‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 46 sur 138 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

socle du mur un peu en saillie'; au-dessus esl placé un soubassement de double hauleur ; puis s'élèvent les rangs égaux des assises ; une bande en creux distingue , selon Tusage , le premier rang.

Une quatrième donnée, tout aussi importante, concourt à rétablir au même niveau le sol primitif. C'est le dallage intérieur de la tour méridionale. Je ne parle pas d'un petit dallage en marbre blanc, de la même épaisseur que les dalles du palier, et probablement de la même époque. Mais, quelques centimètres plus bas, le rang d'assises qui est placé au-dessous du socle de la tour forme une saillie continue; il s'avance au dedans de la tour de manière à supporter un dallage qui a disparu, mais qui est le sol véritable, le sol contemporain de la construction même.

Ce sol est au même niveau que le palier dont il vient d'être question et que la base ancienne de la tour (au point B).

Je ne sais si la tour septentrionale présenterait les mêmes indices. Il esl difficile d'y faire des recherches parce qu'elle a été remplie au moyen ftge par des constructions. On en a fait une salle destinée vraisemblablement aux gardiens de l'Acropole, aux âxpofu>.axeç dont parlent les inscriptions de la décadence. J'en ai trouvé une

* PI. III et IV, lettre B.

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moi même ' à la porte de cette tour. Pour que la salle fût plus spacieuse, et se prêtât à un plan, (iii reste , fort bien conçu, on détruisit le mur de la lour qui regarde le nord (lettre e)^ et on le recula (jusqu'en e^); alors on appliqua aux murs, tant anciens que modernes, huit piliers qui divisèrent lenceinte entière en trois petites salles voûtées : celle du milieu, la plus grande, est soutenue par des arcades plein cintre; les deux salles latérales, par des arcades de forme ogivale. La voûte, bâtie avec des briques larges et épaisses, est d'une grande solidité.

Pour compléter une démonstration à laquelle je ne saurais trop m'attacher, voici une dernière preuve qui, pour être d'une appréciation plus délicate, n'est pas moins sérieuse; car elle tient aux dispositions et aux habitudes mêmes de l'art. Si l'on se place sur le seuil de la porte de l'Acropole, et si Ton regarde les Propylées, on est frappé d'un certain défaut de perspective. La pente monte trop vite, et son prolongement coupe les cinq portes du monument, qui devraient, au contraire, apparaître dans toute leur majesté. Il en est tout autrement, si l'on se place sur le palier, c'est-à-dire à la hauteur du seuil primitif, marqué par la bande de marbre

« Voy, l'appendice du second volume. Voy, Bœckh, Corp, inscript. ^ I, p. 574, et Ross., Dèmes de i'j4ttique, p. 35.

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noir d'Éieiisis >. Alors les Propylées apparaissent dans leur juste proportion et avec TefTel que l'architecte avait calculé et que les réparations d'un siècle déjà barbare ont détruit. De même, et c'est une conséquence naturelle, si, du haut des Propylées, on se tourne vers la porte d'entrée, on remarque combien elle s'enfonce au-dessous des marches et pei*d de son importance; son seuil devrait être remonté cinq pieds plus haut, au niveau du palier.

Ainsi se résout un problème qui doit dominer toute l'étude de cette partie de l'Acropole. Car, s'il est intéressant de retrouver des fortifications enfouies depuis quatre cents ans, et relevées il y a quinze siècles, c'est le plan primitif, la pensée de Mnésiclès qu'il faut chercher avant tout. Ce plan a été respecté, bien qu'on ait par précipitation changé les niveaux et altéré, en les changeant, l'effet général et l'harmonie. Les tours sont des beaux temps de Tart grec, et, lors même que Lysandre eût complètement rasé l'œuvre Je Périclès, Conon le suit de trop près pour n'avoir pas reproduit le plan présent à tous les souvenirs et écrit sur les ruines mêmes. La position des tours donne nécessairement celle de la façade sur les flancs de laquelle elles se détachent. Ce sopt

- PI. III, lettre B.

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les délails et la décoration des murs que nous ignorons; il n'est pas inipossible toutefois d'en présenter une restauration hypothétique.

Dès lé jour où la façade en marbre a reparu, je me suis demandé pourquoi le temps déjà barbare qui l'a rebâtie s'est plu à l'orner d'architraves, de frises et de corniches; pourquoi, sous le règne de Valérien et à l'approche des Goths, on a été chercher, jusqu'à la rue des Trépieds, d'énormes blocs de marbre numérotés soigneusement' et replacés avec un certain goût; pourquoi tant de travail, lorsque le danger commandait la précipitation; pourquoi une intention d'art si marquée^ lorsqu'il s'agissait d'un simple mur et d'un ouvrage de défense. Il m'a semblé que le souvenir des anciennes fortifications détruites par Syliane s'était point complètement perdu, — que les fragments épars sur le sol racontaient encore les splendeurs du passé,— que les architectes de la décadence avaient pu retrouver la conception de leurs devanciers et s'étaient efforcés de la reproduire. Quelle conception, en effet, plus belle et

* Sur la coroiche on remarque, de chaque côté, des lettres qui se correspondeiK et qui ont servi à replacer les morceaux qu'on transportait :AA,BB, €9, ZZ. Ces indices, futiles en apparence, sont cependant une nouvelle preuve de l'époque du monument. La foime des lettres annonce le troisième ou quatrième siècle après J. C.

