CHAPITRE VII
les portes! Des bastions qui ne communiquent pas avec la citadelle et sur lesquels il est impossible de placer des défenseurs, si Ton essaye de se renfermer! En un mot, une fortification qui ne peut protéger sa garnison, mais que sa garnison est obligée de protéger en sortant des portes, en la couvrant de son corps, en mourant sur les degrés qui y conduisent !
Si la vue des Propylées a tant d'éloquence , ne déclarent-ils pas plutôt par leur richesse, leur élégance, leur ressemblance même avec les édifices civils et religieux, qu'ils n'ont pas été élevés dans une pensée belliqueuse. L'architecture militaire des Grecs nous est assez connue par tant de ruines de toute époque, depuis son enfance, qui entasse les roches cyclopéennes, jusqu'à sa per* fection, qui construit Phylé, Éleuthères et Messène. Où voit-on qu'elle s'écarte jamais de ses traditions sévères, logiques, qui n'admettent l'art qu'au service de la force? Où voit-on ce luxe de portiques, de colonnes accumulées, d'ordres variés, de frises, de frontons, d'ornements exquis? Où voit-on des statues équestres ' , un petit temple décoré de charmantes sculptures ^, une collection de tableaux ^, placés en avant des fortifi-
' Les' statues des 61$ de Xéiiophon.
* Le temple de la Victoire aptère.
^ La Pinacothèque.
200 LACROPOLK D'ATHÈNES.
catioDS et exposes aux premierscoupsde Feiinemi ? Je sais bien que Ton voudra admirer la grandeur d'àme des Athéniens, qui prodiguaient ainsi, hors de propos, leurs trésors et leurs chefs-d'œuvre? Mais, en réalité, ce serait lesaccuser d'avoir manqué de sens, leur nier ce goût, cette sobriété que nous appelons de leur nom alticismcj ce respect des traditions qui est le propre de Tart antique. Les Grecs riaient des Perses qui marchaient au combat avec des robes traînantes et parés comme des femmes. Mais Athènes se construisant une forteresse sur le modèle de son Pœcile et de sou Parthénon, était-ce moins étrange?
Un fait pareil eût certainement frappé les anciens plus vivement encore qu'il ne nous frappe nous-mêmes, et^ avant de parler de la beauté des Propylées, de la grandeur de leui*s pierres, du prix qu'ils avaient coûté, du temps qu*avait demandé leur construction, ils eussent loué ou critiqué un essai qui n'était rien moins qu'une révolution. Tous gardent le silence sur ce point, Plutarque lui-même, qui s'étend cependant assez longuement sur les monuments de Périclès et qui était naturellement amené à penser à ces merveilleuses fortifications, puisque, quelques lignes plus haut, il venait de parler des Longs murs.
Enfin, si les Propylées, en général, étaient un ouvrage militaire, le petit nombre d'exemples