‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 69 sur 138 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

se reprend cependant et croit voir là les célèbres Propylées ' .

Aucun texte ancien^ aucune découverte moderne ne laissent penser que les frontons fussent décorés de sculptures. Spon et Wheler en auraient parlé, comme ils ont parlé des frontons du Parthénon et de la Victoire sans ailes. Qu'ils fussent peints, selon Fusage quelquefois constaté de l'antiquité^, le champ est libre aux suppositions.

Du grand vestibule, les deux mui's parallèles restent seuls complètement debout, jusqu^à la corniche. Quant aux six colonnes ioniques, on n'en voit plus que les bases et quelques tambours mutilés. Les fragments des chapiteaux gisent à terre, deux heureusement assez considérables pour permettre de juger du caractère de cet ordre. On sait qu'il se dérobait à une dangereuse comparaison avec le dorique, grâce aux nécessités de la construction. Les chapiteaux supportant le soffite se trouvaient de niveau, non pas avec les chapiteaux de la façade, mais avec leur entable-

' G>rDeHo Magni dit : Procedendo alquanlo scorgemmo un ediicio magnifico da molti creduto l'Arsenale di Licurgo, ma da Pausania la parte intcriore del detto Propyleo. ( Parme, 1688. )

On peut voir aussi le fronton des Propylées dans le dessin publié par Fanelli. {Aten, Att.^ p. 3o8. )

■ f^oy. Bronstedt, ^oyag, et Rech. en GrècCy II, p. i6a; Letronne, Lettres d'un anti^.y lettre »a.

ment, qui servait en quelque sorte dMnterraption entre deux styles si différents'. Malgré cela, on \oit que Tordre ionique a pris toute la simplicité, je dirai même toute la sévérité qu'il comporte* Un rang d'oves, la volute enroulée trois Fois, la petite palmette à la naissance de la volute, voilà tout le chapiteau.

Quand on le compare au chapiteau ionique de TÉrechthéion, par exemple, avec les tresses, le rang de perles, les spirales compliquées, le gorgerin chargé d'ornements, on apprécie mieux encore sa belle nudité, sa courbe puissante et sa grâce virile. Au-dessous du rang d'oves, on voit des trous qui supportaient des ornements de métal'. Revett n'a plus trouvé ces chapiteaux, dont les fouilles modernes ont découvert les restes. Les bases des colonnes étant elles-mêmes enterrées, il a été amené à cette triste restauration qui dresse sur des bases carrées des colonnes sanschapiteau, c'est-à-dire sans nom. Il eût pu suivre les indications de Spon, qui, dans cette circonstance, est

' Pour les considérations esthétiques sur la beauté des Propylées et des ordres grecs en général, je renvoie à l'article de M. Burnouf, où ces questions sont traitées avec un sentiment très-délicat et souvent juste de l'antiquité. ( Archives des Missions^ janvier i85o. )

* Ce seraient les dorures dont parle luie description anonyme du quinzième siècle: Magnum palatium, candido roannore factum, inauratum. ( Voy, ci-dessus, chap. III. )

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plus clair que de coutume : a Les colonnes qui a soutiennent le temple' par dedans, » dit-il^, « sont ioniques, parce qu'étant plus hautes de toute <( répaisseur de l'architrave pour en soutenir le « lambris, la proportion de l'ordre ionique qui « fait la colonne plus haute que le dorique, lui « convenait mieux. »

J'ai déjà parlé des énormes blocs de marbre qui soutenaient le toit, la seule chose que Pausanias ait jugée digne de remarque. Un grand nombre de fragments sont dispersés autour des Propylées ; mais il en est un qui peut donner une idée exacte de ces magnifiques poutres dont trois couvraient une longueur de cinquante-cinq pieds. Quoique brisées, ses parties ont été raccordées et servent de piédestal, dans le vestibule même, à quelques tuiles, inscriptions et autres débris, recueillis dans ce musée lout provisoire. La mesure de celte architrave est de vingt pieds.

Les cinq portes du fond restent encore, exhaussées sur cinq degrés, le dernier en marbre noir

' C'est-à-dire les Propylées.

