CHAPITRE VI. ig
qu'un monument aussi original et aussi isolé dans Tart antique que le sont les Propylées.
Du reste^ les principes sont les mêmes dans l'un et l'autre édifice. Il n'y a de difTérence que dans leur application et dans le sentiment des courbes. Ce sont ces variélés qu'il importe de relever. Je ne ferai, bien entendu, que reproduire les résultats constatés par le remarquable ouvrage de M. Penrose, architecte anglais'.
L'inclinaison des plans verticaux est généralement un peu plus forte qu'au Parthénon. Les co«lonnes des petits portiques, les murs s'inclinent plus sensiblement vers l'intérieur. Les antes, au contraire, se penchent en avant d'un angle deux fois plus petit. Les colonnes du grand ordre présentent aussi quelque diderence dans leur galbe et dans le point culminant choisi pour leur courbe. Mais les courbes horizontales n'ont pas été seulement modifiées : celle du soubassement a été complètement supprimée, tandis que la courbe des entablements et des frontons restait comme au Parthénon. Si le soubassement des Propylées eiit été convexe, il n'eût pu se raccor* der avec les degrés du grand escalier, qui sont plans. Cette raison est non-seulement trèsjuste, mais elle prouve, de plus, comme nous
' Principles ofathenian architecture. ( i85i. )
182 L'ACROPOLK D'ATHÈNES.
Favons vu plus haut, que l'escalier était dans la disposition primitive de Tédifice.
Je renvoie de même au chapitre du Parthénon pour quelques points relatifs à la polychromie. La question des couleurs peut se résoudre dans les mêmes termes pour tous les édifices en mar* bre de l'époque de Périclès. En même temps, j'émettrai quelques doutes sur l'hypothèse de M. Desbuisson 9 qui revêt sans preuves matérielles d'une teinte légère « les colonnes, les architraves, a les murs, en un mot tout ce qui constitue la a membrure de l'édifice. »
Mais ici je ne ferai que citer les données acquises à la science, sur les détails principaux de l'ornementation. Dans ces matières délicates, on ne peut avoir confiance qu'en la longue expérience d'un architecte qui a passé deux années à étudier et à mesurer chaque pierre de l'édifice. Je laisse donc parier M. Desbuisson :
(c Les moulures, et en général toute la modia nature, recevaient des couleurs plus franches et oc plus éclatantes. Les unes, préparées à la cire', <c comme le bleu et le vert, n'avaient que peu <x d'adhérence sur la surface du marbre ; d'autres, « moins épaisses et moins vernissées, coQime le
' Ces couleurs étaient appliquées à l'encaustique. Sur une inscription dont il sera question à propos de rÊrechthéion, on voit cités les peintres à l'encaustique : 'E^xauxat.
CHAPITKE VI. 183
« rouge, étaient plus solides et plus pénétrantes, ce La dorure était employée avec sobriété ' , Tor « n^ayant dans la décoration qu'une valeur de « reflet. On reconnaît les parties qui ont été cou- « vertes d'or au poli particulier que la surface <c du marbre a conservé'. »
Les observations de M. Penrose sont tout à Fait d'accord avec celles de M. Desbuisson. Seulement, dans sa restauration, M. Penrose emploie l'or avec moins de réserve. Les parties des Propylées qui offrent les traces de peinture les plus abondantes sont : les frises, les corniches^ les chapiteaux des pilastres de la Pinacothèque, les cymaises de couronnement qui portent les grands oves, les caissons des plafonds surtout, qu'on a réunis sur le plateau de l'Acropole, et dont la richesse rappelle la réflexion de Pausanias : « Les Propylées a sont couverts en marbre blanc; la grandeur de <c ces matériaux, la beauté de ieur décoration^ ^ sur^ (c passe ce qui s'est fait, même jusqu'à nos jours. ><
' ^o/., pour la coloration des Propylées, ce qu a écrit M. Raoul-Rochette dans \e Journal des Savants (jtiin i85o). * Lettre inédile.
3 Pans., Àtt,, XXII.