La partie inférieure des tours est plus difficile à analyser, précisément parce qu'elle est plus irrégulière. Comme le rocher est à une assez grande profondeur au-dessous de leur base , comme il était inutile de donner des fondations puissantes à de simples épaisseurs de mur qui ne supportaient aucun poids, il est probable que, primitivement, on
* Les murs des tours n'ont que cinquante-six centimètres d*épaisseur; ce qui est tout à fait remarquable, car le mur d'enceinte de l'Acropole, qui paraît en divers endroits près de l'Érechthéiony et qui est incontestablement du plus beau siècle de l'art grec, a précisément la même épaisseur.