‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 57 sur 138 · CHAPITRE V. Ub · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. Ub

et débouchant en face Tune de l'autre sur le même palier, deux portes latérales ; voilà, je crois , une belle disposition. Un escalier aussi immense eût paru peut-être trop uniforme, si les degrés eussent été tous semblables, tous continus : le chemin creux qui coupe Tescalier supérieur introduit du mouvement et de la variété. Il a de plus Tavanlage de mettre en harmonie Tescalier avec les Propylées el de s'accorder avec le double enlre-colonnement de la façade.

Je n'ignore pas que ce système et l'idée même d'un escalier soulèvent une objection sérieuse et contrarient un préjugé très-répandu. Comment, avec un escalier, les statues et les blocs de marbre nécessaires à la construction des monuments postérieurs à Périclès pouvaient -ils arriver au sommet de l'Acropole? Comment, le jour des Panathénées, les chars à quatre chevaux montaient-

quand il faut fermer une citadelle, les exigences de la guerre passent avant les exigences de l'art. Sans doute ^ une façade découverte, Tescalier de marbre descendant jusque dans la plaine, paraissent une décoration plus complète ; mais il faut enfermer l'œuvre entière pour la protéger contre l'ennemi, au jour du danger. Du reste, lorsque Ton franchit le seuil de la porte principale, il y a un effet de surprise plein de grandeur. Les Propylées perdraient quelque chose de leur importance et de leurs proportions, si l'avenue qui y conduit était plus longue. L'architecte semble avoir choisi le point précis, le point de vue nécessaire à son monument.

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ils jusqu*au Parthénon? J'essayerai de répondre à robjectioD et de combattre le préjugé.

li est vrai qu'après Périclès l'Acropole continua à se remplir de monuments considérables, de statues colossales, et qu'un escalier, même avec un chemin creux, ne se prête que difficilement au transport de matériaux aussi énormes. Mais l'escalier ne me semble pas le seul obstacle. La roideur de la pente elle-même, de la pente naturelle, est telle qu'avant la construction des Propylées je ne me la figure accessible qu'avec des terrassements, des plans inclinés. Au contraire, lorsque les Propylées eurent été construits et eurent fermé le côté occidental de l'Acropole, l'abord du monument fut définitivement interdit aux voitures et aux machines de transport. En effet, le passage qui traverse le vestibule des Propylées est étroit, et le moindre accident pouvait briser les marbres, les colonnes, les bases richement décorées. Comment croire, par exemple, que les architraves de l'Érecthéion, c'est^-à-dire des poutres de marbre longues de quinze pieds, ont passé sous ce magnifique vestibule? IN'eût-ce pas été folie que de l'exposer chaque jour à d'irréparables dommages? Un faux mouvement des attelages, la maladresse d'uii ouvrier pouvait gâter à jamais l'œuvre de Mnésiclès.

Du reste, la disposition du sol sous les Propy-

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lées mêmes prouve que le passage central n'était destiné qu'aux victimes et aux bétes de somme. Le pavage qu'on y voit encore çà et là est tout moderne et composé de débris déplacés.

Mais à droite et à gauche, sur le soubassement de la colonnade ionique, on remarque des traces de marches véritables, dessinées soit par la séparation des surfaces brutes qui devaient être cachées et des surfaces finies qui devaient rester apparentes, soit par des empreintes réelles. Au-dessous de la porte centrale, le rocher est taillé de manière à former aussi des degrés qui, pour être doux, n'en sont pas moins insurmontables pour des chars et des machines de transport.

L'Acropole se présente à pic de bien des côtés; il est facile d'amener les blocs de marbre et les statues au pied du rocher, et de les hisser directement sur le plateau. Ce système offre une grande économie de temps et de peine, et il est superflu de se demander si ceux qui ont élevé les architraves et les frontons du Parthénon possédaient les moyens, si simples d'ailleurs, de hisser ainsi les pierres les plus pesantes.

C'est aujourd'hui une idée généralement acceptée que les chars et la cavalerie montaient à l'Acropole, passaient sous les Propylées, et venaient faire leurs évolutions autourdu Parthénon. L'ima-

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gination trouve dans ce spectacle quelque chose de magnîfiqne et de séduisant, et ûe laisse que peu de loisir à l'esprit d'examen.

Aucun texte ancien, cependant, ne parle d'un fait aussi remarquable, quoique les moindres détails de la procession panathénaïque soient minutieusement décrits. Bien plus, si les auteurs parlent des courses qui avaient lieu, le jour des Panathénées, auprès de rilissus,ils ne disent nullement que les chars et les chevaux suivissent la procession. Xénophon', dans son Maitre de ca- Valérie j cite les difTérenIs lieux où les escadrons paradaient dans les fêtes publiques. Il nomme l'Académie, le Lycée, Pbalère, l'Hippodrome, la place publique; il recommande même de bien tenir les chevaux en bride sur le terrain de l'Académie, parce qu'il est dur et battu. Mais il ne parle pas des rochers de l'Acropole et des marbres des Propylées : jamais pourtant les conseils n'étaient plus nécessaires.

Lorsque la frise du Parthénon fut connue pour la première fois en Europe, et expliquée par les savants, ils y virent la plupart une copie exacte et matérielle de la procession des Panathénées, ne laissant à l'artiste que le mérite de l'arrangement et de l'exécution. L'occasion se présentera

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