CHAPITRE VII
tarque, c'est notre imagination qui ia crée.
Les Propylées étaient-ils un ouvrage de défense et furent-ils destinés à remplacer les fortifications que les Perses avaient détruites? Telle est la seconde question que le colonel Leake et après lui M. Burnouf ont résolue d'une manière affirmative. Je soutiendrai cependant l'opinion contraire, et je crois avoir pour moi l'autorité de M. Raoul-Rochette'. M. Leake lui-même semble avoir plus tard modifié ses idées. Je ne saurais, du moins, m'expliquer autrement pourquoi, après avoir énuméré longuement, dans sa première édition^, les avantages stratégiques des Propylées, les manœuvres et les ressources des assiégés, il supprime tous ces commentaires dans la seconde^ et remarque, en passant, que cet ouvrage de défense^ était destiné à protéger le seul côté accessible de la citadelle.
M. Burnouf a repris cette démonstration aban-
' M. Raoul-Rochetre loue la sagacité développée par M. Leake, et il ajoute : n Mais suas qu'il résulte pourtant à nos yeux de H toute cette ingénieuse discussion la conviction que les Pro- « pylées aient jamais été, dans le fait comme dans le principe, « un ouvrage d'architecture militaire. »
[Journal des Saçaits^ juin i85o, p. 34o. )
* Londres, 182 1, p. 184 à 189.
3 Londres, 1841, p. 3i8et527.
4 This simplicity was cliaracteristic of the work of defence.
492 i; ACROPOLE D'ATHÈNES-
donnée. Comme il tire ses preuves de l'étude des lieux, c'est par Télude des lieux qu'elles peuvent être combattues. Les faits et les considérations générales auront ensuite leur place. Les découvertes nouvelles me dispenseraient presque de réfuter une opinion qui tombera probablement d'elle-même, car elle repose sur l'ancien système qui plaçait la grande, la seule entrée de l'Acropole au sud, au-dfssous du bastion qui supporte le temple de la Victoire sans ailes. Toutefois, on peut dire que, la première enceinte forcée, les Propylées devenaient les fortifications les plus sûres et la véritable clôture de l'Acropole. Comme il s'agit ici surtout de bien établir le caractère du monument, je me mets sur le terrain choisi par M. Leake et M. Burnouf, quoiqu'il soit plus qu'hypothétique.
« Comme l'Acropole est escarpée de toutes « parts, » dit M. Burnouf',» etn'oiïre qu'un seul « point accessible^ les habitants durent porter ff toute leur attention de ce côté et disposer l'entt tréede manière que, d'un accès facile en temps « de paix, elle fût aisée à défendre en temps de «guerre. L'ennemi qui monte, après avoir eu à (c sa gauche les rochers à pic, tourne subitement « pour passer sous le temple de la Victoire sans « ailes, et laisse à découvert son flanc droit que
» Arch. des Miss, y p. 12.
CHAPITHL Vil. 493
(c ne protège pas le bouclier. A son approche, il « est reçu par les traits et les projectiles lancés « de droite et de gauche par les soldats postés « sous les colonnes de la Pinacothèque et de Tau- « tre galerie. Force«t*il ce premier pas, il lui faut « alors s'engager dans le corps principal des Pro- « pylées et soutenir, dans le chemin creux de la a double colonnade ionique , une lutte inégale où a il se voit attaqué sur les deux flancs. lii, cinq tf colonnes de soldats s'ofTrent à lui, tandis que le « corps principal lui ferme le passage de la grande « porte et a sur lui l'avantage d'un sol incliné; a par les quatre ouvertures latérales , les défen* « seurs de la citadelle peuvent entrer dans les a deux ailes des Propylées, y remplacer leurs lïiorts a et renouveler sans cesse le combat. Maître des « portes, l'ennemi aura encore à combattre sur la (c plate-forme de la citadelle, et à prendre un « ordre de bataille en face d'une armée prête à le « recevoir. »
Ce qui me frappe d'abord dans ce système de défense, c'est que les Propylées sont, dès le premier instant, un champ de bataille. Le but d'une forteresse est, je crois, d'arrêter un ennemi déjà vainqueur, de lasser sa patience devant des murailles inaccessibles, tandis que les assiégés, à l'abri, attendent des secours ou des circonstances plus favorables et se rient d'e ses efforts. Dans l'anti-
quité surtout où les oiachiDes ont peu de puissance, les armes peu de portée et l'art militaire peu de ressources, nous voyons que les sièges ne sont qu'un blocus, abrégé quelquefois par un heureux coup de main.
Ici, au contraire, il n'y a point de délais. L'ennemi est maître de la ville, il monte enivré de sa victoire, il arrive aux degrés des Propylées, et là, une nouvelle lutte s'engage avec les débris d'une première défaite.
Si les défenseurs n'ont point l'avantage du nombre et de la confiance, ont-ils au moins celui de la position ? Les assaillants passent sous le temple de la Victoire (on admettra, pour un instant, que c'était l'entrée de l'Acropole).
« L'ennemi passe sous le temple de la Victoire <x aptère, laissant à découvert son flanc droit, que ce ne protège pas le bouclier. » Il est vrai; maïs, sur la petite terrasse qui soutient ce temple, combien de guerriers pouvaient se tenir et lancer leurs traits? Le temple la couvre presque tout entière, et, du côté du nord et du côté de Touest^ qui dominaient l'ennemi, il arrive jusqu'à la balustrade de marbre et la grille qui l'entouraient. Il n'y a donc que deux degrés du soubassement, larges à peine d'un pied , où quelques hommes auraient pu prendre place. Aussi le danger n'est-il pas là, et déjà le* grand escalier des