‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 81 sur 138 · CHAPITRE VIII. â · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. â

une façon de s'exprimer assez logique et qui lui est familière ^

Une autre difficulté est de savoir si ces deux ptirases^ exactement symétriques, ont toutes deux la même valeur; si l'on doit croire que l'édifice orné de peintures ^ fait pendant au temple de la Victoire, séparé comme lui des Propylées. Il y a, eu effet, au-dessous de l'aile gauche, entre son soubassement, le piédestal d'Agrippa et les mu« railles extérieures, un espace carré : cet espace a plus dedix mètres sur chaque côté, grandeur suffi* santé pour qu'on ait pu y construire. Un passage ménagé entre le piédestal et une saillie qui pro* longe le soubassement semblerait avoir conduit de ce côté. Mais des fouilles faites en 1 845-46 n'ont rien découvert qui justifiât cette supposition. On n'a trouvé qu'un certain nombre d'insn criptions^, jetées là, jadis, avec tant d'autres débris, et l'on est arrivé au rocher. D'autre part , nous savons que Polémon le Périégète avait écrit un ouvrage sur les tableaux que renfermaient les Pa>pylées ^.

« Voy. Bœot.^X, i] XIX, ti; XIX, 5 ; XXII, 5.

' Paiisanias, parlant d'un édifice isolé, la Lesché de Delphes, se sert exactement des mêmes expressions : 'Tirâp U t9}v Kaaat(ii>Ti$a laTtv otxif)(JUx ypa^iç i/oy tou noXuYV(x>TOu. [Phocide^ XXV. )

^ Actes àtVd Société archéologique d'Athènes^ p. 227.

^ nef\ TCrtv Iv OpoiruXaioiç irivotxow. Harpocr., in AàfATtac.

206 L'âCROPOLIî; DATHÈNëS.

On n'a donc pas dû attacher un sens rigoureux aux paroles de Pausanias, et l'on a cherché dans les Propylées mêmes un lieu propre à recevoir des peintures. Dans l'aile gauche, précisément^ se trouve une salle assez spacieuse ', conservée dans toute sa hauteur jusqu'à la corniche* Elle communique avec le petit portique dorique par une porte; de chaque côté de la porte, il y a une fenêtre encadrée par deux pilastres doriques. Les trois autres parois, sans ornements saillants, sans ouvertures ^, ont paru se prêter aux exigences de la peinture, et l'on est convenu d'appeler cette

salle la Pinacothèque? Etait-ce, en effet, une galerie de tableaux, comme l'indique ce nom, ou un édi-* fice couvert de peintures sur mur? Cette question a soulevé jadis une grande discussion, où l'auteur de la Lettre à M. Hermann^ a soutenu la thèse la plus vraisemblable.

On ne peut s'empêcher d être frappé, tout d'abord, de la blancheur parfaite des murailles. Le plus niinutieux examen ne découvre aucune trace de couleur. Pour moi, je n'ai trouvé qu'un petit point d'un bleu suspect, qui paraît une

■ Trente pieds environ sur trente- .six.

* Il y a des fenêtres qui datent du moyeu âge, lorsque les ducs d'Athènes se construisirent un palais sur les Propylées.

3 Voy. les Lettres archéologiques sur la peinture grecque ^ par M. Raoui-Rochette.

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tache ou un grain du marbre. Comment se faitil, lorsqu'on voit sur les monuments d'Athènes de si nombreux restes de couleur, qu'on n'en remarque point sur des surfaces qu'on prétend avoir été peintes entièrement. Elles auraient dû être peintes avec plus de soin encore, puisqu'il ne s'agissait plus d'une simple décoration qu'on pouvait facilement renouveler, mais de chefs-d'œuvre que les artistes eux-mêmes s'efforçaient de rendre impérissables?

Dira-t-on qu'en servant à des usages modernes, cet édifice a été exposé à des altérations plus rapides, que la chaux dont on a enduit les murs a rongé les couleurs, que les ducs d'Athènes ont peut-étre fait détruire les peintures, pour y substituer les peintures byzantines dont on voit encore au deuxième étage quelques fragments?