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« LePronaoSy ù ditWheler, c est une grande chambre carrée • dont la couverture est portée par quatre beaux pilastres do- « riques. » ( P. 4ï7- )

" La parte interiore viene sostenuta da colonne cannellate « co' capitelli ionici scalpellati in gastigatissima proporzione. » ( Cornelio Magni, p. 55. )

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d'Eleusis.* La porte du milieu est d'un tiers plus grande et plus haute que les portes qui sont à sa droite et à^^'sa gauche. Les deux portes des extrémités vont elles-mêmes décroissant dans une

proportion encore plus forte. Les restes de chambranles qu'on voit en place, sont d'une époque bien postérieure à la construction des Propylées. Ce sont d'épaisses plaques de marbre d'un travail peu habile et qui ne s'adaptent même pas, par leurs saillies grossières, aux rainures fines et exactes qui avaient été taillées pour recevoir des vantaux de bronze. Les trous de scellement existent encore sur le seuil et dans le haut de la porte. On remarquera aussi des restes de crampons brisés qui n'ont point de correspondants dans les chambranles actuels. Les portes avaient été remplacées comme le grand escalier. Si Tun fut brisé, les autres furent vraisemblablement volées et détruites. Sur les plaques de marbre on ne trouve aucune trace de fermeture : que signifient alors les vers d'Aristophane ' et les clôtures dont il parle?

Le portique qui regarde l'intérieur de l'Acropole est composé de six colonnes doriques comme

' M^X^oiç Se xa\ xXiliOpotfftv

Tdi IlpoicuXaia 7:qoctouv. ( Lysistr., a64*] . . . Ka\ Y^rp ^oiYvufjiévcdv <|;oçoç ^t\ twv npoiruXa{«v.

(Chev., i3a6.)

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celui de la façade principale. Cinq ont conservé leur chapiteaux , deux sont encore unies par un morceau d'architrave. Ainsi ce Propylée est aujourd'hui le plus complet 9 tandis qu'au temps de Wheler, malgré l'explosion du magasin de poudre, c'était la façade de l'ouest qui était intacte'. Le portique oriental étant sur un sol plus élevé, le fronton et le système de toiture qui le couvrait étaient eux-mêmes plus hauts que le fronton de l'autre portique^, et que la toiture du vestibule. Ils étaient indépendants l'un de l'autre, et c'était naturellement le mur percé de cinq portes qui servait de ligne de dé-

' u La façade du bâtiment qui regarde l'ouest ne fut point « endommagée, mais les murailles du dôme. » (Pag. 417.) Du dôme turc élevé sur les Propylées où demeurait i'aga.

* « La couverture du premier vestibule, dit M. Desbuisson, « se composait d'un toit à deux égouts, dont les pentes étaient a coordonnées aux rampes du fronton de la façade principale. m Ce toit s'arrêtait contre le mur de séparation des deux ves— « tibules, qui se trouvait surélevé en raison de l'exhaussement n du sol, et le toit du deuxième vestibule lui était parallèle à « un niveau plus élevé. Ces deux vestibules sont juxtaposés, « et chacun d'eux conserve tout le développement de son or- • donnance. » (Lettre inédite. )

M. Titeux, architecte de TAcadémie de Rome, avait commencé, avant M. Desbuisson, des études sur les Propylées, que la mort la plus regrettable a interrompues. M. Chaudet, ami de M. Titeux, a terminé ces dessins, qui ont été, il y a deux ans, exposés à Paris.

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marcation. 11 est impossible de juger de l'efTet que devait produire cette difTérence de niveau entre les frontons, aujourd'hui que tout est renversé et qu'on n'en a d'autre indice que le brusque changement des corniches et des profils.

C'était là encore une des hardiesses si fréquentes dans les Propylées, que la nature des lieux justifiait et que le talent de l'artiste avait peut-être su faire admirer.

L'aile gauche ', seule conservée, est d^une charmante couleur. Le corps des Propylées, enseveli pendant des siècles dans des constructions modernes, a maintenu la blancheur de ses marbres. Le petit portique de gauche, au contraire, a reçu continuellement cette couche d'or bruni que le temps et le soleil déposent sur les monuments de la Grèce. L'œil ne sait ce qui le charme plus vivement des couleurs ou des proportions. Les trois colonnes doriques qui soutiennent le portique, sont d'un tiers plus petites que les colonnes de la façade^. Elles ont cependant assez

' L'aile qu*ou voit à sa gauche en montant aux Propylées. Cette désignation employée par Pausanias est eu effet la plus logique. Il n'en est pas d'un monument comme du cours d'un fleuve.

> « Il fallait, u dit M. Burnouf,« donner aux ailes des diraen- « sions plus petites afin que le corps principal ne perdît rien de « son effet. D'ailleurs, si l'on considère l'ensemble de l'é-

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