CHAPITRE VIII
cieux tableaux que Tartiste u'avait qu'à transporter sur le bois ou sur le marbre. Il a choisi le moment où les jeunes filles jouent à la balle, pendant que les vêtements précieux sèchent au soleil.
« Au milieu* d'elles, Nausicaa, aux beaux bras, « dirige les jeux. Telle Diane, qui se platt à lancer « des flèches, parcourt les montagnes, le haut « Taygète ou l'Érymanthe, à la poursuite des sana gliers et des cerfs rapides. Autour d'elle jouent a les nymphes des bois, filles du dieu qui porte a l'égide, et Latone se réjouit dans son cœur. La « fille d'Alcinoûs jette à une de ses compagnes la a balle légère, qui s'égare et va tomber dans le « courant profond. Toutes poussent un grand « cri... Aussitôt le divin Ulysse sort des buissons ce qui le cachaient...
ce II s'avance, comme le lion nourri dans la a montagne , qui , se confiant dans sa force , « marche trempé de pluie et battu par l'orage... a II leur apparaît horrible, souillé par. l'onde a amère... »
On se demande si uiï peintre n'est pas plutôt téméraire, en voulant lutter avec de telles beautés, que sage en s'inspirant des chants populaires d'un grand poëte.
Toutes ces peintures, et par la nature du sujet, et par le nombre des pei*sonnages, et par le déve-
lopperoent qu'exigeait ia composition, semblent mieux convenir à la décoration moiiumenlale qu'à des tableaux, dont le cadre est nécessairement plus étroit. Aussi conçoit-on que M. Letronne les ait voulu placer sur les murs de la Pinacothèque. Mais, outre les difficultés que j'ai indiquées plus haut, il y en a une que j'ai réservée, parce qu'elle vient mieux à sa place, lorsqu'il est question de Polygnote.
Polygnote, qui était déjà célèbre du temps de la seconde guerre médique ', et qui peignait le Pœcile l'année qui suivit la bataille de Platée^, ne pouvait peindre les Propylées quarante-huit ans après ^. Les forces, sinon le talent, trahissent un peintre ; et, à quatre-vingts ans ^ on ne se charge point de tels ouvrages. M. Letronne reconnaît luimême cette invraisemblance ; mais elle ne gêne en rien son système, parce qu'il déclare que Polygnote n'avait pas travaillé aux Propylées, que l'on n'a pas compris les paroles de Pausanias, et que les sujets d'Achille à Scyros, d'Ulysse à Corcyre, ne sont cités que a d'une manière accidentelle et épiso- (c diqucy sans rapport avec Tédifice que décrit
■ Voy. Lettres a un Antiq.^ note Ëe, p. 456.
^ Ces dates sont fixées par M. Letronne lui -même, p. 479- ^ L'année de leur achèvement. Tan 43 1.
4 M. Letronne suppose que Polygnote avait trente et un ou trente-deux ans, lorsqu'il commença le Pœcile (p. 455.)
CHAPITBE YIII. 219
a Fauteur. x> Voici le passage, tel que le traduit M. Letronne :
« On voit Polyxène près d'être égorgée sur le « tombeau d'Achille. Homèra a bien fait de pasff ser sous silence une action aussi atroce; il me « parait avoir eu également raison de parler dans « ses poèmes de Scyros prise par Achille. Je n'en « dirai pas autant de ceux qui le font demeurer tf dans cette tle au milieu de jeunes filles, sujet a que Poljrgnote a peint aussi : cet artiste * a « peint encore , conformément au récit ctHoa mère , Ulysse près du fleuve, apparaissant « aux jeunes filles qui lavent leurs vêtements, « avec Nausicaa. Il y a là d'autres peintures, (c savoir, etc., etc. »
Il n'y aurait qu'un reproche à faire à cette traduction : c'est que, voulant être littérale, elle devait laisser à la fin de la phrase et avec toute leur valeur ces mots : conformément au récit (THo-
' M. RaouURochette propose de lire, au lieu de 'Eypot^s tï xat 7cpo< Tw icoTa(jiÇ, — 'Eypatj^e Si Kauvioç npooTOYéwjç icp^ xû icoraijLq). Mais, quelque plausibles que soient les inductions qui amènent cette correction, elle fait au texte trop de violence* Polygnote et Protogènes ne peuvent-ils avoir fait tous deux une Nausicaa ? Les artistes anciens ont traité aussi souvent les sujets tirés des poètes que nos artistes modernes les sujets religieux. Voyez, du reste, la Lettre à M. Hermann et les Peintures antiques du même auteur, p. 229 - a3i.
inère '. Car, si je la comprends bien, la pensée de M. Letronne est celle-ci:
Pausanias, devant un tableau qui représente la mort de Polyxène, songe qu'Homère a passé sous silence cette scène cruelle, et il l'en loue. Puis, par une association d'idées assez singulière, il le loue encore d'avoir fait prendre Scyros à Achille, plutôt que de le montrer dans cette Ile, caché parmi des jeunes filles, comme le fait Polygnote, dans un tableau qu'il se rappelle avoir vu autre part. Enfin, je ne dirai pas par une nouvelle association, mais par un nouveau renversement d'idées, Pausanias se rappelle qu'il a vu encore ail" leurs \xii2i\xXve tableau de Polygnote qui, cette fois, (Taccord avec Homère^ a peint Ulysse devant la fille d'Alcinoûs, et, pour prouver que «< cette men" « tion vient là d^une manière accidentelle et épiso- « dique, x> M. Letronne suppose une vaste'parenthèse ; puis il accuse le style de Pausanias « d'être « encore plus embarrassé qu!à l ordinaire, »
Je ferai remarquer que, jusqu'ici, les commentateurs désintéressés n'avaient point été frappés des difficultés de ce passage. M. Letronne cite l'autorité de M. Hermann ; mais M. Hermann
Eypa^e ^^ xa\ Tcp^ tÇ icoTQt{jiÇ xaî; 6{aou Nauaixaa irÀuvouaaiç Içiax^jjLevov 'OSuaaéoc, xatà xk aOxôi^ xaO' â $9| xotl ''OfAV)po; l7coiTf|«. (Pans., Jtt y XXII.)