‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 85 sur 138 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

a écrit iiii-inéme sur la peinture' monumentale des anciens. N'arrive-t-il pas aux esprits les plus surs et les plus sincères, à Force d'étudier un texte décisif, de finir par y voir ce qu'ils désirent y trouver? Au lieu de critiquer la pensée de Fauteur et de torturer son texte, j'essayerai de justifier l'une et l'autre.

Pausanias parcourt une galerie de tableaux et les décrit à mesure. C'est d'abord Ulysse et Dioroède, puis Oresle et Pylade. Arrivé devant le sacri6ce de Polyxène, il fait celle réflexion qu'Homère a eu raison de taire un acte aussi barbare. En passant au tableau suivant, cette comparaison entre la peinture et la poésie se poprsuit naturellement dans son esprit, puisqu'il voit le héros même de l'Iliade , non pas entrant en vainqueur à Scyros, comme le raconte Homère, mais caclié honteusement parmi des jeunes filles* A côté , il aperçoit un autre tableau du même peintre. Ici, ce n'est plus le héros de l'Iliade^ c'est le héros de l'Odyssée , Ulysse, parmi les jeunes Phéaciennes. Le voyageur, deux fois choqué dans son respect pour Homère, remarque avec salisfaction que, cette fois, l'artiste s'est conformé à son récit.

En un mot, trois tableaux qui représentent

' De vet. G rate, pict, par. conjecturas ^ p. 19. Voy. M. Lettonne, p. 19.

des sujets homériques font penser trois fois à Homère. Cet enchainement de sensations et de comparaisons se fait sans effort^ ce me semble, et rentre dans les opérations ordinaires de noire intelligence. Si vous supprimez les sensations, évidemment il ne reste plus que des idées sans lien et heurtées. Au lieu de supprimer les peintures de PoIygnote,il y a un moyen moins violent, qui concilie tout, les difTicultés chronologiques, le témoignage de Pausanias, et le respect qu'on doit à un texte ancien : c'est de reconnaître qu'elles étaient sur tableaux mobiles. Pour moi , j'avoue que mes sympathies sont pour la peinture sur mur;.que je la crois appliquée généralement à la décoration des monumentsgrecs; qu'ici, en particulier, j'aimerais à me figurer les parois des Propylées couvertes de larges compositions et retraçant les plus beaux récits des poètes. Mais, comme les dates attestent que Polygnote était mort ou accablé de vieillesse lorsque les Propylées se terminaient, comme Pausanias dit qu'il a vu deux tableaux de Polygnote dans la Pinacothèque, voilà une preuve de plu$, qui me Force à reconnaître que ces tableaux étaient mobiles, de même que ceux qui avaient été successivement réunis dans l'aile gauche des Propylées.

On voyait encore dans la Pinacothèque Alcibiade^ avec les insignes de la victoire qu'il avait

CBAPITRE Vlir. 223

remporlée à Némée, dans ia course des chars ' ; Persëe qui arrive à Séripbe et porte la lêle de Méduse à Polydecle.

L'on sait qu'Alcibiade s'était Tait peindre, par Agiaophou ', assis sur les genoux de la nymphe Néraée, avec un visage plus beau que celui d'une femme. Les vieillards murmuraient ^ d'une telle insolence; mais le peuple se pressait autour du tableau avec un vif plaisir, soit que la beautéd'Alcibiade le ravit, soit que ce fut le talent de l'artiste. Comme Pausanias ne parle que des insignes de sa victoire et ne parait pas désigner suffisamment une conception aussi hardie, on a supposé, avec raison peut-être, qu'Alcibiade s'était fait peindre de plusieurs manières différentes.

« Paus., Au.^ XXII.

' 'A9tx(S{ii&voç $' 'AOi^VY^aiv i\ *OXu{Aiciaç, 5uo icivaxaç avéôv)X£y, i^Y^aosôiv-coç YP^?^^*-* '^^ ^^ 6aTép({) Nefxia^v xaôifjfAevi), xat iià Tùijv YOuvbcTcov aÙTTJç *AXxt6iaSYiç ^ xaXXî<i>v ^otivofAevoç tmv YuvQtixet(i»viTpo9o>ir(ov. (Satyr. <?/;. Athen.^ p. 534*)

^ 'ApiatocpwvTOç Sa NcfjLçav Ypa\|/3ivT0ç Iv -caîç ^Yx^Xai; otÙTÎj^ xaOrifASvov 'AXxt6iaSif}v l^ouaav, IOccovto xal ouveTpe^^ov )^atf>0VTe<* ot hï TTpeaêuTepoi xotl toutoiç l$ua^épatvov d^ Tupotvvtxoliç xat icapavdfjtooc. ( Vie d'Alcibiade, chap. XVI.)

L'un des deux aateurs a confondu Aristophon avec AglaophoD, trompé par la ressemblance des noms* M. Raoul- Rochette croit que l'artiste qui avait peint le tableau déposé dans les Propylées était Aglaophon. (Voy. Lettres à M, Hermann^ pag. 48, et Peintures antiques ^ pag. 220, aai.

»4 i; ACROPOLE D'ATHÈNlîiS.

On voyait encore un enfant portant des urnes et un lutleur. Le lutteur était de Timaunète, peintre inconnu, du reste. Enfin, il y avait un portrait de Musée.

Au-dessous de l'aile gauche des Propylées, à douze pieds en avant de son soubassement, s'élève un grand piédestal d'environ vingt-cinq pieds de hauteur, en marbre de l'Hymette, qui supportait une statue, probablement colossale, érigée par les Athéniens au gendre d'Auguste, Agrippa. Son nom est inscrit sur une des faces ', et la date est celle de son troisième consulat.

La bienveillance d'Auguste pour Athènes explique les bienfaits d' Agrippa. 11 avait fait construire le théâtre du Céramique qui portait son nom '. Aussi les Athéniens tirent-ils preuve bien plus de reconnaissance que de goût, en ajoutant à l'entrée de la citadelle cette énorme masse. Non pas que la construction n'en soit remarquable et les profils fort beaux ; le siècle d'Auguste est une des grandes époques de l'art romain. Mais imaginez une statue

OAH]MOZ:

M[APKON]ArPITTTTA[N AELYKIO Y]YION ^ TPI2:Y[TTAT]0NT0NEAYT0Y

EYEPr]E[THN

' Voy. Leake, pa^. i63.

Page 1