Mais le Parthénon a été converti en église, puis en mosquée, el couvert de peintures modernes; mais les Propylées servaient de logement à l'aga turc; mais le temple de Minerve Poliade était devenu un harem. Malgré le badigeon' à la chaux dont les couvraient les Turcs, malgré le feu qui les noircissait, malgré les explosions, ils ont gardé des traces de couleur. Bien plus, il en est resté dans la Pinacothèque même, sur les chapiteaux des pilastres qui encadrent les fe*

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iiétres. On y voit , par places, du bleu et surtout du vert en abondance.

On répondra encore qu'un enduit adbère plus longtemps sur des ornements gravés, et surtout dans les creux que les saillies protègent; tandis que, sur de grandes surfaces planes, toute la couche est comme solidaire; il suffît d'une pe^ lite brèche» pour que, de proche en proche, tout s'écaille et se détache. Si, dans les temps mo*dernes,les fresques s'altèrent rapidement ; si, dans quelques centaines d'années, on est exposé à chercher en vain les pehitures d'Orcagna au Campo-Santo de Pise, celles deCimabuë et Giotto a Assise, et peut-être le Jugement dernier de Michel-Ange, — faut-il s'étonner qu'après vingt-trois siècles, les peintures de Polygnote aient disparu d'un lieu qui n'a pas souffert seulement les injures du temps, mais celles des hommes?

Ces raisons ne seraient pas sans valeur, si elles ne pouvaient s'appliquer à toute espèce de muraille antique qui n'a pas été peinte. Aussi l'absence complète de couleur sera-t-elle toujours une présomption en faveur du système qui nie qu^il y en ait jamais eu.

Des difficultés plus sérieuses, inhérentes à la construction même, ont été signalées par un architecte auquel ses longues études sur les Propylées donnent une i^ninde autorité, surtout dans

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des matières où la critique embarrassée naUeiul de secours que des connaissances spéciales. « Les «mura, selon M. Desbuisson', ne sont point pré- « parés pour recevoir le sluc : au temple de Thé- « sée, la surface du marbre a été piqiiée à la « pointe de fer ^ et c'est par ces creux et ces aspé- « rites que le stuc adhérait à la paroi. Dans les « Propylées, le mur est taillé à la gradine et sim- « plement dégrossi ; non-seulement il n'y reste « aucune trace de stuc, mais une telle surface est « impropre à le recevoir *. »

J'ajouterai, cependant, que, pour la peinture, l'intermédiaire du stuc n'était point nécessaira. Le stuc, qui remédie aux inégalités de la pierre, devient inutile sur le marbre, dont le grain est si parfait. Les ornements peints des Propylées euxmêmes et du Parthénon sont fixés sur le marbre

• Foy. Tarticle de M. Burnouf, Archi^s des Miss., janv. i85oy p. 29, note a.

* M. LetroDDe, qui affirme que les parois étaient revêtues de stuc, invoque aussi le témoignage d'un architecte. Mais il est douteux que M. de Dreux ait passé seize mois, comme M. Desbaisson, à mesurer les Propylées pierre par pierre. {Lettres à un Antiquaire ^ p. i lo. )

M. Morey, qui a étudié avec M. Raoïil-Rochette les murs de la Pinacothèque, avait porté déjà le même jugement que M. Desbuisson. Yoy. la Lettre à M. Hermann, p. 67 (la note), et le Journal des Savants^ juin i85o, p. H49.

Foy, M. Hiltorf(.^rcA. polychr, chez les Gr.l, a*parl.,ch. 37.

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nu, et les surfaces ne sont point brutes, comme ici, maïs polies.

M. Desbuisson fait remarquer encore ' que la surface des murs a la même saillie que les pilastres et les moulures. Une petite bande en creux, qui les encadre, sert seule de séparation. Comme il n est pas naturel que la muraille d'un édifice ait la même épaisseur que les membres d'arcbi* lecture, M. Desbuisson en conclut que les parois ne sont pas dégrossies et qu^elles devaient être abattues au niveau de la bande courante.