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plus naturelle que de mettre la façade de TAcropole en harmonie avec cette admirable façade des Propylées qui s'élevait au-dessus d'elle? Ce n'est plus une porte flanquée de deux tours, une courtine flanquée de deux bastions; c'est l'entrée de l'Acropole sainte, du grand sanctuaire de la religion athénienne, décorée, elle aussi^ de frises^ de corniches, de moulures élégantes, comme le sont les Propylées. L'ordre dorique lui prête sa richesse sévère et sa puissante majesté, qui ne . messied point à des ouvrages militaires. Qui sait même si la frise et les triglyphes mutilés qu'on voit encore sur le mur de Valérien n'ont point été ramassés dans cet état ; s'ils ne couronnaient point le mur détruit par Sylla; s'ils n'avaient point appartenu à un de ces vieux temples' renversés par Xerxès et dont les restes, placés au front de la citadelle comme sur le mur de Thémistocle, rappelaient éternellement à Athènes ses désastres et sa haine? Je serais tenté d'aller plus loin, encore, et de supposer que les lours elles-mêmes étaient couronnées, vers leur sommet, par une frise dorique, et répondaient ainsi aux deux ailes des Propylées, sortes de tours dont les murs lisses sont décorés de la même manière, c'est-à-dire de

* On n*a pas oublié que le caractère de cette frise est archaïque, et qu'elle ressemble à la frise de rancien Parthénon, sauf les proportions.

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triglyphes et de métopes. Toute hypothèse doit partir d'une donnée matérielle; voici sur quelle^ donnée je m'appuie : au pied des tours, tant dans l'intérieur de l'Acropole qu'à Textérieur^ les fouilles ont découvert un certain nombre de triglyphes en pierre, de la même proportion, du même caractère, et qui, par conséquent, ont appartenu à un même monument. Leur style est très-beau et nullement archaïque, bien qu'ils soient disposés à coulisses et aient dû recevoir des métopes en marbre.

Le peu d'épaisseur de cette frise indiquerait qu'elle couronnait, non pas un portique à double ou triple rang d'architraves, mais un mur simple, celui des tours, par exemple, qui n'est épais que de cinquante-six centimètres. Dans l'intérieur de l'Acropole, dans l'angle sud-ouest, tout auprès de la tour méridionale, j'aiMrouvé un de ces triglyphes entièrement couvert de bleu ; la couleur était magnifique au moment où elle sortait de terre ; peu à peu elle a pâli; peut-être a-t-elle disparu aujourd'hui, si l'on n'a point songé à la protéger contre l'action de l'air.

Les fortifications de l'Acropole auraient donc été ornées et peintes aussi bien que les temples et les Propylées. Ce ne sont là que des hypothèses; je laisse au lecteur le soin d'en apprécier la vraisemblance.

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li y a encore une question assez gtave dans uti essai de restauration : c'est la disposition inlérieutié des tours. Chaque tour, en effet, n'a d'antiqilé que trois de ses x;ôtés'^ ceux qui (^gardent le dehors de la citadelle; le côté qui regarde le dedans est plus moderne, il n'est besoin que d'un codp d'œil pour s'en apercevoir; en outre, je n'ai rien vu, méitie dans ses fondations, qui annonce qu'un mur se soit élevé plus anciennement à sa place. Il est impossible que l'ennemi ait laissé subsister en partie les trois côtés de la tour qui servaient à la défense, et détruit jusque dans ses fondements le seul côté inutile, celui qui regardait l'intérieur de l'Acropole. Comme d'autre part on ne trouve aucune trace d'escalier pour monter au sommet des tours, comme il n'y a point de portes^, comme le dallage de la tour méridionale est de plainpied avec le premier palier du grand escalier des Propylées, on ne peut s'empêcher de reconnaître que le quatrième côté des tours n'a jamais existé. Ce sont, en réalité, des bastions creux, au sommet

' Le mur septentrional de la tour du nord a été démoli et reculé, mais on a remis en place les matériaux antiques.

* La petite porte de la tour septentrionale est moderne, ainsi que le puits profond qui se trouve auprès de cette porte. Le puits était entièrement comblé; la partie supérieure, en maçonnerie sèche, parait assez moderne; la partie inférieure est creusée dans le rocher et paraît un travail plus ancien.

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desquels on arrivait par un chemin de ronde ménagé derrière les murs et les créneaux. Les tours de Messène offrent une application remarquable de ce système, et un exemple très-propre à justifier Texplication que je propose.

Ainsi, les bastions creux formaient, à l'extérieur, deux tours pour la défense de l'Acropole; à l'intérieur, un dégagement qui donnait au pied de l'escalier et à son palier plus d'espace et plus de grandeur.

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