CHAPITRE V. iVJ
plus tard de protester contre ce système. La conséquence directe, c'est que tout ce qui est (iguiré sur le temple a dû exister en réalité autour du temple, de même qu'une ombre projetée sur un mur suppose nécessairement le voisinage du corps qu'elle dessine. Il y a des chevaux et des c^iars sur la rriâe de Phidias^ donc les chars et les chevaux montaient à l'Acropole et tournaient autour du Parthénon.
Je n'ai pas besoin de dire, cependant, que ce n'était pas vers le Parthénon , mais vers l'Érechthéion que se dirigeait le cortège; que le péplum n^était point destiné à Minerve Parlhé- Qos, mais à Minerve Poliade ; qu'on voit sur la frise de Phidias des dieux, des déesses, des êtres allégoriques qui ne figuraient évidemment point dans la procession ; qu'on y remarque des scènes qui ne pouvaient se passer à l'Acropole : ce n'était point à l'Acropole, par exemple, que les jeunes Athéniens équipaient leurs chevaux, gourmandaient leurs esclaves, nouaient leurs sandales, et passaient leurs tuniques.
L'erreur la plus naturelle , dans un temps où Athènes était peu visitée et où la citadelle était fermée aux étrangers, c'était de supposer que les chars montaient au Parthénon. Cette opinion devint en effet populaire, et, en cherchant plus tard à la justifier, quelques voyageurs crurent
voir des traces de roues sur le plateau de l'Acropole '. Pour moi, j'ai bien remarque un lai^e conduit pour les eaux et, de tous côtés, des trous carrés qui servaient à sceller les piédestaux et les stèles. Mais assurément il n'y a pas la moindre trace de roue. Ne serait-il pas extraordinaire que quelques chars qui passaient une fois en quatre ans sur le rocher eussent creusé de profonds sillons ?
Les stries qui coupent la surface du rocher au-dessus des Propylées prouvent simplement qu'on avait voulu la rendre moins glissante pour les piétons et pour les animaux : du reste, ces stries couvrent tout l'espace qui s'ouvre devant la façade intérieure des Propylées.
Ainsi, ni l'étude des lieux ni l'étude de l'histoire ne parviennent à justifier un préjugé qui n'a d'autre origine que le désir d'expliquer la frise du Parthénon. Si l'on examine, au contraire, les dalles du chemin creux et les petits degrés qu'elles forment l'une au-dessus de l'autre, si Ton remarque les traces de marches écrites en quelque sorte sur les soubassements de la colonnade dorique, si l'on observe attentivement le rocher au-dessous
' Les fragments de dallage, sur le chemin creux des Propylées, sont modernes; les trous isolés qu^on y remarque sont produits par l'action de Teau qui séjourne par places après la pluie.