En troisième lieu, sur les murs qui, selon M. Letronne, étaient peints, les jointures des pierres ne sont même pas effacées, \vant de poser la pierre sur l'assise déjà établie, on en taillait les bords, non pas à angle droit, mais à angle obtus, de peur qu'en la déposant un 'accident n'en détachât quelque éclat. Plus tard, la partie obtuse devait être abattue au ciseau, et, la surface du mur étant polie, les joints disparaissaient.

Ces différentes observations « dont la dernière me parait surtout décisive, enlèvent toute vraisemblance aux peintures sur mur.

Mais, la peinture sur mur écartée, n'était-il pas possible qu'il y eilt une galerie ^ de tableaux mo-

' Article de M. Burnouf, p. 3o.

* Voy. VArmpnle d* Athènes , mémoire lu par M. RaouU

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biles? Le litre même de Toiivrage' de Polémon le ferait présumer. Le caractère de certains sujets cités par Pausanias, par exemple VAlcibiade^ V Enfant qui porte des urnes ^ \è Lutteur, n'a rien de monumental, et M. Letronne lui-même' avoue que ce pouvaient être des tableaux mobiles. .

Le système pourtant est contrarié également par l'état actuel des lieux ^. La surface du marbre est partout intacte, on ne trouve aucune de ces traces qu'auraient laissées des tenons ou des clous de métal. 11 est impossible que les tableaux fussent fixés à la muraille. Il ne reste qu'à les supposer isolés, sur des piédestaux^, sur des échafaudages, suspendus par des bandelettes ^.

Ainsi, rien dans l'édifice n'indique quelle était sa destination. Mais, comme il n'y a aucun au-

Rochette à la séance annuelle des cinq Académies (mai 1845 ), p. 10, et sartout les Lettres archéologiques,

' n«pi Twv Iv flpoTcuXatoiç mvoxtDV. — Voy. Suidas, Iliva;,

. «Page iio.

3 M. Raoul-Rochette a reconnu ces difficultés. (Journal des Savants^ juin i85o, p. 349*)

'f On a trouvé à Test des Propylées, en 1839, quelques lignes d'une inscription où il est question d*un crochet et de petits escaliers en bois. On ne sait même pas à quel monument se rapporte ce fragment. M. Rangabé (Antiq. HelL, n° 88) a été fort loin en supposan^que ce crochet servait à suspendre les tableaux, et les petits escaliers à les mieux voir.

* Foy, M. Raoul-Rochette, loc, cit. y p. 35 1 .

Îi2 L'ACROPOLE iVATHÈNES.

tre emplacement qui réponde aux textes anciens, peu précis du reste; comme d'autre part on serait fort embarrassé de deviner Tusage de cette salle annexée aux Propylées, il y a tout avantage à accepter cette explication. Hypothèse pour hypothèse, ne vaut-il pas mieux se figurer dans ces beaux murs de marbre, avec ces élégants pilastres et cette corniche d'un profil si pur, une galerie de tableaux plutôt qu'un corps de garde ou un dépôt d'armes?

Pour moi, je ne puis me persuader que Mnésiclès ait disposé cette aile des Propylées avec la pensée d'en Faire une galerie. Les conditions d'éclairage s'y opposent. Les deux petites fenêtres ne~ laissent point entrer assez de lumière pour éclairer comme il convient des tableaux, surtout précédées, comme elles le sont, d'un portique couvert. On suppose naturellement une ouverture ménagée dans le plafond, et le jour venant d*en haut : mais alors, pourquoi percer des fenêtres? Pourquoi ces lumières contrariées dont le jeu est si défavorable à des œuvres d'art ? Ce ne serait qu'après coup, et pour des raisons inconnues, qu'on aurait rassemblé dans cette salle un certain nombre de tableaux. Je renvoie, du reste, pour la discussion de ces questions et de toutes celles qui s'y rattachent, aux Lettres ^ircheologiques de M. Raoul- Rochetle.

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